Pour un Macronisme culturel !

Le programme Culture d’Emmanuel Macron sur lequel j’ai eu le plaisir de travailler modestement apporte une bouffée d’air frais, préservant notre modèle, tout en affrontant les questions actuelles.

Emmanuel Macron a présenté son projet. Un projet basé sur une philosophie générale simple : Créer par la liberté un monde plus égal. Ouvrir les portes et les fenêtres, donner à respirer les créateurs.

A titre personnel, membre du groupe “d’experts culturels “de Emmanuel Macron j’ai plaidé pour des mesures de soutien à l’émergence : changer les taux de barêmes et plafonds des artistes, de l’intermittence pour favoriser les créateurs et acteurs qui arrivent sur le statut plutôt que les rentes installées. Défendre le statut d’intermittents contre la folie du tout marché, permettre de créer en toute sérénité. Il faudra aussi aller, à mon sens un peu plus avant dans l’action ensuite, par exemple en réfléchissant à une action de distinction au sein de l’intermittence entre la question des techniciens et des acteurs/interprètes. Mais ce sera une longue discussion qu’il faudra avoir sur le sujet avec toutes les parties concernées, à commencer par les organisations de professionnels du secteur.

Je pense aussi qu’il faut encourager ceux qui se lancent dans la création de lieux de diffusion indépendants. Comme les cafés-concerts qui assurent une large programmation en musiques actuelles. Si la tranquillité des riverains des établissements doit bien évidemment être assurée, il y a trop de normes complexes et de coûts lorsque l’on veut installer un tel lieu. Par ailleurs il faudra sans doute aussi réfléchir au rôle de ces établissements et à leur imposition. Doivent-ils être considérés comme de simples bars ou doivent-ils être plus systématiquements encouragés, comme cela arrive parfois déjà, en tant que lieux de contribution à l’émergence artistique ?

Outre la question du soutien de l’intermittence et celle des lieux de diffusion émergents, le prix unique du livre et le financement du cinéma qui garantissent à notre pays sa position rare dans le monde en matière de développement culturel doivent être défendus. Nous le ferons avec Emmanuel Macron.

Mais si nous voulons défendre les artistes, les techniciens et les créateurs, si nous voulons aussi continuer voire renforcer l’effort financier de soutien de l’Etat et des collectivités tout en évaluant davantage l’efficacité des dispositifs, nous ne pouvons pas être ceux qui disent que le système est parfait, que des détournements et abus n’existent pas, et que notre pays doit se refermer sur son passé et sa lourdeur institutionnelle.

Le rayonnement international de notre vie artistique s’essouffle et pas uniquement parce qu’Eric Zemmour et sa ligne décliniste cartonne en librairie là où Jean-Paul Sartre, Voltaire et Charles Péguy étaient en d’autres temps des lumières universelles. Des déserts culturels subsistent en France. Trop de citoyens n’ont pas accès à la Culture dans nos quartiers. Et certains dispositifs pavés de bonnes intentions ne donnent pas les fruits attendus.

Quant à la transformation numérique, elle est une vraie chance. Mais si elle facilite l’accès aux œuvres et aux contenus , elle bouleverse le secteur de la création et des médias, notamment dans la musique, l’audiovisuel et l’écrit et fragilise l’édifice patiemment construit pour soutenir la création artistique et la diversité culturelle.

Nous voulons aussi que les géants du numérique contribuent à rendre une part de la valeur gigantesque qu’ils perçoivent. Européens passionnés, nous amenerons une initiative pour que soient versées les impôts dûs par ces immenses puissances et auxquels ils échappent injustement. Et qu’ils contribuent à un pass culture d’un montant de 500 euros pour donner à chaque jeune la possibilité d’accéder à des spectacles et des biens culturels.

Conscient des réussites et des ratés de la mesure similaire prise par Renzi en Italie mais aussi conscient des limites de certains dispositifs similaires dans plusieurs régions, je souhaite pour ma part qu’une part de ce pass culture soit tourné vers l’émergence artistique: labels, spectacles, lieux de diffusion : tout le monde a déjà fléché des découvertes. A nous d’inclure le pass dans ce dispositif pour soutenir la jeune création. Tout comme, afin de soutenir cette même jeune création, nous porterons une vaste discussion sur la rémunération du droit d’auteur au niveau européen. Par exemple au niveau du streaming, où si des initiatives équitables existent, des questions comme le prix versé par écoute sur une plate-forme comme Youtube pose problème.

Le rôle de l’Europe mais aussi, à côté des initiatives privées, de l’État intimement associé à celui des collectivités locales (ce que nous comprennent pas toujours nos opposants) est déterminant pour retisser les liens que nous voyons se rompre jour après jour entre nous français.

La rupture commence tôt: moins d’un enfant sur deux a accès aux actions d’éducation artistique et culturelle. C’est pourtant dans les premières années de la vie que se crée le désir de Culture. C’est aussi là que se fait la fracture la plus grande entre les foyers aisés et les classes moyennes et populaires. Nous voulons, cela a été dit permettre de pouvoir aller dans les bibliothèques sur des horaires plus larges, par exemple le dimanche. Mais nous souhaitons aussi créer des centres culturels dédiés à l’art et au spectacle vivant en lien des établissements locaux. Des établissements dans lesquels les artistes de nos villes et nos villages pourraient travailler davantage avec la jeunesse scolarisée qu’aujourd’hui.

Enfin la Culture doit s’ouvrir : beaucoup de femmes travaillent dans l’édition et le spectacle vivant. Mais très peu dirigent. Aucun des grands théàtres nationaux par exemple n’a de femme à sa tête. Il ne nous est pas possible de continuer ainsi. Nous prêterons une attention tout particulière à cela dans les nominations.

Cette attention, nous l’aurons à travers les médias de service public, que nous voulons soutenir, avec des conseils d’administration plus indépendants du pouvoir politique. La presse privée sera aussi libérée des grands intérêts financiers en créant un nouveau statut de l’entreprise de presse, sur le modèle des trusts anglo-saxons pour garantir l’indépendance éditoriale et journalistique.

Faire entrer la liberté et la Culture chez les plus modestes, assurer l’indépendance et l’émergence voilà donc l’élan que nous propose aujourd’hui Emmanuel Macron. Beau programme !

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