Pourquoi le design des politiques publiques peut changer le monde.

Il y a quelques mois, j’ai décidé de m’associer avec des designers pour créer Vraiment Vraiment et faire du design des politiques publiques. Quelle. Bonne. Idée.

Jusqu’ici, j’ai travaillé comme consultant “secteur public” dans un grand cabinet de conseil, puis oeuvré au projet d’un parti politique qui devait gagner les élections, avant de travailler auprès d’une Ministre chargée de la Réforme de l’Etat et d’un Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie puis de retourner au conseil — en analyse des risques, cette fois.

De ces différents endroits, j’ai — modestement, en général — contribué à quelques “grands programmes” dont l’ambition était de changer le monde, même si tous ne se racontaient pas ainsi: tous prétendaient transformer le réel, avec une conception plus ou moins précise et explicite du progrès.

J’ai, en général, sincèrement cru que ça pouvait marcher. D’expérience en expérience, j’ai testé différentes manières de concevoir, motiver, mesurer le changement — et différentes manières de fédérer autour d’une vision du changement souhaitable.

De fait, ça a (très) rarement marché. Pour des raisons variées, dont je retiens néanmoins trois traits communs : le manque de pertinence de la proposition, l’absence de désirabilité de la destination et du chemin proposés, le manque d’attention aux personnes qui allaient devoir porter le changement et, plus généralement, aux formes que celui-ci allait prendre “en vrai”.

Travailler avec des designers (c’est à dire des personnes qui ont une formation en design) permet en grande partie de dépasser, voire d’inverser, ces obstacles.

Appliqué aux politiques publiques, le design permet d’être plus pertinent (souvent par un détour via l’impertinence), de générer du désir pour le changement chez les personnes qu’il concerne (agents de terrain, usagers) et d’intégrer les détails qui comptent (à tel point qu’ils font capoter tout projet qui ne s’embarasse pas de la logistique).

Je découvre même à quel point le design, pour peu qu’il soit pratiqué avec conscience, est politique : il renforce la capacité d’agir, au sein et en dehors des grosses organisations que sont les administrations, de celles et ceux qui en sont privés (par la hiérarchie, la culture ou l’indifférence). Il fait entendre la parole de celles et ceux qui ne l’ont jamais, dans les bureaux ou les salles de réunions où les décisions se prennent.

Démarche immersive et stratégique, le design des politiques publiques est, en plus, économe: par leur capacité à prototyper et tester les choses, les designers font gagner du temps et de l’argent aux acteurs publics qui, souvent, souffrent du syndrome “cathédrale” (temps de conception et de construction de systèmes sans rapport avec la vitesse d’évolution et la complexité des enjeux).

Et puis les designers font attention à l’esthétique des choses. Ça peut paraître anodin ou superflu, pourtant c’est au coeur de mes motivations à travailler avec eux : réintroduire ou révéler la beauté, là où elle a été chassée, malmenée, oubliée.

Articulé aux sciences humaines, à la philosophie, au droit, à la pensée et aux usages politiques du numérique, en dialogue avec le syndicalisme et, plus généralement, différentes formes de militantisme, le design des politiques publiques a un potentiel immense, pour réinventer vraiment la vie, redonner du sens aux valeurs de l’action publique, dans tous les secteurs.

Rien qu’en cette fin d’année 2017, nous menons des projets dans un hôpital (pour documenter le parcours patient vécu), un centre des finances publiques (pour mieux accueillir), un territoire rural (pour réinventer les usages des centre-bourgs désertés), un quartier d’affaire (pour le faire revivre), plusieurs zones péri-urbaines (pour penser avec les habitants leur revitalisation), un service de la commande publique, plusieurs grandes villes pour les aider à consolider leurs démarches internes d’innovation…

Quoi qu’on en pense, les acteurs publics façonnent et structurent beaucoup d’aspects de la vie quotidienne des Français et de leur destin collectif. Les aider à être plus inclusifs, plus pertinents et plus efficaces, c’est contribuer à changer le monde. Surtout si l’on s’attaque aussi aux sujets immenses qui mettent au défi la pensée et l’action publique : changement climatique, migrations, vieillissement de la population, terrorisme… C’est notre ambition.

Alors, cher-e-s designers de Vraiment Vraiment, merci d’être comme vous êtes et de faire ce que vous faites. Et merci pour ce beau projet commun.

Je crois bien qu’on va faire Vraiment Vraiment de grandes et belles choses en 2018.