Thérapie

Rémi Courrier
Sep 2, 2018 · 2 min read

Un jour, je tombai malade. Mon habituel médecin, confronté à des symptômes inconnus fort éloignés des médiocres pathologies qui constituaient son ordinaire professionnel, convint sans mauvaise grâce aucune de son incompétence. Il m’orienta à tout hasard chez un de ses collègues spécialiste des maladies tropicales.

« Mais je ne suis jamais sorti du pays », hasardai-je.

Il haussa les épaules.

« Cela ne peut pas vous faire de mal ».

Cela ne me fit aucun bien.

Je persistai à ressentir de violentes douleurs dans toutes mes articulations et à subir des fièvres qui me laissaient le corps épuisé et perclus de courbatures. Abandonné par la faculté, j’expérimentais seul des vermifuges, des fumigations et autres inhalations de plantes rares, autant de tentatives de plus en plus inutiles et désespérées. Malade j’étais et malade je devais rester.

Inquiet, un ami me conseilla de sortir des sentiers battus de la médecine occidentale.

« Que ne l’ai-je déjà fait… »

« Je connais la personne qu’il te faut! »

Revenant d’un long périple tenant plus du voyage initiatique que du traditionnel dépaysement post-doctoral venait de s’installer en ville un médecin à la réputation grandissante.

Son visage fermé inspirait une forme de crainte qui ne manqua pas de me rassurer. Sans me poser aucune question, il m’ausculta, hochant avec régularité sa longue tête maigre que précédait un nez si démesurément pointu qu’il manqua plusieurs fois de me le mettre dans l’oeil. Enfin, il parla.

« Voulez-vous vraiment guérir?’ »

« Qui ne le voudrait? »

« Très bien. Vous pouvez partir maintenant ».

Interloqué, j’obtempérai sans un mot.

Le lendemain, des coups frappés à ma porte me réveillèrent à l’aube. J’ouvris. Le médecin était là.

« Toujours prêt à guérir? »

« Oui! »

Il entra sans attendre et me précéda dans la cuisine.

« Mangez », m’ordonna-t-il.

J’ouvris le frigo, qu’il referma aussitôt d’un geste implacable.

« Ce fruit », précisa-t-il en montrant la corbeille posée sur la table.

Ainsi se déroula la cure. Toute la journée, il m’accompagnait, m’interdisant telle chose, m’autorisant telle autre, sur un mode impératif qui ne me laissait aucun choix. S’il s’absentait pour suivre d’autres patients, il me laissait une liste détaillée des tâches qu’il m’autorisait à accomplir et qu’il me fallait suivre sans discussion. Après une semaine de ce traitement, tous les symptômes avaient disparu. Je repris bientôt une vie presque indépendante.

Aujourd’hui encore, il surgit quelquefois à mes côtés pour m’interdire ce qui pourrait me faire du mal et me rappeler ses prescriptions passées, mais cela est de plus en plus rare. Je progresse régulièrement sur la voie de la santé.

À ma très grande joie, j’ai lu ce matin dans le journal la décision de mon médecin de se lancer en politique. Puisse-t-il réussir pour le plus grand bien de tous!