La tombe des inconnus

Tôt ce matin j’arrive au cimetière. L’air est frais, le soleil se lève tout juste et de la brume parcourt paisiblement les allées. Je souffle du nez et marche sur les graviers. Le son de mes pas résonne dans l’édifice muré alors que j’essaye de ne pas réveiller ses résidents. Je guette les lettres du coin de l’œil, et les noms défilent, indifférents dans mon esprit. Dans un coin, je le remarque alors : un nom de famille, gravé sur une modeste pierre tombale.

« R********* »

Mes poings se serrent dans mes poches, et je m’approche d’elle. La tombe est parsemée de plaques commémoratives. À notre frère. À notre tante. À nos amis. À notre mère. À notre fille. À nos grands-parents. Je prends celle-ci dans mes mains et enlève le lierre qui s’y est installé. Je parcours les lettres du bout du pouce, cherchant quelque part une signification à ces mots. Sans succès, je la repose parmi les autres et m’accroupis pour caresser la pierre. Là-dessous se trouve ma chair, mon sang. Pourtant, le froid est toujours aussi mordant. Il n’y a pas de visages, pas de souvenirs à faire resurgir, si ce ne sont ceux vaguement évoqués par ma mère. Je prie en silence devant la tombe d’inconnus, mais laisse néanmoins ces quelques mots dans un murmure avant de partir :

« Bonjour, grand-père, grand-mère. »

Pour Axel.

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