C.Photo Décision Durable, A.Perri

La Haute-Mer, enjeu du 21ème siècle ?

La Terre est bleue. De tout temps, l’Homme a voulu s’approprier des territoires pour en jouir à sa guise. Jusqu’à la Lune, des drapeaux furent plantés pour définir la souveraineté d’un pays, d’un peuple ou d’une entité. La Haute-Mer reste le seul endroit libre, appartenant à personne sur Terre. Enquête sur un enjeu hautement stratégique qui serait selon la majorité des analystes géopolitiques, l’enjeu du 21ème siècle.

Une réalité physique :

  • 70 % de la surface du globe est recouverte par la mer (dont 60 % à plus de 2 000 m de profondeur)
  • 7 milliards d’habitants sur la planète en 2013 (10 milliards en 2050
  • 80 % des habitants dans le monde vivent à moins de 100km des côtes (50 % UE)

Pour aller plus loin :


Mais à qui appartient la Mer ?

Entre la plage et le large, une bande d’eau de 300 km environ fait partie du territoire d’un pays. Dans cette zone, il faut respecter les lois de ce pays en matière de navigation, de pêche ou d’utilisation des ressources naturelles. Au-delà de 300 km, on entre dans une zone maritime qu’on appelle « la haute mer » et qui n’appartient à personne.

http://www.cluster-maritime.fr/fr/node/591

La Mer comme Ressource

Museum de l’agora antique

Elle est d’abord et depuis des siècles, un lieu de subsistance alimentaire avec la pêche et l’aquaculture. Les premiers marins étaient Grecs, à l’époque de l’antiquité, et la maitrise de la culture marine était une caractéristique déterminante dans le degrés d’avancement de la civilisation. Les premiers ports étaient des portes ouvertes sur le Monde et ses richesses. La Mer devenant un moyen de communication et de transport pour enfin dévier vers une zone de ressources énergétique : (pétrole, gaz, éolien, hydrolien) hautement stratégique depuis la Première Guerre Mondiale. Enfin, la recherche scientifique, notamment dans le secteur de la cosmétique, consacrera la Mer par l’opulence de sa biodiversité marine.

Quelques chiffres clés :

  • 12% de la population mondiale tire ses revenus de la pêche et de l’aquaculture
  • 4 millions de bateaux de pêche dans le monde (dont 70% en Asie)
  • Le chiffre d’affaires du secteur maritime représente près de 1 500 milliards d’euros
  • 99 % du trafic international internet/téléphone transite sous les océans
  • 30% du pétrole et 27% du gaz sont extraits en mer
    = 16% de l’énergie mondiale
  • 15 000 médicaments et produits cosmétiques

Les enjeux géostratégiques détaillés :

La Mer comme source de Menace

« Celui qui commande la mer commande le commerce ; celui qui commande le commerce commande la richesse du monde, et par conséquent le monde lui-même »
- Sir Walter Raleigh dans History of the World, 1614

Les richesses de la Mer entrainent des convoitises. Celle-ci n’étant soumise à aucune loi restreignant son occupation ou son exploitation, beaucoup de pays cherchent à accroitre leur influence en Haute-Mer. Le contrôle et la sécurité de détroits ou de canaux sont essentiels à la bonne marche de l’économie marine. Exemple avec la France qui achemine plus de 80% de son pétrole par voie maritime. Ces enjeux géostratégiques définissent la politique de Défense des Pays qui abandonnent de plus en plus les théâtres d’opérations terrestres pour se consacrer à l’expansion de leurs zones d’influences marines. La Mer de Chine en est un exemple flagrant avec des tensions militaires qui naissent et s’amplifient de plus en plus avec la création d’ilots artificielles permettant d’étendre la souveraineté économique et juridique de l’Etat Chinois.

Illustration en Mer de Chine :

France 2 Journal du 20 heures

Les menaces qui pèsent sur la Haute-Mer se définissent aussi par une surexploitation des ressources et la surpêche qui nuisent aux écosystèmes et à la biodiversité avec la disparition d’espèces comme le Thon rouge en Asie.

La Pollution

L’autre enjeu environnemental du 21ème siècle se trouverait dans les océans où l’absence de règlementations engendre l’effondrement d’écosystèmes et l’empoisonnement progressif des espèces marines et par extension de l’Homme.

6,5 milliards de kilos de déchets plastiques sont déversés chaque année dans l’océan.
Cent à mille ans sont nécessaires pour que le plastique se dégrade. Les déchets en plastique, transportés des caniveaux aux rivières, puis jusqu’à la mer, envahissent les océans à raison de 206 kilos par seconde. Même si une grande partie de ces déchets coule, une quantité non négligeable flotte et forme « une soupe de plastique », et même un « continent de plastique » dans le Pacifique, d’une taille équivalente à cinq fois la France. Ces plastiques empoisonnent les océans et menacent la survie des espèces marines.

Les principaux “ilots de plastique” de la Planète Terre

Mais si la Mer n’appartient à personne, qui en est responsable ?

C.Photo Yvan Bourgnon

La problématique de la pollution en Haute-Mer pose une question cruciale d’avenir : Quelle garantie pour la santé publique ?

Alors que nous nous préoccupons peu de la provenance de nos “poissons” dans nos assiettes, la pollution à outrance des espaces marins risque de représenter une bombe à retardement qui sera trop tard à désamorcer si les pouvoirs publics n’agissent pas rapidement. C’est dans ce contexte d’urgence environnementale que l’ONU a ouvert des négociations en 2016, encouragée par le succès de la COP21. Le but : préparer les futures règles qui régiront cet espace qui représente pas moins de 55 % de la surface du globe.

En conclusion, la Haute-Mer serait un enjeu économique primordial pour les entreprises et d’influence pour les Etats. Elle serait la condition d’une suprématie mondiale mais au détriment d’un enjeu qu’on oublie notoirement ; la préservation de notre environnement. Comme un écho au film “La Haine” où l’homme qui est en train de chuter de 50 étages se répète que : “jusqu’ici tout va bien”.

“La bataille navale mondiale” du 21ème siècle opposant un point de vu “court-termiste” raflant les richesses et les exploitant de manière démesurée face à un point de vu “long-termiste” garant d’un développement durable et responsable en faveur de la préservation du trésor marin, vient à peine de commencer.

En savoir plus : http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/03/28/l-onu-ouvre-les-negociations-sur-la-haute-mer_4891166_1652666.html#jS6S77t9vyBHLjfY.99

Sabri Derradji

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Cet article s’adresse principalement au grand public, au monde universitaire et aux décideurs politiques pour une prise de conscience collective.