A demain Emmanuel Macron ?

Cher Emmanuel

Je me permet de te tutoyer parce que les deux ou trois fois où l’on s’est parlé on s’est dit tu. A chaque fois on m’a présenté à toi comme un blogueur et/ou un spécialiste du numérique. C’est dire si les gens sont indulgents parfois avec moi.

Certes tu l’as dit, tu n’est pas socialiste. Du coup nous ne sommes pas contraints au tutoiement obligatoire entre camarades du parti dont je suis membre. Un tutoiement que je n’ai pour ma part abandonné que devant le Président de la République, une fois il avait convié quelques acteurs du net militant. Mais c’était donc tu les autres fois avec tout le monde, du Premier Ministre aux camarades de ma section socialiste de Lyon 7e dans laquelle je milite depuis mes 19 ans.

Cher Emmanuel je viens de Lyon, une ville où tu comptes beaucoup d’amis. C’est plutôt de bonne augure pour le lyonnais que je suis de voir que ta démarche se confond dans ce qui incarne la réussite de notre ville. Qu’on retrouve des références au modèle lyonnais dans ton travail. Oui dans un pays si centralisé, c’est agréable.

Tu as aujourd’hui une fenêtre de tir : François Hollande est prêt. Avec plus de quatre ans de retard. Il ne s’étonnera pas que la France ne l’ait pas attendu aussi longtemps. Il aura pourtant porté une nouvelle génération politique : Matthias Fekl auquel on t’oppose parfois, toi, d’autres. Je suis un soutien du gouvernement, même si je n’ai pas été d’accord avec nombre de ses mesures. Qui ont parfois été les tiennes.

Je suis un passionné et j’oeuvre aussi à un modeste niveau dans le numérique et l’énergie.Ce numérique, autre lieu, dans lequel tu comptes aussi nombre d’amis sincères.

Faire revenir les méfiants de la politique

Il n’est qu’à voir des boss qui comptent dans le game comme diraient PNL, des Patrick Robin, des Olivier Bernasson, des Marc Simoncini et autres Olivier Mathiot venir s’intéresser à ta démarche. Eux qui depuis des années, je suis bien placé pour le savoir, sont dans un rapport d’intérêt mais surtout de méfiance à la politique.

Même si pour l’instant, comme dans d’autres domaines, c’est pour cela que j’attends de voir, je trouve ton projet numérique flou. Et puis quelle idée d’utiliser Gmail quand tu étais Ministre. Regarde ce qui arrive à Hillary Clinton sur un sujet similaire…

Je vois des centristes et d’anciens gauchistes venir vers toi. C’est intéressant. Mais aussi beaucoup de suivistes par opportunisme. Tu me diras y’a toujours de tout dans les jeunes mouvements et les courants divers du monde politiques. Surtout ceux qui rassemblent des gens bien différents.

Des gens différents

Des gens si différents que je suis tombé de ma chaise (si il y avait des chaises mais y’en avait pas là où j’étais) l’autre jour chez un copain caviste un peu poujadiste, électeur de droite de toujours, qui pensait voter pour toi parce que tu es le seul qui parle des PME. Si différents que des plumes et théoriciens de la gauche sociale-démocrate m’ont vanté ton ouverture et le progressisme qu’ils voyaient en toi. Si différents que je vois des gens qui avaient toujours voté à droite venir vers toi. C’est un paradoxe intéressant : tes militants et élus sont plutôt de gauche, tes électeurs possibles plutôt à droite. Est-ce que tout cela va tenir ? On verra.

Ne pas être un club de technos bien nés et bien diplômés

Je vois, c’est vrai de l’énergie, autour de toi. Il y a des gens de terrain à commencer par Gérard Collomb dans ton entourage. Mais j’ai toujours un peu peur que, à cette exception, que tout cela ne soit squatté par des gens bien nés et diplômés. Qu’il faille faire l’ENA pour être écouté. Etre des élites .Ces élites que certains autour de toi conspuent mais dont tu fais partie.

Ces élites qui n’ont pas toujours bien servi le pays avant de se servir. Ces élites dont on fait partie par un milieu social mais aussi par des parcours figés dès l’âge de 15 ans pour le bon lycée, la bonne prépa, les grandes écoles. A 25 ans tout est figé en France. Il faudra ici faire quelque chose. On verra ce que tu proposes.

Comme d’autres, j’attends tes propositions. Tu as dit que leur temps viendrait. Alors on verra donc. J’espère que leur communication sera plus digeste que le powerpoint de 176 slides sans synthèse de ton diagnostic.

Tu as raison, rien ne sert de faire un catalogue de mesures qu’on ne lit pas. Qu’on ne tient pas. Alors tu as promis une dizaine de propositions.

Je ne sais pas ce que tu vas dire, et je sais qu’on dit qu’on ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépends. Mais je commence à voir quelques pistes.Je ne suis pas sûr que tout tes soutiens seront d’accord avec cette dépénalisation du cannabis que tu envisages.

Préciser tes propositions et amener la liberté chez les plus pauvres

Je pense tout simplement qu’il y aura un un principe simple à défendre , cette vieille phrase de Carlos Rosselli de faire venir la liberté pour les plus pauvres. Il faudra certes libérer les blocages et rendre chacun maitre de son destin ( permettre aux gens de démissionner et d’être quand même indemnisé voilà un grand pas que tu as esquissé, toi le danseur, hier au Mans) tout en n’oubliant pas que mettre les plus faibles et les plus forts à égalité c’est favoriser les seconds. Et puis n’oublie pas : il faudra aussi parler de Culture.

On verra quel chemin tu traces, à même pas quarante ans dans ce pays gérontocrate. On verra. Je ne demande qu’à être convaincu. Pour l’instant j’attend.

Peut-être à demain Emmanuel ?