Que fais-tu maintenant ?

Assis à même le sol, les mains rougies par le sang, le corps parcouru de spasmes, Yunus regardait autour de lui sans rien comprendre. Qu’est-ce qui venait juste de se passer ? Pourquoi y avait-il tout à coup un chaos sans nom autour de lui ?

Il tourna lentement la tête, tentant de reconstruire les minutes qui venaient de s’écouler mais son esprit était trop horrifié pour penser à autre chose qu’au corps dans ses bras.

Les gens couraient dans les tous les sens, la rue était bondée de monde tout à coup et il avait l’impression que c’était la fin du monde. La fin de son monde.

Tout ce qu’il pouvait entendre c’était les bruits de pas … et des sanglots … ses sanglots ! Il leva la main gauche et essuya les larmes sur ses joues, y laissant des traces de sang. Le sang de sa sœur.

Il entendit soudain une voix percer la bulle dans laquelle il s’était retranché. Quelqu’un chantait en bambara, d’une voix tremblante et implorante … d’une voix qui voulait s’élever vers les cieux pour demander protection.

Il se demandait d’où venait ce chant quand il vit, devant lui, une vendeuse qui s’empressait de mettre son enfant d’à peine un an environ au dos. L’enfant, effrayé par l’agitation autour de lui, n’arrêtait pas de gigoter dans tous les sens, si bien qu’il finit par glisser du dos de sa mère, au moment où une balle se logea dans le dos de celle-ci.

Une balle … comme celle qui avait perforé le front d’Amie, quelques minutes plus tôt. Mais quand Amie était tombée, inerte, les yeux grands ouverts, Yunus n’avait pas crié comme il venait de le faire. La surprise et le choc avait été tels qu’il était juste tombé avec sa sœur dans les bras.

Il vit, comme dans un brouillard, l’enfant tomber sur les marchandises de sa mère. Sa chute fut amortie par les nombreux vêtements bas de gamme mais la peur lui fit pousser un cri qui aurait fendu l’âme de tous ces gens autour, si seulement ils l’avaient entendu… si seulement ils n’étaient pas si occupés à fuir.

Yunus se leva et se dirigea en courant vers l’enfant. Enveloppé dans un vieux pagne qui avait dû être bleu et vert auparavant, il lançait ses poings dans les airs, l’air de réclamer qu’on s’occupe de lui ou qu’on lui explique ce qui diable se passait.

Le jeune homme s’essuya les mains sur son pantalon avant de prendre l’enfant qui criait toujours et de se baisser vers sa mère. Le sang de celle-ci avait déjà formé une grande flaque autour de lui et elle peinait à respirer. Elle luttait pour garder les yeux ouverts, le regard braqué sur Yunus qui tenait son enfant.

-N’nan, tu m’entends ?

Elle hocha la tête, et essaya de lever la main vers lui sans succès.

-N’din min … nté fè ka sa… n’dén

Elle éclata en sanglots et des larmes perlèrent aussi sur le visage de Yunus. Il s’apprêtait à dire quelque chose pour la réconforter, quelque chose qui rendrait la situation moins horrible, quand il remarqua que l’endroit était devenu incroyablement calme. Il arrêta un moment de respirer et entendit comme dans un cauchemar, une voiture arriver au loin. Son cœur manqua un battement et la peur lui fit presque vomir le plat d’attiéké qu’il avait avalé plus tôt. Mourait-il dans quelques secondes ?

Quand il baissa la tête, la vieille à ses pieds avait cessé de respirer.

-Seigneur, non ! Je ne sais même pas qui elle est ! J’ai juste levé la tête une seconde, merde !

L’enfant se mit à crier de plus belle et l’anxiété envahît toutes les cellules de son être. Si cette voiture était pleine de rebelles comme il le craignait, il devait dégager de là au risque de recevoir lui aussi un de ces jolis bouts de métal dans le corps.

« Respire » se dit-il… « que fais-tu maintenant ? »

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