Vision à long terme, où ça ?

Il y a environ 3 ans, j’avais déjà écrit une bafouille sur l‘aéroport de Notre-Dame Des Landes, dit #NDDL, c’est ici. Ce billet est bien sur toujours d’actualité, hormis que le prix du pétrole s’est effondré, le reste est valide. Pourquoi une autre bafouille sur cette question ?

Parce que le gouvernement va organiser une consultation publique (comprendre un référendum local) pour demander à la population si elle souhaite, ou non, voir l’avènement de cet Aéroport du Grand Ouest.

Ce serait une bonne nouvelle, à accepter comme il se doit, si ce n’était pas aussi l’illustration de la cécité qui frappe nos dirigeants quand il s’agit de prévoir à long terme.

Ainsi, nous, citoyens du Grand Ouest, allons être appelés à nous prononcer sur cet ouvrage. Pour l’instant on ne sait pas trop comment, car quelques obstacles se posent.

  1. Il faudra d’abord définir le périmètre géographique de la consultation. Initialement envisagée sur le seul département de la Loire-Atlantique, celle-ci pourrait être étendue aux départements limitrophes. On imagine ainsi sans trop de peine que les habitants de l’Île et Vilaine se prononcent “pour” (ils gagneront environ 1h pour rejoindre l’aéroport de Nantes), et que ceux de la Vendée votent “contre” vu que eux vont avoir une heure de plus pour rallier cet aéroport.
  2. Se posera ensuite le problème du choix de LA ou LES questions auxquelles les citoyens seront amenés à répondre. Et dans le cas d’un projet d’une telle envergure, comment s’assurer que tout un chacun bénéficie de tous les éléments objectifs pour se prononcer en conscience ? A l’heure où notre premier ministre nous dit qu’il faut faire #NDDL pour des raisons écologiques ; un récent document, déterré par le Canard Enchaîné, dit lui que la réserve de Grand Lieu qui jouxte l’aéroport actuel est en fait protégée de l’urbanisation galopante de la Métropole de Nantes par le dit aéroport. Ne parlons même pas de l’ancien préfet de la région Pays De La Loire pour qui : “les gens sont pour #NDDL puisqu’ils ont voté pour nous”. Tout cela donnent la pleine mesure de la hauteur du débat et de l’objectivité qui règne. C’est d’ailleurs pour cela que l’Acipa, association qui milite contre ce projet, a publié une liste des mensonges, erreurs et omissions qui émaillent le long parcours de #NDDL.

Maintenant, ne faisons pas la fine bouche et admettons que cette consultation se passe dans les règles. Y a pas un truc qui continue à gratter ?

Comme le dit l’adage : “Gouverner c’est prévoir”. Ainsi, en ne prenant aucune décision, en n’avançant aucun argument convainquant, le gouvernement nous dit qu’il n’a aucune vision de l’avenir.

Alors, aidons-le à y voir plus clair.

Messieurs et mesdames du gouvernement, vous avez récemment paraphé l’accord sur le climat sobrement appelé “Accord de Paris” lors de la #COP21 que vous avez organisée. Nous sommes d’accord que, pour le moment, cet accord n’est qu’un coquille vide. Des engagements sont posés, aucunement les moyens de les respecter, mais regardons quand même ça de plus près.

L’accord de Paris engage les parties à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre de façon à maintenir l’élévation globale des températures à “nettement moins de 2°C” d’ici la fin du siècle. Pour la France, cela revient à l’engagement d’une division par 4 des émissions du pays à l’horizon 2050, engagement inscrit dans les plans étatiques de développement durable dès 2003. Voici comment se repartissaient les émissions de GES de la France, en 2011.

Source: manicore

Diviser par 4, cela veut bien dire effacer les 3/4 de ce graphique. Cela aura donc forcément un impact réel sur nos vraies vies, perso, j’ai du mal à voir comment il pourrait en être autrement.

Pourtant, en continuant ce projet comme si nos petites vies allaient pouvoir continuer leur train-train de ces dernières décennies, nous passons à côté de quelques sujets importants. D’une part le sujet agricole, car nos terres arables s’épuisent au rythme de 1 à 2% par an, et chaque décennie, c’est la surface d’un département qui est recouvert de béton ou de bitume.

D’autre part, ce nouvel aéroport, s’il est construit va envoyer le signal que le climat on s’en fout (ça on le savait déjà), mais surtout que les avions vont pouvoir à continuer à voler comme aujourd’hui. Problème, depuis environ 10 ans, la production mondiale de pétrole plafonne, les pétroles de schistes ne permettant que de combler la baisse de la production du pétrole dit conventionnel, qui elle dégringole. Or aucune, je dis bien AUCUNE technique n’offre à ce jour la densité énergétique (kWh/Kg) et n’est disponible en quantité suffisante pour faire voler un machin de plusieurs dizaines, voire centaines (A380 je parle de toi), de tonnes.

Sans compter tout le béton et le bitume que l’on va déverser et qui ont un impact carbone tout sauf négligeable.

Un avenir bas carbone, celui sur lequel nous, Français, nous sommes engagés, ne peut PAS être un monde comme celui d’aujourd’hui amendé à la marge. Et devant cet objectif, vous nous montrez, vous les responsables politiques en mesure de gouverner (PS/LR/UDI, etc) que vous n’avez aucune vision structurante de l’avenir. Ces derniers mois nous ont montré que la différence droite/gauche n’existe plus, le vrai clivage est là, sur les enjeux d’un avenir compatible avec des conditions de vie acceptables sur cette planète pour nos descendants.

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