In a bubble

Rencontrer des amoureux sur le quai d’une gare


Cela va faire bientôt six mois que je n’ai pas écrit une ligne. Rien. Nada. Que ce soit sur les internets via mon blog ou sur mon carnet Moleskine flambant neuf ou mon Rhodia usagé IRL. Les raisons divergent. Certaines montrent qu’un manque de temps est le seul fautif de ma désertion littéraire couplé à une fatigue parisienne chronique. Parce que si nous devons bien le rappeler pour les non initiés à l’exceptionnelle histoire de ma vie, cette année j’ai déménagé. J’ai quitté ma province nantaise pour retourner sur le lieu de ma naissance, Paname. Trois mois plus tard je suis toujours dans l’euphorie de la nouveauté. J’ai le sourire dans le métro, le bus et le RER. Mais ne vous inquiétez, les (mauvaises) habitudes parisiennes commencent à me hanter et je finirai bien par être traité de trou du cul par le reste du monde.

Mais je ne suis pas là pour vous raconter ces six derniers mois de silence complet, de mutisme total. J’ai repris ma plume électronique pour des raisons mystiques qui dépassent l’entendement général. La collectivité n’y peut rien. L’individu lui seul le comprend.

Cela fait déjà quelques semaines que les signes me hantent. L’inspiration me revient, je lis beaucoup (trop), ma calligraphie s’améliore, mes lectures dépassent les 350 pages, les films que je regarde parlent d’écrivain(s), et surtout j’en ressens un besoin vital. Malgré la fatigue qui s’accumule après un réveil aux aurores mais une dose de caféine conséquente aidant à me tenir éveillé ou plutôt à ne pas laisser fermer mes paupières sur mes pupilles me plongeant dans l’obscurité la plus totale, j’ai repris le chemin de l’écriture.

Le déclic ? Deux amoureux. Ce matin en descendant du train qui me replongerait dans mon excitante vie parisienne, elle l’attendait. Lui. Ce jeune homme qui avait la chance qu’une fille pense à lui à chaque seconde, que son cœur lui soit dédié jusqu’à ce que le destin en décide autrement. Cela se voyait dans ses yeux qu’elle était amoureuse. Qu’elle était heureuse. Avec lui. Il était 8h30, un lundi matin. Un 30 décembre dans une gare. Elle était sur son 31 comme si nous étions à quelques heures du passage à la nouvelle année et du lancé de cotillons. Des talons hauts vernis. Des collants noirs. Une mini jupe noire. Un manteau noire. Une écharpe à pailletée noire. Ses lunettes de vue sur sa tête pour la rendre plus belle même si elle n’y voyait plus rien. Et le meilleur dans tout ça : son rouge à lèvres rouge. La cerise sur le gâteau. Le détail qui fait toute la différence parmi les voyageurs de la gare Montparnasse. Elle s’était fait belle pour lui. Parce que cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus. Parce qu’elle y pense depuis des jours et des nuits que ce soir ils pourront enfin partager le même lit. Que les prochains jours elle pourra lui tenir la main dans la rue, sentir son odeur sur l’oreiller le matin, l’embrasser comme elle en meure d’envie depuis des semaines.

Elle déborde de bonheur qu’elle en renverse sur son passage. Et ce matin j’ai eu la chance de pouvoir y goûter, de pouvoir y tremper mes lèvres quelques secondes. Quand elle s’est retournée et m’a remercié de les laisser passer par ce magnifique sourire qui n’était pas une obligation, elle m’a fait pénétrer dans sa bulle. Ce sourire, ce regard, m’ont fait fondre. J’ai pensé sur le moment que ce type avait une chance inouïe d’être aimé à ce point. J’ai espéré très fort qu’il s’en soit rendu compte. J’ai prié pour qu’il ne lui fasse pas de mal à cette jolie brune. Puis je les ai dépassé. Je l’ai laissée lui passer la main dans les cheveux, essayer tant bien que mal de poser sa tête sur son épaule tout en marchant. Plus facile à dire qu’à faire croyez-moi. J’ai laissé cette bulle de bonheur se balader dans le hall de la gare au milieu de toute cette foule (parisienne) antipathique.

Au revoir jolie brune. Prend soin d’elle jeune homme. Elle le mérite tendrement. Terriblement. Les deux à la fois.

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