Le géant entre les montagnes

Je toisais la montagne avec défi. Cela faisait maintenant des mois que nous travaillions sur ce projet gouvernemental, et aujourd’hui était le grand jour, le jour J, le D-Day, celui que je ne pouvais manquer pour rien au monde, l’aboutissement de toute une vie de recherches. Je resserrai ma parka et soulevai le bout de ma barbe pour ne pas la coincer dans la fermeture éclair. Un crissement parvint de mon talkie-walkie :

— Lieutenant, vous me recevez ? demanda une voix féminine.

— 5 sur 5, Flay, répondis-je d’une voix tremblante.

— Vous êtes anxieux, lieutenant ?

— Cela s’entend tant que ça ?

— Un peu. Je mettrai dans mon rapport que c’est à cause du froid ! dit-elle en riant.

J’esquissai un sourire, mais mon regard demeura grave et concentré. J’écoutais d’un air distrait les informations données par mon assistante en suivant du regard les courbes des rocheuses. Leur forme pointue m’agaçait pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, et je ne souhaitais que leur destruction, comme pour affirmer ma supériorité sur le Dieu créateur que j’avais cessé de vénérer il y a bien des années. J’étais un homme de science accompli, pas un de ces fanatiques qui ne croient qu’en ces torchons que constituent les textes sacrés. Quel miracle avait permis l’achèvement de mon travail ? Aucun, si ce n’était celui de la physique, de la chimie et des mathématiques. Un frisson parcourut mon corps lorsqu’une bourrasque souffla vers moi. Je sentis comme une volonté meurtrière parcourir le zéphire, mais je résistai à la peur.

— Lieutenant ? Vous m’entendez ?

— Ah — oui, Flay, pardon, un moment d’absence.

— Le lancement va commencer, vous êtes prêt à donner votre signal ?

— Oui.

Ma réponse fut ferme, et la discussion se termina dans un autre crissement. Je saisis le pistolet accroché à ma ceinture et le brandis en l’air. Je pris une grande inspiration et appuyai sur la gâchette pour libérer le feu d’artifice rouge qui laissa une grande trainée rouge dans le ciel. Quelques secondes plus tard, la terre se mit à trembler. Je m’agrippai à la porte de mon véhicule et observai la nature se briser sous ma volonté et, tel un despote en train d’exécuter ses ennemis, je me mis à rire.

Un sourire dément fendit mon visage alors que surgissait un — non, mon géant de métal d’entre les montagnes fumantes.

Pour Serval.

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