7 conseils pour les étudiants en communication digitale (et utiles pour tout le monde)

Dans le cadre des mes fonctions professionnelles et de mes interventions, je rencontre fréquemment des étudiants qui s’interrogent sur leurs études et leur début de carrière. Je vois beaucoup d’envie, d’agilité et d’énergie. Mais aussi, souvent, un manque de conscience de quelques détails qui peuvent, à l’arrivée, faire la différence en termes de réussite. Ce sont ces bonnes pratiques que je répertorie ici, pour celles et ceux qui se destinent à la communication digitale ou à la communication tout court. Elles valent en réalité pour beaucoup de milieux professionnels.

Les conseils qui suivent peuvent paraître évidents. C’est la raison paradoxale pour laquelle, souvent, on ne les applique pas sérieusement et systématiquement [SPOILER ALERT : je reviens plus loin sur ce point fondamental]. Il n’y pas de vérité absolue dans ce domaine, mais je vous garantis que vous verrez les effets positifs de ces recommandations si vous les mettez en oeuvre simultanément et régulièrement.

(1) Pratiquez

La communication est une discipline pratique : son exercice est le seul moyen d’en maîtriser les codes et de progresser. L’expérience acquise durant les stages (ou en alternance) est vitale, et on ne commence jamais assez tôt. Même si votre formation n’en intègre pas avant le master, organisez-vous tout seul pour en faire, durant les vacances ou en modulant votre emploi du temps, et cela aussi souvent que possible (adressez vous à l’administration de votre université ou école pour obtenir une convention). Ce n’est pas un “supplément d’âme” mais un élément fondamental pour votre apprentissage de la réalité du métier, et votre crédibilité auprès de votre premier employeur. Vous pouvez aller plus loin. Vous avez la chance de vivre à une époque où les outils de communication sont abondants et librement utilisables. Bloguez, investissez les médias sociaux, testez et expérimentez, pour votre propre compte (voir point 4) ou au service d’une association. Mettez-vous en situation d’être directement employable et force de proposition avant même l’obtention de votre diplôme.

(2) Soyez un/e homme/femme orchestre

Avec la transformation digitale, les métiers de la communication se spécialisent et se technicisent, mais voient aussi leurs frontières se brouiller. Tout le savoir(-faire) que vous pourrez acquérir sur des champs connexes — data, développement web, graphisme, montage vidéo … — vous sera utile, tant pour faire vous-mêmes que pour gérer efficacement des prestataires extérieurs. Les petites entreprises ne peuvent pas se permettre d’avoir des spécialistes dans chaque domaine, et même les structures plus grandes valorisent des recrues polyvalentes, parce que cela génère, tout simplement, des économies ! Au-delà des enseignements que votre formation dispense, vous pouvez trouver d’excellents tutoriels en ligne avec une simple recherche Google, comme ceux que propose Adobe pour se mettre à Photoshop.

(3) Veillez

Hegel disait que la lecture des journaux du matin est la prière de l’honnête homme. La mise en place d’une veille active doit devenir la vôtre. Veille sur les articles et nouveautés concernant les technologies, les pratiques, les opérations de com’ qui réussissent (pour s’en inspirer), celles qui ratent (pour en tirer les leçons), les acteurs du secteur … Cette veille doit être quasi-quotidienne, pour traiter l’actualité au fil de l’eau et ne pas laisser s’amasser une masse décourageante d’informations en retard. Elle vous permettra de vous forger une culture professionnelle, d’être toujours à la pointe du sujet, de nourrir votre pratique — et d’être au fait d’opportunités professionnelles ou de stage. Les outils abondent pour construire une veille efficace. Suivez les comptes LinkedIn de professionnels qui vous semblent pertinents, épluchez Twitter avec Tweetdeck, intégrez vos sites et blogs favoris dans un lecteur de flux RSS comme Feedly, abonnez-vous à des newsletters spécialisées (je vous fais quelques suggestions en fin d’article). Cet article sur le blog du SIG vous donne également d’excellents conseils pour réussir votre veille.

(4) Devenez vous-même

Que nous le voulions ou non, nous avons aujourd’hui tous une identité digitale, constituée a minima de ce qui ressort d’une requête effectuée sur notre nom sur les principaux moteurs de recherche. Ne restez pas passif et prenez le contrôle de votre empreinte digitale, que vont probablement étudier vos futurs recruteurs. Faites l’exercice de vous “googler” et programmez des alertes automatiques Talkwalker et Google sur votre nom, pour surveiller les contenus vous concernant. Posez-vous une question simple : quelle personne décrivent vos “traces” virtuelles ? Façonnez votre présence sur les réseaux sociaux, vos statuts, vos commentaires, vos photos en fonction de la réponse que vous souhaitez que l’on donne à cette question. Mais vous pouvez aller plus loin et en faire un atout pour vous. Mettez en avant votre expertise, vos centres d’intérêts, faites en sorte de créer une réputation professionnelle qui vous précédera et fera parfois le travail à votre place pour un futur recrutement. Cela fait du reste partie de l’entraînement pratique dont je parlais en (1) : vous êtes votre meilleur champ d’expérimentation digitale. Et si jamais vous avez commis des erreurs de jeunesse qui laissent des traces désagréables en ligne, la récente loi pour une République numérique renforce votre droit à l’oubli. Si votre problème est lié à des contenus référencés sur Google que vous souhaitez voir disparaître, le formulaire utile se trouve ici.

(5) Réseautez

Votre réseau d’amis et de connaissances est votre première richesse. Il vous offre des informations, des possibilités de recommandations ou de mises en relation, et de recrutement. Il vous challenge et vous permet d’évoluer personnellement et intellectuellement. Il y a de grandes chances que vos “connexions” soient limitées, à ce stade de votre parcours. C’est normal et c’est précisément le moment d’y remédier. Entretenez votre relation avec vos anciens condisciples, enseignants, collègues ou maîtres de stage. Contactez les personnes qui vous intéressent via les réseaux sociaux ou une application comme Shapr. Fréquentez les conférences, les clubs professionnels, les associations, les think tanks. Vous n’en avez pas dans votre région ? Créez votre propre structure avec d’autres étudiants et organisez les événements auxquels vous aimeriez participer. Donnez de votre temps sans tout de suite penser à un retour sur investissement. Il finira toujours par venir.

(6) Étudiez

La maîtrise de corpus théoriques est indispensable pour prendre de la hauteur et du recul. Je pense en particulier à la sociologie (de l’information et de la communication) et à la psychologie (plus largement aux sciences cognitives), pour comprendre comment un message est produit et reçu, mais également à la philosophie (La société du spectacle de Debord est un ouvrage un peu difficile d’accès mais absolument essentiel). L’histoire de votre métier est également une source d’inspiration inépuisable pour le présent : par-delà l’évolution des techniques, les problèmes et leurs solutions traversent souvent les époques (je vous conseille cette lecture étonnante à ce sujet). Vous avez probablement accès à des cours via votre école ou votre université ; sinon, les manuels généralistes que l’on trouve pour chaque discipline dans les librairies universitaires constituent généralement un bon point de départ.

(7) Re-re-re-recommencez.

Peut-être mettez-vous déjà en oeuvre les conseils précédents, sans forcément obtenir les effets espérés. Pourquoi ? Parce que seules la répétition, “l’industrialisation” et la conjonction de ces pratiques libèrent leur plein potentiel. Ces différents objectifs doivent donc devenir quotidiens (c’est le bon rythme pour ne pas donner prise à la procrastination) et la meilleure façon d’y parvenir, c’est de les mener de front. Vous ne savez pas quoi publier sur les réseaux sociaux ? Votre veille vous offre une information pointue que vous pouvez rediffuser et dont vous pouvez parler sur un blog, LinkedIn ou Twitter, pour nourrir et entretenir votre réseau. Vous ne savez pas comment contacter un professionnel éminent ? Twitter déshinibe et permet de passer par-dessus les barrières hiérarchiques et protocolaires. Vous vous posez une question ? Interrogez vos contacts sur les différentes plateformes (et répondez à leurs questions). Le plus simple est de vous fixer un créneau horaire fixe, dans la journée, consacré à l’ensemble de ces différentes tâches. Il finira par devenir une habitude “indolore” dans votre organisation quotidienne. Donnez-vous aussi des objectifs en matière de réseau (exemple : un rendez-vous IRL ou contact en ligne par semaine).

Conclusion — A ne pas oublier pour vos entretiens

Que ce soit pour rejoindre une formation sélective, obtenir un stage ou se faire recruter, ils sont un point de passage obligé. Un entretien (et en amont, un CV) se prépare comme une opération ciblée sur la structure que vous voulez rejoindre. Ce qui exige (1) de se renseigner, au préalable, précisément sur elle (fonctionnement, missions, employés, dernières réalisations …) (2) d’être en mesure d’avoir un avis à son sujet, que vous pourrez exprimer (avec tact et prudence) durant un entretien d’embauche, en restant toujours positif et avec le souci de proposer des améliorations concrètes.

Bonus — Quelques références

Je vous propose pour finir quelques ressources qui m’ont été ou me sont utiles et peuvent vous intéresser. C’est une liste purement personnelle et non exhaustive. Le blog d’Olivier Ertzscheid, Affordance.info, est une des meilleures sources de réflexion francophones sur la révolution digitale en cours. Méta-médias, le blog du service prospective de France Télévisions, propose une excellente curation régulière sur la mutation de l’information. Le blog du modérateur est la bible du marketing digital, et Reputatio Lab celle de la réputation et des crises en ligne. Enfin le blog du communicant donne le regard toujours pertinent d’Olivier Cimelière sur les évolutions de son métier. Côté grands médias, le fil d’informations tech de Buzzfeed permet de ne pas rater les principales informations du secteur, tout comme Numerama en français. Côté newsletters, celles de Petit Web, de la régie publicitaire du Monde, du “meilleur planneur stratégique” (sic), de la Netscouade et de Here/forth permettent de recevoir dans votre boîte mail une veille (excellemment) pré-mâchée sur le numérique. Enfin, le #Flashtweet d’Emmanuelle Leneuf, tout comme la #tweetsrevue de Patrice Hillaire, vous offrent le même service chaque matin sur Twitter.

J’espère que ce coup de pouce virtuel vous sera utile. Vous pouvez me contacter ici si vous avez d’autres questions.

Romain Pigenel

Vous pouvez me suivre également sur Twitter et sur Instagram.

Merci à Fanny Delannoy pour ses suggestions.