Appel à mes frères citoyens

Au lendemain de la Révolution Française, La Constituante de Sieyès établit un étagement du droit de vote sur des critères principalement fiscaux. Sont alors séparés les citoyens dits “actifs” (propriétaires et payeurs d’impôts) des citoyens dits “passifs” (pauvres, femmes, domestiques, etc…).

Carte d’électeur d’un Citoyen Actif en 1790

Essayons aujourd’hui de redorer le blason de la citoyenneté dite “active” et d’en dessiner les contours, à l’heure où la Nation qui devrait converger en période électorale, est au comble de la scission.

La suspension de l’incrédulité dont les Français font preuve à l’égard des candidats aux élections est systématique. A chaque élection, c’est pareil, on y croit. On voit, en l’un ou l’autre, l’homme providentiel et chacun convoque à l’envi la figure du Général…

Peut-être que les citoyens devraient se faire un peu plus confiance, en eux-mêmes et en leurs concitoyens.

Paradoxalement, les Français semblent déléguer beaucoup de pouvoirs et de responsabilités aux politiques, tout en s’en méfiant de plus en plus. Peut-être que les citoyens devraient se faire un peu plus confiance, en eux-mêmes et en leurs concitoyens. Et si le citoyen actif était l’homme providentiel que chacun attendait?

“Liberté, Egalité…Laïcité”

De la même façon que l’objectivité n’existe pas en journalisme, elle n’existe pas en histoire. J’ai toujours adoré l’Antiquité Grecque, et quand le grand Paul Veyne (❤) se demande si les Grecs ont cru en leurs mythes, sa réponse s’applique à beaucoup d’autres mythes (je simplifie sa réponse) : “On n’y croit pas mais c’est irréfutable, car utile au quotidien pour faire société”. 
Charlemagne n’est pas Français et pourtant il nous rassemble ; nous ne sommes pas tous littéralement “libres, égaux et frères”, et pourtant ces valeurs nous rassemblent. Alors, je ne sais pas ce que c’est qu’une nation, ni comment elle naît, mais j’ai l’impression qu’elle est en train de mourir à petit feu.

Je ne sais pas ce que c’est qu’une nation, ni comment elle naît, mais j’ai l’impression qu’elle est en train de mourir.

Au premier tour des élections, je m’acquittai de mon droit de vote dans une école du Val-de-Marne, et au dessus des isoloirs, il y avait comme un glitch. La très belle valeur de Fraternité avait été remplacée par Laïcité. Si même à l’école, on ne croit plus en nos mythes, sur qui peut-on compter?

Dans une école de la République
Si cette école avait assassiné ma Fraternité, j’étais bien décidé à me trouver une nouvelle éducation civique.

Le vote, acte ultime de civisme, ou pas.

En 1790, Sieyès donne le droit de vote aux citoyens dits “actifs”, et pourtant j’ai l’impression qu’aujourd’hui, ce vote quinquennal me rend plus passif qu’autre chose. Si ce système ne me convient pas, il ne tient qu’à moi de le changer. Tocqueville (❤), qui visitait les États-Unis en 1831 était bluffé de la vivacité de la société civile. Aujourd’hui, qu’est-ce que cela veut encore dire?

Pourriez-vous, cher lecteur, m’aider à comprendre comment exercer cette citoyenneté active et comprendre son impact sur mon pays? Je pense bien à certains champs libres d’engagement citoyen, mais je passe sans doute à côté d’une grande majorité.

Ces petits riens qui font de nous des citoyens
Le très bon mémoire de mon ancienne collègue Loren, Engagements (in)signifiants (❤), s’attarde sur les micro-actions de civisme qui frisent la civilité : des mots, des gestes apparemment “insignifiants” mais qui fondent la cohésion sociale et sont la plus pure incarnation de la Fraternité. Se respecter, se voir quand on se croise, se saluer, ouvrir une porte, faire un sourire, tous ces riens infra-citoyens qui ne sont pas politiques mais polis, pas citoyens, mais civils.

Je déteste le terme de “vivre ensemble” dont on nous rebat les oreilles, et je lui préfère le substantif latinisant et bien plus prometteur de Convivialité. Un ensemble de comportements peut donc construire cette convivialité, comme quoi être citoyen actif n’est pas forcément être activiste, c’est juste comprendre les liens d’interdépendance entre ses frères. Son propre impact sur les autres membres de la société. Et l’on voit où l’absence de Fraternité et de Convivialité nous mène, indifférence, violation étatique des droits d’asile, instrumentalisation des peurs, des haines, entre autres.

Faire société, une histoire de temps
Un des piliers de l’engagement citoyen, c’est évidemment de donner de son temps pour une association d’utilité publique, une association caritative, la réserve, pour se rendre utile à la société, à sa ville, à son prochain. En France, 16 millions de citoyens de plus de 15 ans donnent du temps bénévolement à des associations. C’est beau et c’est au dessus de la moyenne européenne !

Mais le bénévolat ne se fait pas que dans le cadre d’une association : la Mairie de Paris propose un cycle de formations pour “agir sur la ville”, une sorte de continuité de notre bonne vieille éducation civique (avec un agenda politique derrière, quand même). Par exemple, ma citoyenneté active, j’essaye de la vivre chez MakeSense (❤), qui met à disposition de tous les citoyens des outils ouverts pour s’engager activement : des ateliers, des moments de sociabilisation, des wek-ends de création de startups sociales et bien d’autres.

La citoyenneté active, à coup de journaux et de poireaux
Donner de son temps et de ses compétences, c’est déjà énorme, mais la citoyenneté active ne passerait-elle pas aussi par la consommation? On a trop tendance à l’oublier mais si c’est bien la monnaie qui dirige le monde, l’argent que je verse aux impôts a autant d’impact que l’argent que je donne aux entreprises. Acheter durable, c’est lutter contre la pollution, c’est soutenir des savoir-faire. Il faudra bien les choisir, vos chaussures, si elles vous durent 10 ans (deux quinquennats) !

Être citoyen actif, c’est penser et agir à long terme pour son pays, et pour voir loin il faut chausser de bonnes lunettes : des médias de terrain, des opinions diverses et en grand nombre. Se renseigner sur des sujets d’actualité, confronter des points de vue, c’est le propre, et peut-être le devoir, d’un citoyen actif. Acheter la presse d’investigation en payant un abonnement, c’est aussi soutenir une information de qualité ou, tout du moins, plus indépendante.

À euro égal, acheter mes légumes en AMAP apporte sans doute un meilleur impact sur l’économie, sur les gens qui agissent à chaque maillon de la chaîne (y compris ma santé) et sur l’environnement, que si je consommais en hyper-marché. A euro égal, j’ai plus de vitamines en AMAP, mais à euros égal, j’ai plus de pommes en hyper-marché.

Citoyenneté active et démocratie locale
De la même façon qu’on qu’on adopte les circuits courts en consommation, il en existe en politique, les ‘classiques’ : Assemblée nationale, et des centaines de ‘modernes’ comme Democracy OS, D-Cent, Fluicity… Qui permettent de consulter ses administrés, de s’informer, d’interroger ses élus, de sonder, de voter rapidement, bref, de fluidifier le rapport entre les élus et les habitants. Mais gare au solutionnisme digital, toute solution ne viendra pas forcément de la technologie. La civic tech 1.0, c’est le Forum Contributif organisé par MakeSense. 2 jours d’atelier en chair et en os, des échanges entre toutes les franges de la population. Possiblement un regain de confiance dans le “personnel” politique.

Forum Contributif à la Mairie d’Ermont

Être un pro dans le civil
Peut-on “activer” sa citoyenneté dans son travail? Oui, parlez à des professeurs ou à des employés du service public, vous captez tout de suite ce que cela signifie. Mais cela ne leur est pas réservé. Tout commerçant peut s’engager, au-delà de son activité commerciale, en multipliant ses attaches avec la Cité, et cela ne coûte pas grand chose, en adhérant par exemple au réseau du Carillon (❤), pour retisser du lien entre les commerçants et les sans domicile fixe. Tout entrepreneur peut s’engager en orientant son modèle économique vers plus de social et solidaire (Statut d’entreprise ESS).

Appel à mes frères citoyens

Si la valeur de fraternité me tient tellement à coeur, c’est que pour moi, elle représente la part humaine de notre belle devise républicaine. Liberté et Egalité s’écrivent dans les textes de loi. La Fraternité ne tient qu’à nous, frères (et soeurs ouech) et citoyens.

Au milieu de nos droits et devoirs de Cité, je voudrais trouver un équilibre sain et durable. Oui, nous nous devons de voter tous les 5 ans (merci Chichi) pour un être forcément imparfait et minoritaire dès le lendemain de son élection, mais nous nous devons de voter pour celui qui ne met pas en péril la Fraternité. Et souvenons-nous de tous ces moyens (in)signifiants et quotidiens qui font de nous, au-delà de ce vote, des citoyens actifs.

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