Mali : soutenir les opportunités d’emplois créées par les jeunes

Alliance Sahel
Dec 13, 2019 · 6 min read

Le Sahel est l’une des régions les plus jeunes du monde: 64,5% de la population a de moins de 25 ans. Les investissements dans l’éducation, la formation professionnelle et le soutien aux jeunes entrepreneurs est un facteur clé pour la construction d’un avenir meilleur. Rencontres avec de jeunes créateurs d’emplois Maliens.

Pour lancer son projet, Oumar a pu occuper un terrain familial boisé de 3 hectares. Quatre personnes ont travaillé à la sueur de leur front pour débroussailler une première superficie cultivable de 1 hectare.

Sous le soleil brûlant de la fin de matinée, Oumar progresse avec détermination et aisance entre les planches de cultures maraîchères, malgré son handicap. Dans sa parcelle de 3 hectares de la banlieue de Bamako, il inspecte avec minutie le travail réalisé par ses ouvriers pour la préparation des prochaines récoltes. Les jeunes oignons et tomates prospèrent grâce à un système d’irrigation raccordé à un puits de quelques mètres creusé en bordure de son champ.

Voilà plus d’un an qu’Oumar, jeune diplômé en droit, a décidé de changer de cap et de se lancer comme auto-entrepreneur dans le maraîchage. Son projet a pu être rendu possible grâce au soutien du projet EJOM (L’emploi des jeunes génère des opportunités locales au Mali), qui lui a donné les bases de la gestion d’entreprise et a financé le démarrage de son activité. 8620 jeunes sont concernés par ce programme financé dans les régions maliennes de Koulikoro, Kayes, Gao et le district de Bamako par l’Union Européenne, la République du Mali et l’Ambassade des Pays-Bas au Mali. Ce projet entre dans le cadre de l’Alliance Sahel qui rassemble les efforts des partenaires du G5 Sahel en faveur des populations sahéliennes.

Un contexte difficile pour l’emploi des jeunes

Chaque année au Mali, 300 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi. Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en 2018, 27% des jeunes maliens entre 15 et 24 ans n’avaient pas d’emploi et n’étaient ni étudiants, ni en formation. L’OIT révèle également que 61% des travailleurs sont à leur propre compte (auto-emploi) et 64% des des personnes actives évoluent dans le secteur agricole.

Détenteur d’une maîtrise en droit, Oumar n’a pas trouvé de travail après ses études. Après plusieurs mois de galère, il a introduit un dossier de demande de soutien pour lancer sa petite entreprise de maraîchage auprès du projet EJOM. Il a été retenu et a démarré ses activités en novembre 2018.

« Quand j’ai imaginé le projet, mon objectif principal était de de devenir autonome, de me prendre en charge et de recruter de jeunes chômeurs pour créer de l’emploi. La première phase de formation sur entrepreneuriat m’a donné la confiance de lancer mon propre projet. J’engage actuellement 3 ouvriers » partage avec fierté Oumar

Grâce à un premier appui de 225000 FCFA (350 ‎€), Oumar a acheté semences, intrants, outils et une motopompe pour arroser les champs et cultiver toute l’année, même en saison sèche. Un sérieux coup de pouce qui lui a permis de récolter des légumes tous les trois mois et de vendre sa production sur les marchés de Bamako et auprès de plusieurs commerçants.

Transformer le fonio pour faciliter la vie des ménagères

Fatma, jeune maman, habite à Sebenikoro, quartier de Bamako. Titulaire d’une maîtrise en droit et d’un BPS en marketing, elle a effectué plusieurs stages professionnels mais n’a jamais trouvé d’emploi comme salariée. Elle s’est lancée dans plusieurs commerces mais aucun ne lui avait permis de gagner sa vie. L’an dernier, elle a eu une idée géniale pour faciliter la vie des ménagères: commercialiser du fonio, céréale locale, nettoyée et précuite, prête à l’emploi. Comment financer son projet? Une cousine lui a parlé de l’appel à projets EJOM et elle a décidé de proposer au financement son activité de transformation agro-alimentaire.

Fatma emploie actuellement 4 personnes. 3 techniciennes de transformation et un chauffeur-livreur

« Le projet EJOM a changé beaucoup de choses pour moi, j’ai appris à adapter ma méthode de travail pour économiser énergie et argent. Avant ma formation j’achetais et je vendais des produits sans réfléchir, sans calculer. J’ai pu aussi améliorer ma technique pour la transformation du fonio, ainsi que la qualité et la quantité des produits vendus » raconte Fatma. « Actuellement nous transformons au moins une tonne de fonio par mois. En période de fête et pendant le Ramadan, nous vendons jusqu’à quatre tonnes… Mes gains personnels sont investis dans les frais scolaires, la nourriture et les loisirs de mes quatre enfants »

Une passion pour le métal

Alou a 35 ans et habite à Koulikouro. Il s’est intéressé très jeune au métier de la ferronnerie. Il a commencé à apprendre le travail du métal en 6ème primaire.

“Je passais toutes mes vacances scolaires dans un atelier de mon quartier à donner un coup de main au ferronnier. Pendant mes études secondaires, j’ai suivi le parcours en Centre de Formation Professionnelle en construction métallique, et j’ai ensuite enchaîné avec un brevet technique”

Alou a travaillé plusieurs années comme ouvrier dans divers ateliers de ferronnerie, dans des conditions précaires. En 2018, son rêve de devenir son propre patron a pu voir le jour.

« Avec l’appui de EJOM, j’ai pu ouvrir mon propre atelier. Sans financement, je n’aurais jamais pu me lancer! Après la formation en entrepreneuriat, j’ai reçu un appui financier de 210 000 FCFA (323 €) qui m’a permis d’acheter une meule, un poste à souder et la matière première pour démarrer. J’ai rapidement pu obtenir des marchés car je connaissais déjà du monde dans le secteur du bâtiment»

L’atelier d’Alou, situé dans un quartier tranquille de la ville de Koulikouro.

Avec l’appui de EJOM, Alou a aussi pu ouvrir un compte à la banque et formaliser sa comptabilité. Les carnets de commande ne désemplissant pas, il a engagé deux ouvriers après 6 mois d’activités.

« EJOM a changé ma vie car à présent je travaille à mon propre compte. Aujourd’hui je gagne un bénéfice net mensuel de 125000 FCFA (192 €), après déduction de toutes mes charges. Je suis l’aîné de la famille et je prends en charge mes 3 petits frères, ma mère, ma femme et mon enfant… Je suis fier de pouvoir soutenir les études de mon épouse, étudiante dans une université privée”

Les jeunes, une priorité pour les membres de l’Alliance Sahel

EJOM fait partie d’un ensemble de programmes financés par les membres de l’Alliance Sahel en faveur des jeunes. En effet, pour que les pays du G5 Sahel puissent tirer profit de leur dividende démographique, l’Alliance Sahel soutient la création d’opportunités économiques pour les jeunes et l’amélioration de leur accès à l’éducation et à des formations de qualité, adaptées aux besoins du marché. Par ailleurs, l’Alliance Sahel appuie la mise en oeuvre d’un plan d’action du G5 Sahel basé sur la stratégie jeunes G5 Sahel et qui fait partie du Programme d’Investissements Prioritaires (PIP).

Quelques données sur le projet EJOM:

EJOM mis en oeuvre entre juin 2017 et juin 2021, est financé à hauteur de 21 477 792 euros, dont 20 000 000 engagés par l’UE.
Les organisations chargées de la mise en œuvre sont 3 ONG néerlandaises ainsi que l’Association pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes au Mali (APEJ).

Textes et images: Alliance Sahel/Aude Rossignol/2019

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