Sahel: l’intelligence collective au service de la décentralisation et de la gouvernance

Alliance Sahel
Nov 25 · 6 min read

Comment être plus rapide, plus cohérent et mieux définir les objectifs des projets de gouvernance et de décentralisation au bénéfice des communautés locales des pays du G5 Sahel?

Le décentralisation est essentielle pour développer des infrastructures de base correspondant aux attentes des populations concernées.

Avec la volonté de faire autrement et de partir des besoins et réalités des collectivités locales, le PNUD, chef de file du groupe « gouvernance » et l’Allemagne, chef de file du groupe « décentralisation » de l’Alliance Sahel*, ont organisé cette fin novembre un atelier régional sur la décentralisation et la gouvernance comme vecteur de paix et de stabilité au Sahel. Une rencontre organisée en collaboration avec l’Autorité du Liptako-Gourma.

Cet événement qui a eu lieu à Niamey avait pour objectif de dépasser les analyses classiques pour interroger en profondeur les réalités et les politiques et trouver des solutions adéquates au profit des collectivités territoriales. Ambiance studieuse, innovation, partage d’idées et création de pistes de solutions ont teinté pendant trois jours le quotidien d’élus locaux et des acteurs du développement des pays du G5 Sahel.

Le Burkina Faso, la République du Mali et la République du Niger font face à une situation d’insécurité sans précédent, notamment dans l’espace transfrontalier qu’ils partagent en commun, la Région du Liptako-Gourma, zone des « trois frontières ». Les défis y sont multidimensionnels et appellent de la part des partenaires au développement une meilleure coordination des actions, une synergie des initiatives mises en œuvre dans la région et de nouvelles réponses aux problématiques complexes.

« Au regard des défis complexes auxquels fait face le Sahel, des attentes légitimes des populations à vivre dans la paix, la quiétude sociale et d’accéder aux besoins élémentaires de vie, et tenant compte de l’extrême urgence que requiert la situation, il y a lieu de mener des réflexions approfondies pour que les élus locaux, avec l’appui des Etats membres et des partenaires techniques et financiers puissent pleinement jouer leur rôle » S.E. Monsieur Alkache Alhada, Ministre délégué auprès du Ministre d’Etat, Ministre de l’Intérieur, lors de la cérémonie d’ouverture.

Depuis les années 2000, la majorité des pays du G5 Sahel ont choisi la décentralisation pour adresser en même temps la question de la participation des citoyens, un approfondissement de la démocratie et la provision des services de base. Cependant, les allocations budgétaires des collectivités territoriales représentent moins de 5%, même s’il y a objectifs de 20% ou plus.

« Les principaux acteurs sont unanimes sur la pertinence de la bonne gestion des biens publics et un transfert conséquent des ressources vers les Collectivités territoriales pour assurer l’accès des populations à l’eau potable, aux soins médicaux, à l’éducation ou aux réseaux sociaux qui constituent des leviers importants pour le développement économique et social des pays et la légitimité de l’Etat » M. Ronald Meyer, chef de la Division du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, BMZ

Les dynamiques collectives locales jouent un rôle clé dans la construction d’un avenir serein et prospère au Sahel

Pour Jean-Marc Gravellini, Responsable de l’Unité de Coordination de l’Alliance Sahel « Il est impératif d’associer les collectivités territoriales à l’élaboration des programmes de développement local et de décentralisation. Ces collectivités sont le meilleur vecteur pour toucher les populations et faire en sorte qu’elles s’en sortent concernées par le projet. L’alliance Sahel comporte de nombreuses activités de coordination mais au final nous serons jugés sur l’implication des populations locales et la capacité de nos projets à avoir un impact sur le terrain »

Les actions de décentralisation et de gouvernance constituent 44% de l’ensemble du portefeuille de projets de l’Alliance Sahel, et comptabilisent un investissement-projets de 5,1 milliards d’euros.

La complexité des défis et l’urgence de répondre aux priorités des pays et des populations appellent des approches innovantes. De nouvelles solutions doivent être explorées pour sortir des situations d’urgence. L’intelligence collective des participants a été la base pour la production des résultats de l’atelier qui a été conçu comme un « laboratoire d’accélération ».

Les « Accelerator Labs » du PNUD ont déployé leur méthodologie participative tout au long des travaux en mettant l’accent sur les solutions locales et sur leur expérimentation. « Les idées doivent être expérimentées pour en connaître la valeur. Venir avec une seule solution pour répondre à un problème complexe ne permet pas de changer les choses ! » selon Amadou Sow, Accelerator Lab Network Specialist / Regional Advisor for Africa au PNUD.

Les échanges ont permis aux participants de s’interroger sur les rôles et les contributions que les collectivités territoriales peuvent apporter dans la prévention et la gestion des conflits qui prennent généralement naissance et se développent sur leurs territoires.

Les élus locaux ont pu longuement échanger sur les défis des Collectivités territoriales. Des discussions sont ressortis d’une part les défis de la disponibilité de ressources pour le financement des investissements locaux et l’accompagnement économique des communautés. D’autre part a été largement souligné le défi de la gestion des conflits inter-communautaires qui naissent des déplacements massifs des populations et l’auto-organisation des communautés pour leur sécurité avec des risques de dérapage. Les élus locaux ont au terme de l’atelier partagé une série de recommandations.

Les équipes impliquées dans l’atelier poursuivront le travail de préparation d’une feuille de route concrète. Il s’agira notamment de :

  • renforcer la synergie entre les structures partenaires à travers la mise en place de programmes intégrés et cohérents articulés autour des priorités locales, régionales et nationales ;
  • d’impliquer des bénéficiaires et autorités locales dans la conception des projets. Il s’agit également de tendre vers une gouvernance plus efficace, plus inclusive, plus responsable à travers l’articulation des portfolio/programmes autour des initiatives en appui au transfert des ressources et des compétences aux collectivités locales
  • La feuille de route prévoit également l’utilisation d’approches innovantes (laboratoires d’accélération) avec la mise en place d’un comité d’experts en appui à la formulation des portfolio/programmes au profit du Liptako-Gourma et du G5 Sahel, incluant les représentants des Collectivités territoriales…

*Dans le cadre de l’Alliance Sahel, les partenaires se sont engagés avec les Etats pour concentrer leurs actions sur : (i) le renforcement de l’Etat de droit ; (2) l’amélioration de l’efficacité des administrations ; (3) le renforcement de la participation citoyenne et, (4) l’amélioration de la gestion des finances publiques dans une perspective de mobilisation accrue de ressources domestiques et leur meilleure utilisation.


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