O cara de sorte
Après un mois au Brésil, je me suis rendu compte de plusieurs choses. La première c’est qu’il est difficile de tenir ma promesse d’écrire un report par semaine (j’en suis à 3 en 4 semaines, c’est déjà pas si mal)… La seconde, c’est que d’ici quelques jours, celà fera exactement un an que j’envisageais pour la première fois de ma vie un passage au Brésil.

Oui, il y a exactement un an, j’étais très loin de penser être là où je suis aujourd’hui, sur mon lit, mon ukulele aux couleurs brésiliennes d’un coté, sa nouvelle meuf (mon cavaquinho) de l’autre, un verre de maracuja dans une main, une page de blog dans l’autre, un poly de “Introdução ao método dos elementos finitos” en face de l’oeil droit et des photos de mon dimanche à Guaratuba en face de l’oeil gauche. J’étais bien loin de tout ça, alors que c’était très certainement déjà caché quelque part dans mon esprit. C’était donc là en face de moi, mais il aura pourtant fallu attendre 2 mois après la fin des inscriptions aux échanges à l’étranger pour le voir. Ca m’est tombé dessus un matin, comme ça, en cours. Comme une bombe, la bombe que je cherchais pour me libérer d’une matinée un peu chiante. Je regardais ce prof que je n’aimais pas, m’enseigner une matière que je n’aimais pas. Il y avait deux solutions. La première était de flinguer le prof. La seconde était de trouver une autre solution. N’ayant pas de revolver sur moi (un stylo bic armé d’un blanco aurait difficilement fait l’affaire je pense), mon esprit n’a finalement rien trouvé d’autre que de se dire : “Et pourquoi pas le Brésil, finalement?”. Puis après la folie, il y a eu la lucidité : “Et pourquoi je n’y pense que maintenant, alors que les inscriptions sont terminées” ? Puis après la lucidité, il y a eu la réalité. Deux semaines d’attente pour qu’enfin on m’annonce qu’il était possible de revenir sur les demandes d’inscriptions.

Alors aujourd’hui, je repense à ce qui m’a amené ici. Un prof déprimant et un garçon déprimé. Paradoxale tout de même, c’est le prof le moins inspirant de toute ma scolarité qui m’aura fait voyager à l’autre boût du monde. Voilà le genre de phrase qui pourrait redonner espoir à tous les plus désillusionnés de ce monde. Il ne devait quand même pas être très bien dans ses baskets ce garçon, pour prendre une telle décision. Pourtant il y a pas mal de choses aujourd’hui qui me donnent l’impression d’avoir pris le bon chemin. C’est Tiago, le brésilien à qui je racontait toute l’histoire l’autre jour, qui a employé une expression qui m’a bien plu. Il m’a dit “Romain, você é um cara de sorte na verdade!”. Cara de sorte, c’est comme ça qu’il m’a appelé. Cara = mec, sorte = chance, je vous laisse faire la traduction. Je pense qu’il y a toujours une contrepartie aux belles choses qui se passent dans la vie. Comme partout, c’est la position d’équilibre qui finit toujours par l’emporter, ou du moins la recherche de cet équilibre. A tout potentiel positif vient se coupler un potentiel négatif. Mais lui, je ne l’ai pas encore aperçu, et je n’éspère pas voir sa petite gueule vicieuse de si tôt. Ce n’est pas un problème d’aujourd’hui. Aujourd’hui, je trie mes photos. Tout le reste, on le verra demain.


Beaucoup de choses à raconter, je ne sais pas trop par où commencer. Alors pour rester clair, je vais très modestement me contenter de raconter les choses dans le désordre. Je vais commencer par une première anectode donc, et j’ai bien envie d’employer un titre accrocheur.

Petite frayeur favelesque…
Plutôt accrocheur comme titre, non ? On est passé par une favela. Qui ça “on” ? Moi et Duda, les deux rescapés d’une mésaventure pas si dangereuse que ça finalement, mais qui aura quand même su remonter nos fréquences cardiaques le temps de quelques minutes. Elle qui a généralement la tension assez basse, on ne va pas en plus se plaindre… Ce n’est pas par plaisir ou manque d’adrénaline si on est allé s’aventurer au coeur de la favela Parolin, au sud de Curitiba. C’est un simple manque de… prise d’informations je dirais. On avait prévu de jouer au squash. A Curitiba c’est assez simple, il y a un centre de squash chère, et un centre de squash pas chère. En bons étudiants que nous sommes, nous avons évidemment opté pour la solution pas chère, sans même se poser la question de pourquoi cette différence de prix. Les infrastructures peut-être, qui sait ? Les voisins, eux ils savent la réponse, mais ça je ne le savais pas encore, et je n’étais pas le seul à ne pas le savoir. Le GPS de Google non plus il ne savait pas, ou du moins il n’a pas pensé à nous le faire comprendre. Il aurait pu glisser un petit “Attention, favela dans 500 mètres à droite” ou “Faites demi-tour et allez vous reposer autour d’un bon café”. Non, il nous a seulement dit “Dans 500 mètres tournez à droite”. Et qu’elle fût notre surprise 500 mètres plus tard. Il faut savoir une chose, c’est qu’au Brésil les transitions sont très légères, et on passe très souvent d’un mode de vie à l’autre sans le voir venir.

C’est ça le plus déroutant en fait, et c’est ça qui fait qu’il nous a fallu au moins 30 secondes pour réaliser, Duda et moi, que nous puissions être dans une favela. On avançait tranquillement dans une rue des plus normales, avec traffic important et pleins de commerces, quand en l’espace de 20 secondes, tout à changé. Plus efficace encore que la poudre d’escampette ce croisement entre l’Avenida Presidente Kennedy et la Rua Brigadeiro Franco. Incroyable, nous ne sommes plus dans le même monde. “Maisons” fabriquées à partir de tout et n’importe quoi, “routes” presque aussi saccagées qu’un circuit de montagne. Tout est à écrire entre guillemets en fait. Il y a des déchets un peu partout, et il y a surtout deux problèmes. Le premier, c’est que la voiture de Duda est assez jolie, une volvo noire. Les petits garçons là, entrain de jouer au foot sur le coté de la “route” n’ont pas l’habitude d’en voir ici des voitures comme ça, et ça peut se lire sur leurs yeux. Ca peut se lire sur les yeux de toutes les personnes qu’on croise ici en fait. Le deuxième problème, c’est que la “route” est saccagée, et que les gens marchent au milieu de cette “route”. On a envie d’accélérer, mais on ne peut pas. On est obligé d’avancer au rythme qu’on nous impose, à leur rythme. Ca, c’est le plus flippant, on n’a plus aucun contrôle. C’est le genre de situation où on ne peut pas penser qu’il va y avoir un problème, mais si jamais un type débarque sur le coté avec un flingue, il n’y a rien à faire. Je pourrais lui donner un coup de raquette de squash si j’avais une bonne paire de c*****, mais clairement je pense que dans tous les cas on perdrait notre Volvo, et on se retrouverait là, les seuls blancs du coin, sans thune, sans télephone et sans dignité. La prochaine fois je pourrai commencer à écrire un roman choc dont le titre sera “Comment j’ai réussi à me tirer de l’enfer”. Ca pour le coup, ça sera vraiment accrocheur. Je publierai cette histoire, et avec l’argent que je gagnerai je pourrai racheter une Volvo à Duda. Mais pour l’instant je n’ai que “La séance de squash fût très sympathique, j’ai gagné 11–8, c’était vraiment super” à vous raconter. C’est un peu moins rock’n roll je m’en excuse, mais un peu plus facile à vivre tout de même. Je n’ai pas de photos pour appuyer mon texte, clairement je n’ai pas pris le temps de m’arrêter. Mais je suis entrain de voir pour acheter un char d’assault sur EBAY il y en a à très bons pris ici. Ce sera plus facile pour m’incruster dans ces rues périlleuses et écrire un reportage de qualité.

Je tiens à préciser une petite chose tout de même pour ne pas trop inquiéter ma maman, et parce qu’aussi, je ne veux pas véhiculer une image fausse du Brésil. J’aime écrire sur le ton de l’exagération, si nous avions pris une bonne camomille avant de partir jouer au squash, nous n’aurions sûrement pas vécu cette séquence de la même manière. Les explications sont toujours pareilles de toute façon : à moins d’avoir vraiment un coup de malchance et de tomber sur la mauvaise personne au mauvais moment, le Brésil n’est pas plus dangereux que d’autres endroits si on évite de faire ce qu’il ne faut pas faire. “Tem que ficar ligado Romain, é só isso”. C’est ce que me dit tout le monde, il faut resté “ligado” = “allumé”, attentif quoi.


Pfiou, que de sueurs froides, parlons de choses un peu plus joyeuses si vous me le permettez. J’aimerais parler de ce que j’ai pu faire avec la famille de Débora, ma pote brésilienne de Lyon. Cette semaine j’ai pu faire pas mal de choses avec eux. Ses parents m’ont emmené au Parque Tanguá et à l’Opera de Arame, qui sont des lieux magnifiques à Curitiba. C’est au moins l’une des bonnes conséquences de la pluie récurrente curitibana : il y a des parcs et de la verdure ! De la pluie ? Au Brésil ? Ais-je fait une erreur de frappe ? Et bien mon chère français, NON ! Ici, il pleut beaucoup. C’est un peu comme la Bretagne finalement. Ca doit être pour ça que je m’y sens si bien, c’est comme à la maison ! Certaines personnes blaguent même en renommant Curitiba par Chuvitiba (chuva = pluie).


Celà fait du bien d’avoir des relations amicales, mais ça fait également du bien d’avoir des relations plutôt d’ordre familial. Désormais, je ne répondrai plus qu’au nom de João Romano Dos Santos Ferreira Tomires. Mes parents brésiliens , ils me font aussi découvrir la gastronomie et la culture brésilienne, en m’invitant au Napolitana (Churascarria de Curitiba) et au Madalosso, immense restaurant de Santa Felicidade (quartier italien de Curitiba), le plus grand du Brésil si ce n’est d’Amérique du Sud il me semble. Ici, on ne mange pas de la même manière qu’en Europe, du moins pas dans ces deux restaurants (bien que le Madalosso soit italien). Les serveurs passent toutes les 30 secondes avec un plat différent et vous propose si vous en voulez ou non. Tout est à volonté, mais il faut savoir dire non, sinon c’est l’estomac qui vous le dira et là, c’est moins drôle. Celà fait qu’il y a pleins de choses différentes dans l’assiette, on est très loin du menu classique à la française.

Une nouvelle routine
Une nouvelle routine, voilà le titre de ce prochain paragraphe. J’ai hésité à l’appeller “L’autoroutine” puisqu’il y sera question d’une autoroute, mais après quelques secondes de réflexion, je me suis rendu compte que c’était vraiment nul comme jeu de mot. Une nouvelle routine donc, cette autoroute qui mène les curitibanos jusqu’à la côte. Je suis à une heure en voiture des plages les plus proches, soit deux heures en bus. Vous vous souvenez quand je vous parlais de cette clé à trouver pour enfin commencer l’irréel ? Ca y est, je l’ai trouvée, et cette clé, c’est la magnifique autoroute qui cisaille les montagnes de la Serra do Mar. Alors pourquoi une nouvelle routine ? Parce que je me suis rendu compte qu’il est tellement facile et peu chère d’aller à la plage que je risque d’y aller tous les weekends. Et puis quand j’aurai trouvé quelques grimpeurs, je prendrai la même autoroute mais je m’arrêterai un peu avant la plage, dans les montagnes. Deux objectifs donc : acheter un surf et trouver des grimpeurs.

Alors que ma routine curitibana s’est mise en place, la routine du weekend commence également à se frayer un chemin. Je vais à l’Ilha do Mel dans une semaine, à Florianopolis dans 3 semaines et je retourne à Rio de Janeiro fin Avril. A celà vient petit à petit se grêffer un autre projet, celui de parcourir la côte du Nordeste durant le mois de Juillet. On bon gros roadtrip à la brésilienne, le genre d’aventure qu’on ne vit pas tous les jours.

Du bon côté du mur
Le Brésil, c’est l’inverse d’une prison. Quand on est cloitré derrière quatre murs, des fils électriques et des barbelés, c’est qu’on est du bon coté du mur. Je ne prétend pas détenir la vérité sur ce pays, d’autant plus que je ne connais rien de l’immensité du Brésil, mais j’ai quand même l’impression d’avoir remarqué deux ou trois choses très importantes.


Ici, les problèmes sont là, mais on s’en barricade comme on peut. Il est difficile de trouver une solution rapide à la cause, alors on essaie tout simplement d’empêcher les conséquences. Pour faire simple (et très caricatural), les personnes des classes moyennes et les riches se protègent des pauvres. Quand on n’a pas assez d’argent, alors on ne peut pas se protéger, on reste donc avec les pauvres, avec les problèmes. Quand on a suffisament d’argent, on fait tout pour se créer des zones de sécurité. Les bâtiments et maisons sont tous et toutes ultra sécurisés, il existe des clubs où seules les catégories supérieures seront acceptées (les moins aisés n’ayant pas assez d’argent pour adhérer de toute façon). Il y a à peine 10 ans, c’était la même chose pour les universités. Depuis peu, les universités fédérales permettent à une partie beaucoup plus grande de la population d’avoir accès aux études. C’est d’ailleurs pour celà que l’on retrouve beaucoup de trentenaires dans les universités ici. N’ayant pas eu (ou difficilement eu) accès aux études quand ils avaient la vingtaine, ils viennent rattraper leur retard aujourd’hui. A São Paulo, la ville est par endroit tellement dangereuse qu’on installe des salles de fitness, des supermarchés, des coiffeurs, bref une ville entière, dans les immeubles. Ceci pour qu’on n’ait pas à quitter la zone de sécurité, ou du moins le moins souvent possible.

C’est ça le Brésil, ça peut être très beau et ça peut être très moche. Ceci ne dépend que d’une seule chose. Quand on nait, on tombe d’un coté ou de l’autre du mur. Reste plus qu’à espérer que ce soit le bon.

Cavaquinho
Mon tout premier morceau de cavaquinho, chanson mélanco - nostalgique de Seu Jorge, que je vais voir en concert dans 3 jours. En espérant réussir à vous partager un peu de fin d’été brésilienne :

Une matinée un peu chiante, un professeur déprimant et un élève déprimé
Il fallait bien un cours qui ne me plaise pas ici. Tout m’intéresse, sauf un cours. Et quand je me retrouve face à ce prof que je n’aime pas, qui m’enseigne cette matière que je n’aime pas, je commence à sentir mon esprit vibrer, et mes pensées vagabonder sur les plages du Nordeste que je ne connais pas encore. Ca ne vous rappelle pas quelque chose ? Moi j’ai une certaine impression de déjà vu…

Une matinée un peu chiante, un professeur déprimant et un élève déprimé. Il y a deux solutions, la première est de flinguer le prof, la seconde est de trouvé une autre solution. Je n’ai malheureusement qu’un stylo bic armé de son blanco, je ne sais pas si ça va faire l’affaire. La suite, je vous laisse la deviner.
A très bientôt,
Romanzito, cara de sorte