Loin de la guerre, un nouveau départ pour de jeunes Syriens.

Alors que le conflit en Syrie entre dans sa cinquième année, un collectif universitaire s’est mobilisé pour permettre le retour d’étudiants syriens à Lyon. Depuis l’automne, ils sont dix à avoir rejoint les bancs de Lyon 2 grâce à l’aide d’une bourse. Rencontre.

Le centre international d’études françaises de Lyon 2 permet aux étudiants syriens de suivre 25h de cours de langue par semaine.

Arrivés en octobre, Tammam et Sulaf, 27 et 25 ans, passent inaperçus dans les couloirs de l’université. À un détail près : pour poursuivre leurs études, ils ont dû fuir la guerre. Cette vie à Lyon sonne comme un nouveau départ après les épreuves des années passées.

Alors qu’ils ne connaissaient pas un mot de français, ils s’expriment désormais avec une aisance épatante. « Je me consacre à l’apprentissage de la langue », souligne le jeune homme qui a déjà des projets de master. Une vie studieuse aux antipodes de leur quotidien en Syrie.

L’année prochaine, Tammam espère valider son master 2 en ingénierie.

« J’avais peur de mourir »

À Homs, Tammam était étudiant en ingénierie. « L’université était dans un quartier pro-régime mais les affrontements étaient fréquents ». À Damas, où Sulaf étudiait le droit, le conflit faisait aussi partie du quotidien. « Chaque minute, la mort pouvait arriver. Je vivais avec cette peur ».

Tous deux étaient d’ailleurs engagés dans la lutte contre le régime, une « révolution » comme ils le rappellent. Tammam passera quinze jours en prison. « La torture était fréquente, j’avais peur de mourir ». Son statut d’ingénieur le sauvera cependant.

Loin des yeux, près du coeur

Quand l’opportunité de partir s’est présentée, ils n’ont pas hésité. « Je rêvais d’étudier en France mais avec le conflit, ce souhait s’est transformé en obligation », explique Sulaf. Rongée par la culpabilité, le premier mois à Lyon est difficile pour la jeune femme. « Je ne supportais pas que ma famille soit là-bas alors que j’étais en sécurité ».

Sulaf et Tammam semblent désormais plus sereins. « Je me devais de prendre sur moi car je suis privilégiée », admet-elle. Il y a pourtant quelque chose à laquelle ils ne se feront jamais : « la nourriture française est assez particulière », avoue le jeune homme. La Syrie n’est d’ailleurs jamais très loin : « le Vieux Lyon me rappelle Damas », soupire Sulaf.

Pleine de confiance en l’avenir, Sulaf rêve de visiter Paris.

Et la suite ?

« Je voudrais aider ma famille à venir en France », confie Tammam. Une priorité pour le jeune homme depuis que Daesh a fait de Hama, sa région natale, une cible récurrente. Il est pourtant impossible pour lui de rentrer. « Je prends le risque de me faire arrêter ou enrôler dans l’armée ».

À propos du conflit, il ne mâche d’ailleurs pas ses mots. « Les États, notamment la France, mentent en disant aider les Syriens ». Cette amertume n’a pas empêché les étudiants de faire une déclaration sur leur page Facebook au moment des attentats de novembre. « Nous vivions avec cette peur, nous savions ce que les Français ressentaient », explique Sulaf.

Pour Tammam, « le seul avenir de la Syrie est la démocratie où la religion doit avoir moins de place ». Ils n’imaginent d’ailleurs pas le futur loin de leur pays. « Une fois le conflit terminé, je rentrerai pour tout reconstruire », espère Sulaf.

Romane Hocquet

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