Internet ou le paradis des chercheurs.

Dr Sebastien Poulain

Peut-être que je suis idéaliste, mais je pense que le rôle des chercheurs.ses est de produire de nouvelles connaissances et de les rendre publiques. La science doit donc être considérée comme un « bien commun » qui nécessite une « science ouverte » :

- Open review

- Données ouvertes (open data)

- Méthode ouverte

- Licence ouverte

- Accès ouvert

Cela a de nombreux effets positifs :

- Faciliter la vérification de la reproductibilité des résultats,

- Favoriser l’intégrité scientifique,

- Réduire le coût de publication,

- Permettre de développer plus rapidement l’innovation,

- Donner accès à la science aux non scientifiques…

Et c’est ce que nous avions promu en 2017 dans un article de Doctrix intitulé « Doctorant-e-s, docteur-e-s, que faire de vos publications scientifiques ? ». L’enjeu est de faire face à quelques barrières au niveau mondial en la matière :

- L’accès à Internet ;

- Des lois restrictives sur le droit d’auteur ainsi que des systèmes de gestion des droits numériques qui « bloquent » les informations ou limitent l’accès ;

- Des politiques déraisonnables et les périodes d’embargo fixées par les éditeurs pour le matériel en ligne ;

- Des livres à prix excessif.

La science ouverte peut difficilement plaire aux éditeurs.rices qui ont 25 milliards de dollars de chiffre d’affaire des marges allant jusqu’à 35% (près de 37% pour la branche sciences, technique et médecine d’Elsevier en 2017) pour les 5 plus gros éditeurs scientifiques (RELX Group, Springer, Wiley-Blackwell, Taylor & Francis et Sage) qui contrôlent 60% de la publication scientifique mondiale. Ainsi de Laurent Bérard-Quélin (président de la Fédération nationale de la presse d’information spécialisée) et Vincent Montagne (président du Syndicat national de l’édition) qui conseillent aux services publics plutôt de « faire faire» que de « faire » en matière d’édition dans une tribune intitulées « Au ministère de l’enseignement supérieur, les éditeurs scientifiques sont parfois considérés comme des parasites » (reproduite ici gratuitement par un éditeur !) alors que la ministre Frédérique Vidal a lancé en juillet 2018 un « plan national pour la science ouverte ».

Cela suppose des supports. Et, à ce jour, il n’y a pas, selon moi, de support plus pratique qu’internet qui peut à certaines conditions être considéré comme le paradis des chercheurs.ses qui l’ont d’ailleurs construit.

C’est cette évidence que je veux explorer ici à travers ma pratique qui ne se veut pas représentative de celles de tous les chercheurs.ses. Avant cela, j’évoquerai les changements plus globaux dans les pratiques. Après cela, je ferai part de mes critiques.

Sommaire :

1) L’arrivée au paradis

2) Ma vie au paradis

3) Critique du paradis

  1. L’arrivée au paradis

Alors que nous fêtons les 30 ans du web, on peut dire qu’il y a eu beaucoup de changements en la matière ces 15 dernières années alors que les chercheurs.ses ont eu un rôle majeur dans la création d’internet et qu’ils.elles utilisaient déjà largement les fameuses « Nouvelles Technologies et l’Information et de la Communication » (NTIC). Rappelons-nous que les chercheurs.ses intervenaient déjà beaucoup — sans aucun doute davantage que la plupart des autres citoyen.ne.s — dans l’espace public — et a fortiori l’espace public le plus légitime — avant la création et le développement d’internet :

- les médias scientifiques (les revues et ouvrages scientifiques) où ils.elles ont un monopole,

- mais aussi les médias traditionnels (presse papier, radio, télévision) où ils.elles sont très souvent invité.e.s pour apporter leurs expertises (le journal d’information, les tribunes, les émissions spécialisées) surtout depuis la fin des années 1980.

Internet ne leur a pas fait perdre leur monopole sur les médias scientifiques et ils.elles sont toujours aussi invité.e.s dans les médias traditionnels, mais leur espace d’intervention a bien changé :

- Les articles qu’ils.elles publient dans les revues scientifiques sont — pour une partie toujours plus importante d’entre elles — immédiatement consultables en ligne — gratuitement ou non — par toute personne ayant accès à internet.

- Les ouvrages qu’ils.elles publient sont tout aussi rapidement consultables via Google books et les livres en version numériques qui sont heureusement moins chers que la version papier (l’impression et la distribution étant des coûts majeurs de la publication d’un livre).

- Ils.elles utilisent les nouveaux médias (sites internet, blogs, réseaux sociaux numériques, interviews journalistiques) pour intervenir dans l’espace public.

- Leurs interventions dans cet espace public font l’objet de réactions dans ce même espace.

Il y a donc un double changement :

- Au niveau de la production puisque les chercheurs.ses peuvent intervenir quand ils.elles le souhaitent sans la contrainte des journalistes ou de l’équipe de la revue ou de la revue. On les voit donc exprimer leurs opinions, leurs idéologies, leur personnalité… On s’aperçoit donc que loin d’être des êtres désincarnés, objectifs, neutres, ce sont des acteurs.rices qui sont pris dans des réseaux, dans des émotions, dans des revendications militantes… La violence de leurs propos que j’avais remarquée sur les listes de diffusion de chercheurs.ses est bien moindre que celle qu’ils.elles se permettent d’avoir sur les réseaux sociaux. Alors que ce qui fait la spécificité est de s’engager en son nom, certain.e.s ont même des comptes Twitter sous pseudonyme où ils.elles parodient les comptes Twitter d’autres chercheurs.ses : des proches ou membres de l’équipe Zilcel (carnet de recherche devenu revue scientifique) ont créé un compte Twitter parodique (L’Effroi de La Niaiserie) de Geoffroy de Lagasnerie et un autre (Didier EriBOT) de Didier Eribon. C’est ainsi qu’on peut mesurer tout l’effort déontologique qu’il y a à produire de la science. En effet, il se peut que les chercheurs.ses découvrent des phénomènes qui vont à l’encontre de leurs convictions politiques (surtout en sciences sociales). Il faut alors être particulièrement attaché à une éthique scientifique pour publier des articles dont une partie des contenus va à l’encontre de ses préjugés et de son idéologie.

- Au niveau de la réception, les interventions publiques des chercheurs.ses font l’objet de réactions, interactions, critiques publiques en dehors de la sphère scientifique, de la sphère intellectuelle (plus large que la sphère scientifique) et de la sphère estudiantine. Leurs recherches sont portées, revendiquées ou remise en cause. Leur légitimité est parfois remise en question en cas de conflit d’intérêt, d’erreur, de plagiat ou tout simplement de désaccord… Ils.elles deviennent des producteurs.rices d’information et d’opinion parmi d’autres. Leur parole traditionnellement très verticale est régulièrement relativisée, voire délégitimée. Du moins ceux.celles qui décident de s’engager dans les controverses, polémiques et autres débats. Ce n’est pas mon cas. Alors que je milite pour la valorisation des chercheurs.ses en général et des doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s en particulier, je me contente de produire des textes et de les diffuser via les réseaux sociaux et listes de diffusion. Je n’utilise pas mon compte Twitter pour réagir à des débats sur la science ou les scientifiques par exemple. Je considère l’espace numérique comme un espace professionnel où j’ai spécialisé mes publications sur des questions de communication, média (particulièrement la radio évidemment), nouvelles technologies, réseaux sociaux, événements, valorisation du doctorat. S’il m’est arrivé de conseillers des relations amicales pour la création d’un parti, pour une candidature aux législatives, et s’il m’est arrivé de m’engager politiquement en acceptant d’être inscrit sur une liste municipale car je suis touché par une cause, je n’ai pas adhéré à un parti car je les trouve trop manichéens. Pourtant, je donne des cours de communication politique, j’ai fait des études de droit et de science politique ce qui pourrait être considéré comme un atout. Mon activité militante publique se limite à la valorisation du doctorat via le blog Doctrix : défendre nos droits et en obtenir de nouveaux. C’est donc très limité même si je vois bien que beaucoup de doctorant.e.s et docteur.e.s ont déjà peur de s’engager à ce niveau.

2) Ma vie au paradis

Compte-tenu des métiers que j’exerce (recherche, enseignement, communication, blogger) et des conditions de travail (la majorité de mes expériences professionnelles en télétravail, et particulièrement actuellement : webconférences, webinaires, réseau social interne…), j’ai une pratique permanente d’internet tout autant en tant que récepteur qu’en tant que producteur. Une des difficultés est d’ailleurs de trouver un équilibre entre la réception et la production. Toute la réception ne sert pas pour de la production. Il faut aussi trouver un équilibre entre la réception productive et la réception par simple intérêt (actualité informationnelle généraliste). Ce qui est intéressant aujourd’hui — sans être visiblement directement utile d’un point de vue productif — le sera peut-être plus tard. L’actualité politique — ou du moins l’actualité des politiques publiques nationales ou locales — puisque mon entreprise participe de ces politiques en tant que conseiller ou en tant qu’acteur. Le reste de l’actualité sert davantage pour tout ce qui est informel : la discussion autour d’un café ou d’un repas, dans une voiture ou un train. Ce n’est pas négligeable car cela fait beaucoup de temps au final et cela crée des affinités. Et autant ce n’est pas nécessaire au travail « opérationnel », autant ce serait du plus mauvais effet de ne pas être au courant d’une actualité importante, surtout face à des clients et partenaires.

Malgré tout ce temps passé sur internet, je pourrais difficilement me qualifier de geek :

- Je télécharge ou consulte peu les podcasts.

- Je ne fonce pas sur les nouvelles technologies au moment de leurs apparitions.

- J’utilise peu d’applications de mon téléphone et j’en télécharge rarement.

- J’écoute beaucoup les médias traditionnels sur leurs supports traditionnels, notamment France Culture qui est une sorte de fond sonore intellectuel.

- Je ne télécharge pas de films ou séries.

- Je ne joue plus aux jeux vidéo depuis la fin de la SuperNintendo !

Pour donner un exemple concret de l’usage d’internet dans un objectif scientifique, voici mes 5 façons pour moi d’accéder à un article scientifique :

- Je fais une recherche sur un sujet grâce à moteur de recherche (Google très majoritairement alors que je sais qu’un moteur comme Quant est plus éthique, français et de plus en plus pertinent).

- Je fais une recherche plus précise via Google scholar qui permet d’atteindre presque uniquement des articles scientifiques.

- J’essaye d’en savoir plus sur un.e chercheur.se en regardant ses articles mis en ligne sur Cairn.info ou Persee.fr ou sur sa page personnelle sur le site internet de son laboratoire.

- J’essaye de lire un article que j’ai trouvé cité dans un autre article ou livre.

- Je reçois un lien hypertexte d’un numéro d’une revue dans un mail d’un.e chercheur.se qui en fait la promotion sur une liste de diffusion de chercheur.se

- Je tombe sur un article via un réseau social (Twitter parfois, Academia très rarement)

Historiquement, j’ai eu une sorte de montée en puissance progressive (en plusieurs étapes) dans l’usage « productif » — c’est-à-dire en tant que producteur d’informations — d’internet :

- Pendant longtemps, je n’ai utilisé que le mail : pour informer d’événements que j’organisais, d’articles que je publiais, de spectacles de théâtre dans lesquels je jouais. Je m’étais quand même inscrit en parallèle sur :

o trombi.com (jamais utilisé ou presque),

o Copainsdavant (jamais utilisé ou presque),

o Viadéo (jamais utilisé ou presque),

o Linkedin (où j’accumule, sans réelle utilité, des contacts depuis quelques années, notamment mes étudiant.e.s quand ils créent leur profil ou cherchent un emploi/stage, et que je commence à peine à utiliser depuis septembre 2018 pour aider mon entreprise qui a décidé d’être active sur ce support),

o Academia (peu utilisé dans un premier temps, jusqu’à je considère qu’il faudrait que je donne davantage de visibilité à mes publications).

- Dans un second temps, j’ai commencé à développer des projets collectifs qui nécessitaient des sites internet :

o L’association Humanitudes pour aider à créer des liens entre les chercheurs.ses en sciences humaines et sociales,

o Le blog Doctrix de valorisation politique du doctorat (Doctrix2012 fin 2011 puis Doctrix) début 2012 lorsque la plateforme Educpros nous propose de l’intégrer),

o Le blog des chercheurs.ses du GRER Radiography en 2012.

o Un site internet pour faire la promotion de ma troupe de théâtre.

o Un blog de réflexion sur les médias Infospections en 2016.

o La revue scientifique RadioMorphoses fondé en 2016 mais sur un projet qui date de 2014.

- Dans un troisième temps, je me suis mis aux réseaux sociaux :

o Twitter avec un compte à mon nom car mes collègues de Doctrix y avaient une activité intense. Tout un nouvel univers s’est alors ouvert ! Il s’agissait de choisir sur quoi j’allais parler et qui j’allais suivre. J’ai choisi le monde de la communication, du numérique, des médias, des réseaux sociaux.

o Twitter mais avec un compte anonyme pour le théâtre car je n’avais pas d’ambition d’en vivre et voulait seulement faire de la promotion et me divertir.

o Facebook (un compte sous pseudonyme) pour créer une page pour Humanitudes que je n’ai pas géré jusque-là.

o Plus tard, le compte Twitter du forum d’emploi « Career Fair » de PhD Talent (une association à l’époque, devenue depuis entreprise depuis).

o Plus tard encore, le compte Facebook de l’association RIRH (Réseau Interdisciplinaire des Recherches sur l’Humour)

- Dans un quatrième temps pour faire la publicité pour mes publications ou projets via des blogs :

o Les radios libres en 2016 pour la sortie du livre Radios libres, 30 ans de FM°: la parole libérée ? que j’ai co-dirigé,

o Radios du Futur en 2016 pour la sortie du numéro 132 « La radio du futur : du téléchromophotophonotétroscope aux postradiomorphoses » des Cahiers d’histoire de la radiodiffusion que j’ai dirigé et parce que je m’intéresse scientifiquement à la radio numérique,

o Doc’Door en 2017 pour faire la promotion de mon projet de maison du doctorat.

- Dans un cinquième temps pour mon entreprise Crois/sens où je travaille depuis mars 2017 :

o J’ai d’abord fait un état des lieux de la communication en faisant des suggestions.

o J’ai opérationnalisé certaines des suggestions.

o J’ai conceptualisé une application qui attend d’être concrétisée.

o Je me suis rapidement occupé des réseaux sociaux.

o J’ai préparé des plans de communication et organisé des événements.

o Puis j’ai mis en place un comité éditorial pour gérer les publications sur les deux parties blogs de nos deux sites internet : celui institutionnel de l’entreprise et la plateforme Bien-Vivre Maintenant qui nous sert à mettre en relation des acteurs.rices du territoire.

o Et maintenant, il s’agit de créer un Wiki qui pourrait faire progresser la recherche que le « bien-vivre » et financer les jeunes chercheurs.ses si nous parvenons à le mettre en place.

J’ai essayé de continuer toutes ces activités en parallèle, tout en publiant des articles scientifiques sur le média radio. Je préfère en publier un peu sur chaque support que beaucoup sur l’un d’entre eux. Mais c’est évidemment pour mon entreprise que je travaille le plus aujourd’hui. Il s’agit aussi de mettre à jour le moins irrégulièrement possible 3 sites internet qui centralises les informations sur mes publications :

- Academia,

- Slideshare (où je mets depuis 2 ou 3 ans les Powerpoint de mes conférences mais aussi mes articles),

- INA Global (où j’avais créé un compte dès la fondation de la revue mais où j’ai véritablement mis ma bibliographie quand j’ai commencé à y écrire des articles).

Mes prochains objectifs sont :

- De remplir le fameux HAL. Le GRER — Groupe de Recherche et d’Etude de la Radio — vient tout juste de recevoir un message des gestionnaires qui viennent d’ouvrir une collection

- de remplir ma page sur le site de mon laboratoire MICA

- de créer éventuellement un blog avec toutes mes publications,

- de voir aussi ce que fera Arcascience !

A noter enfin que toutes ces activités ne me font pas pour autant intervenir beaucoup dans l’espace public médiatique car :

- je publie peu de livres (2 seulement),

- mes sujets de recherche ne sont pas directement liés à l’actualité,

- je n’ai pas un réseau important parmi les journalistes, animateurs…

J’ai été invité dans les médias à 6 types d’occasions :

- la sortie du livre sur les « radios libres » qui a fait que j’ai été invité dans beaucoup de radios, mais il avait été précédé par d’autres du fait d’événements, anniversaires ou expositions sur ce sujet (voir ici),

- un article sur les extraterrestres « La fabrique des extraterrestres » qui a fait que j’ai été interviewé par C8 pour une émission spéciale « Alien » dans « Pop Up » d’Audrey Pulvar sur le sujet, et ou dans l’émission « Recherche en cours » de David Dumoulin et Jean-Marc Galland intitulée « L’ufologie de la sociologie » sur la radio Aligre FM.

- Une simple conférence « Postradio et postmodernité : contexte, enjeux et limites » sur la radio numérique pour un article « Le haut-débit des ondes » de Pascal Mouneyres dans Les Inrockuptibles,

- Une de mes universités (UCO) qui a mis en relation un journaliste du Télégramme lors d’élections car je donnais des cours de communication politique là-bas à l’époque (« La communication par Facebook et les blogs ne suffit pas »),

- Les ateliers de « Valorisation de la thèse » d’Humanitudes pour un article « Les doctorants en sciences humaines font leur promo » Sophie Lhameen dans Cadre et Dirigeant,

- Lors de spectacles de théâtre quand j’en faisais.

3) Critique du paradis

Si internet est bien le paradis des chercheurs.ses, ce paradis comporte quelques limites qu’il faut évoquer pour trouver des solutions :

a) Les moteurs de recherche

Certains moteurs de recherche dans les portails ne sont pas assez performants. Une recherche aboutit souvent à des résultats non pertinents. Il en est de même pour Google scholar qui est censé faire des recherches uniquement dans les revues scientifiques. On s’aperçoit que ce n’est pas toujours le cas et qu’on trouve des sites internet qui ne sont pas des sites de revue scientifique. La responsabilité est dû notamment aux portails eux-mêmes. En effet, le portail Cairn.info — créé en 2005 par Marc Minon, son associé Jean-Baptiste de Vathaire, les maisons d’édition Belin, De Boeck, La Découverte et Érès et des investisseurs institutionnels — est ouvert à d’autres types de publications en sciences humaines et sociales :

- les ouvrages de recherches (ouvrages collectifs, monographies de recherche, essais ; 8 302 au 25 février 2019 ; 3€ sous 10 pages, 4€ sous les 20 pages, 5€ au-dessus),

- des magazines spécialisés non scientifiques (Sciences Humaines, Alternatives économiques, L’Histoire, Le Magazine littéraire ; 9 magazines ; 2,5€ l’article)

- des encyclopédies de poche comme les « Que sais-je ? » (2€ le chapitre) et les « Repères » (entre 2 et 3 € le chapitre ; 1 498 ouvrages pour ces deux collections au 25 février 2019) depuis 2010.

Donc une recherche sur Cairn.info mène aussi bien à des articles journalistiques que des articles scientifiques présentes sur ce portail. En recherchant dans Cairn.info le 25 février 2019 « Sebastien Poulain », je ne trouve que 3 articles qui me sont attribués dont un qui n’est même pas dans une revue scientifique (c’est une revue ministérielle même si beaucoup de scientifiques y collaborent), et je trouve 145 « résultats » dans le moteur de recherche avec des articles où je n’ai aucun rapport sinon le prénom Sebastien par exemple. Il manque donc 3 articles dans la revue Le Temps des Médias et des articles dans des revues à comité de lecture qui n’ont pas encore été intégrées : Radiomorphoses, Revue française des sciences de l’information et de la communication, Esprit Critique. Revue internationale francophone de Sciences sociales, Recherches en Communication. En ce qui concerne la pertinence du moteur de recherche de Cairn.info, celui-ci est plus performant lorsqu’on est abonnée puisqu’il est alors possible d’utiliser les opérateurs booléens ET, OU, et SAUF et faire une recherche avancée (recherche dans le résumé, dans le titre, dans le texte intégral…). De fait, je le peux utiliser ce moteur via les universités où je donne des cours, mais je ne pense pas que tous les docteur.e.s ont accès. Ce n’est d’ailleurs pas le cas des docteur.e.s dans mon enteprise.

b) Le suivi des publications

Il n’est pas facile de suivre des publications en fonction de thématique ou en fonction des auteur.e.s dans le temps pour plusieurs raisons :

- En effet, tou.te.s les chercheurs.ses ne sont pas sur des réseaux sociaux, qu’ils soient « généralistes » (Twitter, Facebook…) ou spécialisés à destination des chercheurs.ses (Academia).

- Les chercheurs.ses qui sont sur les réseaux sociaux ne mettent pas forcément leurs articles sur les réseaux sociaux (Je ne le fais pas forcément moi-même par exemple, alors même que je conseille aux autres de le faire !).

- Si certain.e.s chercheurs.ses mettent tous leurs articles sur les réseaux sociaux, il faut encore regarder le compte de la personne le jour où elles publient.

- Les pages personnelles sur les sites internet de leurs laboratoires ne sont pas toujours à jour. La mienne est désespérément vide (ou presque) à ce jour alors même que je sais qu’il me faudrait peu de temps pour remplir un document car je tiens à jour dans un document Word mes publications scientifiques.

- Toutes les revues scientifiques ne sont pas sur les portails qui permettent quelques options en cas d’abonnement : des notifications pour les « Nouvelles parutions de vos revues et auteurs suivis » sur Cairn.info (en plus de pouvoir « Personnaliser votre page d’accueil », « Constituer et partager votre bibliographie », « Accéder à votre historique de consultations » sur son compte)

En faisant partie de plusieurs réseaux de chercheurs.ses dans nos thématiques de recherche, on est au courant de la plupart des publications pertinentes via des listes de diffusion. Mais nous ne sommes pas au courant de tout car les chercheurs.ses sont souvent modestes et ne font pas part de leurs publications. Par ailleurs, il n’est pas possible de garder tous les mails (le stockage de mail est une véritable problématique malgré les 15 Go d’espace de Gmail par exemple), or un article peut-être non pertinent à un moment et l’être quelques mois ou années plus tard.

c) Les tarifs

Internet a supprimé quelques barrières techniques, pratique et économiques, mais j’ai souvent des déceptions lors des me recherches d’articles sur internet car beaucoup d’entre eux sont payants (les plus récents), même si c’est surtout le cas des articles dans des revues en sciences dites « dures » et étrangères. D’autant plus que beaucoup des auteur.e.s — les étudiant.e.s qui publient leur master, les doctorant.e.s « non financé.e.s », les jeunes docteur.e.s non postdoctorant.e.s — qui publient des articles ne sont pas rémunérés par des institutions du monde de la recherche. En tout cas, ils.elles ne sont jamais rémunéré.e.s par les revues scientifiques alors même que beaucoup d’éditeurs semblent avoir des revenus confortables. Voici les tarifs sur Cairn.info :

- les ouvrages de recherches (3€ sous 10 pages, 4€ sous les 20 pages, 5€ au-dessus),

- des magazines spécialisés (2,5€ l’article),

- des encyclopédies de poche comme les « Que sais-je ? » (2€ le chapitre) et les « Repères » (entre 2 et 3 € le chapitre),

- Le n°237 « L’approvisionnement alimentaire entre ressources et pouvoirs » de 234 pages de la Revue internationale des études du développement est à 15 €. Si l’introduction et un article « Analyse bibliographique » ainsi que les résumés sont gratuits, les 6 articles du dossier et un « document » sont à 5 € chacun pour des articles entre 20 et 30 pages. Pour l’abonnement, le tarif de 60 € donne un accès immédiat à la version électronique (HTML et PDF) et aux numéros papier envoyés par la poste.

Cela peut d’autant plus surprendre qu’on voit que les organismes de recherche et universités payent plusieurs fois pour pouvoir accéder à un contenu d’un livre ou d’une revue :

- Lorsqu’ils rémunèrent les chercheurs.ses via leur salaire pour rédiger des articles.

- Lorsqu’ils rémunèrent les chercheurs.ses qui relisent et critiquent les articles.

- Lorsqu’ils rémunèrent les chercheurs.ses qui dirigent des numéros.

- Lorsqu’ils rémunèrent les chercheurs.ses qui dirigent des revues.

- Lorsqu’ils rémunèrent les chercheurs.ses qui dirigent des collections.

- Lorsqu’ils financent des appels à projets collectifs dans des organismes comme l’Agence nationale de la recherche.

- Lorsque les chercheurs.es demandent à leurs laboratoires de payer la revue pour que leurs articles soient publiés. C’est surtout dans les sciences dures.

- Lorsqu’ils s’abonnent aux revues scientifiques pour que les étudiant.e.s et les chercheurs.ses puissent les lire : de l’ordre de 100 millions d’euros en France et 160 millions d’euros pour l’Allemagne.

S’ajoute aussi le fait que chercheurs.ses doivent céder les droits aux éditeurs pour être publiés. Tout cela est contraire à la philosophie de Beaumarchais. La plupart des personnes qui font du travail numérique (digital labor) ne sont pas véritablement conscients de le faire. Je ne sais pas à quel point les chercheurs.ses le savent alors qu’ils.elles font sans doute partie de ceux.celles qui consacrent le plus de temps à ce travail numérique :

- Soit parce que leurs recherches aboutissent à des innovations technologiques (internet, web, humanités numériques…).

- Soit parce qu’ils.elles font de la médiation scientifique (blogs, réseaux sociaux numériques, interviews journalistiques)

- Soit parce qu’ils.elles écrivent des articles dans des revues scientifiques.

Rappelons que la mise en ligne d’un article dans un portail de revues scientifiques est le fruit de la décision de la revue et du portail à revues. De son côté, le.la chercheur.se n’est pas forcément mis.e au courant lorsque son article est mis en ligne sur un portail. Il faut qu’ils.elles fassent des recherches sur eux.elles-mêmes sur un moteur de recherche pour l’apprendre. Il n’y a qu’une partie des revues qui mettent leurs contenus en ligne :

- Certaines revues n’ont pas intérêt à mettre leurs articles en ligne car elles perdraient aussi tôt des aides publiques qui ne bénéficient qu’aux revues publiées en version papier.

- Une revue peut être trop jeune pour être mise en ligne. Les portails mettent en place un processus de sélection des revues qui doivent avoir déjà publié plusieurs numéros et être soutenues par des institutions scientifiques.

- Des revues ne sont pas jugées d’une assez bonne qualité pour rejoindre le portail.

- Des revues peuvent vouloir rester autonomes.

L’objectif des chercheurs.ses est avant tout de publier dans des revues à comité de lecture, c’est-à-dire des revues où les articles qui sont envoyés à la revue sont relues avec précaution par des chercheurs.ses plutôt senior et en tout cas spécialistes de la discipline de l’auteur.e de l’article. Certain.e.s chercheurs.ses écrivent parce qu’ils.elles ont l’obligation contractuelle de le faire. D’autres le font parce que c’est une condition sine qua non : pour être qualifié par le Conseil National des Universités. Le fait que la revue soit mise en ligne joue un rôle secondaire, même si la numérisation et le bon référencement augmente les chances d’être cité ce qui joue un rôle de plus en plus grand via les classements.

Les rémunérations des chercheurs.ses ne proviennent donc pas de revues scientifiques. Mais elles sont possibles dans des revues de qualité faisant contribuer des chercheurs.ses :

- Un ami maitre de conférences en droit international bénéficie de véritables compléments de salaires via des dossier pour un cabinet d’avocat mais aussi la publication d’articles dans des revues juridiques.

- Cela m’est arrivé deux fois via le site internet INAGlobal : dans le premier cas, c’est mon directeur de thèse qui avait été contacté pour contextualiser Radio Debout de « Nuit Debout ». N’ayant pas le temps de l’écrire, il a proposé à d’autres membres du GRER de le faire. J’ai réagi immédiatement, m’intéressant au sujet, ayant été interviewé sur le sujet par Claire Doyen de l’Agence France Presse (AFP) : « Porte-voix du mouvement Nuitdebout, Radio debout “occupe l’espace médiatique” ». Il fallait choisir entre d’environ 5 000 signes rémunéré 170 € brut sous forme de cession de droits d’auteur et un texte plus long, entre 12 000 et 15 000 signes 360 €. J’ai choisi la deuxième option, ce qui me semblait déjà très court (« Quand la radio se révolte »). Un an plus tard, c’est moi qui suis venu vers INAGlobal à l’occasion d’un sondage sur la confiance dans les médias (« Pourquoi a-t-on autant confiance en la radio ? »).

Evidemment, le processus de publication est bien plus rapide que dans une revue scientifique, et le.la rédacteur.rice en chef se sent beaucoup plus libre de modifier tout en restant respectueux. Donnons un exemple à propos du titre de « Quand la radio se révolte » qui a fait l’objet de discussion pour le rendre plus attractif auprès des lecteurs.rices et des robots des moteurs de recherche :

- Quand j’ai faire relire mon article parmi des amis, le premier titre était « Les ondes de la révolte : quand les activistes se font radioactivistes ». L’article était alors deux fois trop long car je traitais aussi de la radio militaire.

- Quand j’ai envoyé mon article à INAGlobal, le titre est devenu « Les ondes des mouvements : usages des « radios-tract » et des « radios de siège » en temps de luttes ».

- Ce titre n’a pas plu. La personne qui a relu le texte au sien de la revue a barré mon titre et proposé : « La radio, média contestataire ». D’autres sous-titres ne satisfaisaient pas : « La radio des mouvements sociaux traditionnels » qui devient « Le porte-parole des luttes socio-économiques » ; « L’atout de la parole radio » qui devient « La voie nue, un atout pour informer » ; « L’atout économique de la radio » qui devient « Émettre, un moyen de lutte accessible à petit prix » ; « Conclusion » qui devient « Pour lutter, un média toujours d’actualité ». Le reste des modifications était très léger.

- Ce titre ne m’a plu, voici ce que j’ai proposé qui a mis fin à la discussion : « Ce titre donne l’impression que toutes les radios sont contestataires, alors que c’est rarement le cas ! Que pensez-vous de « Les ondes de la révolte », « Les ondes des révoltes », « Quand la radio se révolte », « Quand la radio devient contestataire », « Quand les ondes contestent », « Quand la radio conteste », « Les luttes radiophoniques », « Les contestations radiophoniques », « Les révoltes radiophoniques » ? »

d) L’identité numérique

Pour les chercheurs.ses, comme pour le reste des internautes, des questions d’identité numérique se posent. Il se trouve qu’il y a pas mal de « Sebastien Poulain » sur internet. Le 25 février 2019, j’en trouve pas moins de 130 Sebastien Poulain sur Facebook, 34 sur Linkedin, 27 sur Viadeo, 35 sur Twitter (64 dans ma seule banque !). Récemment, une doctorante m’a dit sa surprise de me voir sur une photo en train de faire la fête. Il s’agit d’une photo placée sur Copain d’Avant d’un homme blanc avec des cheveux rasés qui me ressemble, chef d’entreprise dans le domaine de la publicité, né en 1974 et vivant à Mers-les-Bains dans le département de la Somme. Pourtant cette doctorante m’a déjà vu une ou deux fois physiquement, et je fais particulièrement attention de ne pas publier ce type de contenu. Je conseille d’ailleurs à mes étudiant.e.s de faire tout autant attention car je considère qu’internet est un espace professionnel, à l’image des autres médias. Parmi les « Sebastien Poulain », il y a au moins un docteur. Celui-ci est heureusement très éloigné d’un point de vue disciplinaire. C’est l’un des seuls à me concurrencer du point de vue du référencement. Il a soutenu sa thèse intitulée « Caractérisation microbiologique de l’argile à Opalinus du Mont Terri et de l’argilite du Callovo-Oxfordien de Meuse/Haute-Marne » en 2006 à l’université Bordeaux 1 soit 10 ans avant moi, et travaille comme « Ingénieur Projets Européens » dans la Cellule Appui au montage de projets (PDG-DAJF-ACC-MONTPROJETS) d’IFREMER à Plouzané dans le département du Finistère. Je reçois parfois des mails de ses collaborateurs.rices. Son mail gmail est quasiment identique au mien. Récemment, j’ai reçu le mail ci-dessous :

Le jeu. 14 févr. 2019 à 15:36, CEA <noreply@ccsd.cnrs.fr> a écrit :

Sebastien Poulain,

Vous avez été reconnu comme auteur d’un nouveau document sur HAL :

Subramaniam Eswaramoorthy, Sebastien Poulain, Rainer Hienerwadel, Nicolas Bremond, Matthew Sylvester, et al.. Crystal Structure of ChrR — A Quinone Reductase with the Capacity to Reduce Chromate. PLoS ONE, Public Library of Science, 2012, 7 (4), pp.e36017. 〈10.1371/journal.pone.0036017〉
 Êtes vous bien auteur de ce document ? NON OUI

En tant qu’auteur de cette publication, vous avez les droits de propriété sur ce document. Vous pouvez compléter les métadonnées, ajouter un fichier ou une nouvelle version.

Sincères salutations,

— 
 Message automatique du CCSD

P.S. : Le document peut être inaccessible car celui-ci doit être indexé par nos machines.

Je ne souhaite plus recevoir ce type de mail.

e) Le multimédia

Ce que je critique aussi dans les revues scientifiques, c’est la frilosité multimédialique. Alors qu’il est techniquement facile de mettre des images, des vidéos, des enregistrements sonores… dans un article sur internet, c’est finalement rare, en tout cas dans les revues que je consulte dans les disciplines de sciences humaines et sociales et sciences de l’information et de la communication.

C’est logique dans les revues qui ne font que numériser des articles publiés dans un premier temps en version papier. C’est moins compréhensible quand les revues qui sont des « pure player », c’est-à-dire des revues uniquement numériques.

Je sais que des soutenances de thèse s’appuient directement sur la réalisation d’un film scientifique par exemple.

f) La longueur des articles

Dans la continuité de la critique précédente, j’ajouterais la question de la longueur des articles. Mais cela dépend de la situation dans laquelle je me trouve :

- En tant qu’auteur, il m’arrive souvent de regretter de ne pas avoir 10 000 ou 20 000 signes de plus pour pouvoir enrichir davantage les articles. Par exemple, avec des citations de chercheurs.ses ou des personnes interrogées en vue de l’article. J’essaye d’atténuer cette frustration en gardant la matière disponible pour d’autres supports :

o soit des articles scientifiques,

o soit des revues non scientifiques qui sont plus ouvertes,

o soit des blogs et sites internet.

- En tant que lecteur, c’est plus compliqué car un article trop long pourrait éventuellement être décourageant (Personnellement, je n’aime pas lire les articles scientifiques et a fortiori les livres sur des écrans et achète plutôt des livres quand cela semble pertinent.), du moins si l’article n’est pas central pour l’écriture d’un autre article. Il faudrait faire la distinction entre d’une part des articles avec des sujets de recherche largement étudiés où on retrouve beaucoup de points communs d’un article à l’autre qu’on aurait bien aimé ne pas avoir trouvé, et d’autre part des articles très innovants et en phase avec ce qu’on est en train de faire soi-même où on aimerait que l’article soit deux fois plus long. Personnellement, j’ai publié le 5 octobre 2016 l’article non scientifique sur les radios militantes « Quand la radio se révolte » pour la revue numérique INAGlobal.fr (voir plus haut), mais j’ai appris peu après cette publication qu’André-Jean Tudesq, pionnier de la recherche sur la radio, avait publié article sur le même sujet. Il s’agissait « La radio, instrument et témoin de la révolte » publié en 2000 dans Révolte et société, qui sont les Actes du 4e colloque d’Histoire au présent (1989–1990) aux publications de la Sorbonne dans la collection Hommes et société. De plus, au moment où j’ai fait ma recherche, cet article venait d’être republié par la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine le 30 avril 2016 Actualité d’André-Jean Tudesq co-dirigé par mon propre directeur de thèse mais je n’avais pas encore acquis l’ouvrage. Je savais que ce chercheur était spécialiste de la radio en Afrique mais je ne savais pas qu’il avait abordé cette thématique de la radio militante. Par ailleurs, les articles — surtout ceux des Actes — publiés avant internet ne sont pas bien référencés, ce qui fait que je ne l’avais pas vu cité dans la centaine de références utilisée dans cette publication. Quel dommage ! Mais cela souligne tout l’enjeu de la numérisation des recherches, mais aussi de leur référencement car un article mal référencé est noyé dans l’océan numérique francophone qui est plus une mer par rapport à l’océan numérique anglophone.

- En tant que « relecteur », c’est-à-dire en tant que chercheur chargé par une revue de faire une lecture critique d’un ou plusieurs articles en vue d’une éventuelle publication, c’est encore plus compliqué car plus un article est long, plus long sera le travail de lecture critique. Lorsqu’on prend le travail de lecture au sérieux, le travail peut se faire mot par mot. Mais les revues ne demandent pas toujours un travail aussi précis aux relecteurs.rices. Voici ce que nous demandons à RafioMorphoses :

o Le thème — est-il pertinent pour la revue du GRER ? :

o Les idées, hypothèses, conclusions sont-elles neuves, originales ? :

o La méthode, la rigueur scientifique, les références ? :

o La présentation, la structure du texte, justesse et clarté de l’expression ? :

o AVIS DE L’EVALUATEUR SUR PERTINENCE DE PUBLICATION :

§ A : Article à publier en l’état ou avec corrections mineures (Si nécessaire, précisez brièvement).

§ B : Article intéressant, mais travail préalable de réécriture nécessaire (Précisez en développant).

§ C : Article hors des thématiques de la revue ou non publiable (Précisez vos arguments).

o COMMENTAIRE à transmettre à l’auteur en cas de demande de réécriture légère, importante ou explications pour le refus de publication.

g) La lenteur

Une frustration vient de la lenteur du processus de publication qui prend des mois, voire des années. De plus, cerrtain.e.s organisateurs.rices de colloques font aussi miroiter des publications via des actes, voire des numéros de revue, qui demandent une première version de l’article pour le colloque mais où les organisateurs.rices annoncent à la fin du colloque que les chercheurs.ses vont devoir chercher des éditeurs.rices et revues. Mais la frustration diminue quand on écrit de plus en plus d’articles et quand on sait qu’il y aura forcément d’autres occasions de publier. J’ai deux anecdotes à ce sujet :

- J’ai participé quatrième colloque international GRER intitulé « Vers la Post Radio — Enjeux des mutations des objets et formes radiophoniques » à Paris du 26 au 28 novembre 2009 avec une communication intitulée « Postradio et postmodernité : contexte, enjeux et limites ». Par la suite, les textes ont été demandées. J’en ai écrit un. Mais il a fallu attendre la création d’une revue — RadioMorphoses — en 2016 pour pouvoir publier en 2017 l’article intitulé « Les postradiomorphoses : enjeux et limites de l’appropriation des nouvelles technologies radiophoniques » dans un numéro — le n°2 — intitulé « Évolution des formats et modes d’expression radiophoniques ». Entre temps, j’avais inventé le concept de « Postradiomorphoses » dans un article intitulé « Postradiomorphoses : petit bilan des mutations radiophoniques à l’ère du numérique » publié 15 octobre 2013 sur le carnet de recherche Radiography. La notion de « postmodernité » et sa relation avec les évolutions de la radio présente en 2009 n’était plus présente dans Radiomorphoses faute d’espace et à cause de son éloignement avec la thématique du numéro. Mais j’ai réussi la remettre dans un article intitulé « Postmodernité et postradiomorphoses : contexte, enjeux et limites » dans le n°132 « La radio du futur : du téléchromophotophonotétroscope aux postradiomorphoses » des Cahiers d’histoire de la radiodiffusion publié la même année 2017 que je dirigeais.

- Autre exemple, j’ai fait une conférence intitulée «°Sens dessus dessous : « démocratisation » du religieux à Radio Ici et Maintenant°» dans IIIe Conférence Internationale d’ERCILIS (Equipe de Recherche en Civilisation et Littérature de Sfax) un intitulé « La crise du sens » organisé par à Tozeur en Tunisie du 3 au 6 mars 2009. Les articles devaient être envoyé avant le colloque pour les actes qui étaient prévus, comme pour le colloque international précédent. Je l’avais fait. Mais les choses ont trainé. Le printemps tunisien est arrivé. La personne qui devait diriger les actes a été jugée trop proche de Ben Ali pour qui elle avait travaillé lors d’une campagne électorale (du moins, c’est ce que des chercheurs.ses m’ont dit). Elle a dû partir de l’Université de Sfax pour l’Université Tunis El Manar. Nous n’avons plus eu de nouvelle. Nous échangeons parfois encore à ce sujet avec des chercheurs.ses rencontré.e.s lors de ce colloque car je me suis lié d’amitié avec certain.e.s d’entre eux.elles. Mais cette première version d’article — en parallèle à l’article « La fabrique des extraterrestres » qui était en préparation depuis 2008 (proposition d’article envoyée en mai 2008 pour une publication en 2010) — a servi de matrice à 3 articles publiés 4, 5 et 9 ans plus tard (!) :

o « Le réenchantement du récit radiophonique comme réenchantement du monde » publié en 2013 dans le n°37 « Radio et narration : de l’enchantement au réenchantement » de Recherches en Communication qui est une revue belge créée en 1994,

o « Des médiums dans les médias ou les nouveaux médiateurs du sacré » publié en juillet 2014 dans le volume 19 « Une société du sacré ? Désacralisations et re-sacralisations dans la société contemporaine » d’Esprit Critique. Revue internationale francophone de Sciences sociales qui a été fondée au Canada en novembre 1999 et qui est devenue une revue marocaine en 2017,

o « Une Église radiophonique, Ici et maintenant » publié en 2018 dans le n°13 « Religions & Médias » de Revue française des sciences de l’information et de la communication qui a été fondée en 2012.

h) L’audience

Dommage que nous n’ayons que rarement accès à l’audience des numéros et des articles. Persee.fr (qui a ouvert ses données structurées ici data.persee.fr) le fait en partie grâce à stats.persee.fr qui permet de savoir :

- qu’il y a eu 269 917 visites et 2 888 243 pages vues le 1er mars 2019,

- qu’il y a eu 7 991 584 visites en janvier 2019, contre 121 259 en janvier 2009,

- que Revue Philosophique de Louvain a été visité 8 403 fois et téléchargée 407 fois tandis que Revue de l’histoire des religions a été visitée 2 591 fois et téléchargée 176 fois entre le 1er et le 4 mars 2019 à 00:01,

- que l’article de Gilles Dorival « Les heures de la prière (à propos du psaume 118, 164) » dans Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest (tome 83, numéro 2, 1976) a été visité 4 464 fois et été téléchargé 53 fois (en haut du top) tandis que celui d’Yves Cambefort « Le scarabée dans l’Égypte ancienne. Origine et signification du symbole » dans Revue de l’histoire des religions (tome 204, n°1, 1987) a été visité 1 259 fois et été téléchargé 0 fois (en bas du top) en janvier 2019…

Cairn.info ne le fait pas même lorsque l’on est abonné. Il donne encore moins le nombre de ventes. Il ne s’agit pas de faire du quantitativisme, mais c’est toujours intéressant. Je peux voir sur HAL que la notice de ma thèse a été consultée 1087 fois, et qu’elle a été téléchargée 487 fois au 28 février 2019. Academia.edu — où j’ai mis 7 documents — donne quelques informations gratuites :

- Depuis quel pays, ville et Université a été consulté mon profil

- Depuis quels moteurs de recherche

- Combien de téléchargements des articles

- Le nombre de consultation de mon profil, mes documents ou le nombre de visiteurs.ses ses 30 ou 60 derniers jours ou par jour

- Le nombre de vus, visiteurs.ses, téléchargements dans les 39 derniers jours et depuis la mise en ligne

- Le statut professionnel des visiteurs.ses et leurs sujets de recherche

- Le nombre de fois où mes articles ont été suggérés par Academia.edu

Academia (qui prévoit pas moins de 7 catégories de notification) m’envoie des messages (18 messages en octobre 2018 qui est un pic élevé peut-être lié à la rentrée universitaire) pour me dire que :

- une personne m’a recherché sur un moteur de recherche (Google presque uniquement),

- une personne est tombée sur un de mes articles via le moteur de recherche d’Academia,

- quels sont mes articles les plus regardés/téléchargés,

- quels sont les articles mis en ligne par les personnes que je suis,

- quels sont les articles publiés dans les thématiques que je suis,

- quelles sont les personnes qui me suivent…

Academia est bien référencé puisqu’il est tout en haut des recherches Google en ce qui concerne « Sebastien Poulain ». Je suis 5 personnes et suis suivi par 17 et 557 vus au 28 février 2019. Il est évident que payer 7,42€ par mois ou 89€ par an pour être membre « Premium » me fournirait des informations intéressantes, du moins si je mettais davantage d’articles en ligne et si je suivais davantage de monde.

i) Les micro espaces publics scientifiques

Le nombre de revue a fortement augmenté : erudit.org en compte 217, persee.fr 301, cairn.info 495, openedition.org 503 au 4 mars 2019 (mais autour de 2 500 revues en 2019 pour Elsevier, filiale de la multinationale néerlando-britannique RELX Group). On a parfois l’impression que tout laboratoire, tout centre de recherche, toute association de chercheurs.ses, tout Labex… veut sa revue. Cela a des avantages mais aussi des inconvénients. Je vais donner des exemples en m’appuyant sur la revue que j’ai cofondée : RadioMorphoses.

Avantages :

- Cela permet de donner un nouvel espace de diffusion, notamment pour les jeunes chercheurs.ses et notamment grâce à des « positions de thèse », une rubrique avec laquelle je suis particulièrement sensible, et donc que je gère.

- Cela permet de concentrer une grande partie de la recherche sur la radio au même endroit et donc d’en avoir une vision globale rapidement.

- Cela permet de publier les actes des colloques GRER, ce qui était une difficulté auparavant car ce genre de publication n’intéressent ni les éditeurs « papier » (même chez des éditeurs comme L’Harmattan) ni les revues scientifiques d’ailleurs. Il a fallu se battre pour que le colloque international « Radios libres, 30 ans de FM : La parole libérée ? » de 2011 devienne en 2016 le livre Radios libres, 30 ans de FM°: la parole libérée ? édité par L’Harmattan en collaboration avec l’INA (pour le financement, la mise en relation avec L’Harmattan…) dans la collection « Les médias en actes ». Il faut dire que l’INA était partenaire du colloque, l’INA publie peu de livres sur la radio et un de ses salariés était auteur d’un article. En ce qui concerne RadioMorphoses et la publication des actes, nous faisons, bien entendu, relire les textes comme s’ils étaient envoyés à la revue par la voie traditionnelle directe.

Inconvénients :

- Il se développent micro groupes de chercheurs qui ont peu de moyens humains et matériels pour faire vivre les revues. A RadioMorphoses, nous ne parvenons pas à publier plus d’un numéro par an (1er en 2016, 2ème en 2017, 3ème en 2018, 4ème en cours de publication, 5ème en préparation).

- Il y a une forme d’entre soi qui pose question. Il est assez facile de deviner qui est l’auteur de l’article même en cas d’anonymisation. Un.e chercheur.se m’a dit qu’elle avait plus ou moins deviné qui avait relu son article. Tout va bien quand il y a de la bienveillance et une bonne attente. Mais ça peut devenir compliqué quand il y a des tensions. On peut imaginer qu’une personne puisse se défouler sur une autre s’il y a une mauvaise entente. Celui qui relit le texte de l’un un jour risque fortement d’être relu par l’autre la fois suivante car on essaye de faire relire les textes par des personnes qui ont des expertises proches.

- Les chercheurs.ses sur la radio rencontrent moins les chercheurs.ses spécialistes des autres médias par exemple. Ils bénéficient donc moins de leurs apports.

- Cela affaiblit les revues préexistantes qui perdent des forces pour les animer et qui reçoivent moins d’articles.

j) L’espace public médiatique

A l’ère des infox, les médias auraient intérêt à faire intervenir davantage les chercheurs.ses pour augmenter leur crédibilité qui est d’ailleurs variable d’un média à l’autre. En effet, ceux.celles-ci disposent d’une crédibilité bien supérieure à tou.te.s les autres acteurs.rices de la société. Un sondage Harris Interactive sur 5 362 personnes donne un pourcentage de Français déclarant faire confiance à certain.e.s acteurs.rices lorsqu’elles prennent la parole :

o 86% aux scientifiques,

o 74% aux associations,

o 57% aux élus locaux,

o 54% aux entreprises,

o 54% aux économistes,

o 42% aux journalistes,

o 34% aux syndicats,

o 23% aux membres du gouvernement.

Dans les médias, les chercheurs.ses sont davantage performant.e.s quand ils sont en situation d’expertise que lors des débats car ils utilisent bien moins les techniques de rhétoriques, sont bien moins porté.e.s par la libido dominandi (et des intérêts économico-politiques) que la libido sciendi (et la recherche de la vérité) et se permettent moins de s’exprimer sur des sujets qu’ils ne maitrisent pas. Ceux.celles qui vont sur les plateaux des talk shows sont souvent déçus comme nous avons le voir lors d’un colloque « Perdu.e de recherche » de juin 2018. Personnellement, je dois bien avouer que je n’étais pas le plus à l’aise dans ce type de situation agonistique le peu de fois où j’y ai un peu participé. Cela m’est arrivé deux fois :

- Le 5 mai 2015 face à Guillaume Erner (France Inter à l’époque, et en partance pour France Culture) dans émission « Brouillage » de Mélanie Péclat sur Radio Campus Paris intitulée « Le service public radiophonique » où elle voulait nous faire dire que les radios associatives faisaient aussi partie du service public.

- Le 16 janvier 2014 face à Antoine Spire dans son émission « Tambour battant » (coproduite par Patrick Tudoret) sur Cinaps TV (aujourd’hui sur Demain TV). L’émission intitulée « Vive la radio » était surtout à la gloire de Radio France et en particulier de France Culture où Antoine Spire a été animateur de 1975 à 1999 ce qui lui a permis de voir l’arrivée des radios privées pour lesquels il n’avait pas un grand appétit. En dehors du chercheur Thierry Lefebvre spécialiste des radios libres, les autres invités étaient Sandrine Treiner, Joel Ronez et Sophie Nauleau, tous à Radio France.

Je pense que j’ai réussi à m’en sortir car ces émissions concernaient directement mon sujet de thèse, nous avions du temps et la parole était équitablement distribuée. Ce serait sans doute bien plus difficile dans un contexte de talk-show.

Malgré ces critiques, je ne peux pas m’empêcher d’être optimiste car c’est dans l’intérêt général : les publications scientifiques prennent toujours plus de valeur avec leur diffusion. J’espère qu’ArcaScience pourra aider en la matière !

J’espère aussi que d’autres chercheurs.ses feront part de leurs propres pratiques de lecture, d’écriture… en abordant d’autres aspects de leurs recherches. Je serai le premier à les lire !