Le fruit de l’imagination

Il était une fois un sage qui vivait à l’orée des bois. Il avait la peau basanée, une longue barbe noire et des yeux qui brillaient d’une intelligence toute singulière. Le sage avait pour habitude de se promener dans la forêt et de beaux arbres poussaient là où il passait. Leur écorce était semblable à celle d’un chêne, quoiqu’un peu plus rugueuse et sombre. Il était très difficile d’y grimper, mais, fort heureusement, leurs fruits tombaient tout seul. Il suffisait alors de se pencher pour ramasser ce qu’on appelait le « fruit de l’imagination ». La peau de ce fruit était plutôt rigide, bien qu’on en trouvât parfois avec une peau souple lorsqu’ils étaient bien mûrs. Elle pouvait prendre de nombreuses teintes, et aucune n’avait le même goût qu’une autre.

Chaque fruit était le résultat d’un intense travail de la part du sage, qui entretenait individuellement chaque arbre avec beaucoup d’attention. Ainsi, lorsque venait l’été, il pouvait danser gaiement sous les fleurs blanches tachées de noir. L’automne, il ramassait celles qui tombaient pour alimenter les longues nuits d’hiver. La chute n’était pas une fatalité et les cendres répandues sur les nouveaux plants les aidaient à germer. Et parfois, le sage découvrait, au détour d’une promenade, comme pour récompenser son dur labeur, qu’un fruit avait chu. Il se penchait alors, les yeux humides, essuyait la terre qui recouvrait sa peau et rentrait chez lui. Là, il le rangeait aux côtés des autres, dans sa bibliothèque.

Pour Enemia.

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