Bien-être animal : y’a pas de mal !

L’horreur ! C’est ce qui attendait les animaux dans l’abattoir de Boischault où, jusqu’à la semaine dernière, les bêtes étaient traitées dans des conditions inadmissibles. Suite à la diffusion, par la L214, d’une vidéo destinée à dénoncer les pratiques qui officiaient dans la structure, celle-ci est aujourd’hui fermée. Mais combien de lieux comme celui-ci continuent de perpétrer de telles atrocités ?

En 2017, un sondage de l’IFOP affirmait que 80% des français jugeaient la cause animale importante et souhaitaient être informés sur les conditions d’élevage et d’abattage des bêtes. Derrière ce chiffre se devine l’intérêt du consommateur pour le bien-être animal, plus uniquement sur la qualité de sa viande. Mais comment proposer la garantie de ce bien-être ? Comment s’assurer que la viande est élevée et abattue dans la décence ?

Une première solution consiste à pousser les marques à communiquer davantage sur le sujet. Les consommateurs veulent des garanties ? Et bien qu’on les leur donne — que cela soit par des prises de positions claires des marques, des grands groupes ou la mise en place d’un système de traçabilité alimentaire destiné à informer et rassurer les consommateurs. Sur la question du bien-être animal, des notions existent depuis plus de vingt-cinq ans. Inspirons-nous par exemple des « 5 libertés des animaux de ferme » conceptualisées par le Farm Animal Welfare en 1992 (!). Pour l’organisme anglais, les animaux en élevage doivent jouir des libertés suivantes : absence de faim et de soif ; absence d’inconfort ;, absence de douleur, de blessure ou de maladie ; absence de peur et de détresse ; possibilités d’exprimer les comportements normaux de l’espèce. Voilà une base saine sur laquelle travailler et qui pourrait se voir agrémentée de notions supplémentaires : la promesse d’une mort digne notamment.
 
 Pour autant, les marques ne devraient pas être les seules à rendre des comptes. Dans une certaine mesure, il incombe aussi aux consommateurs de réfléchir à leur consommation et d’agir en conséquence ; car qui dit consommation répétée et intensive dit industrialisation de la chaine alimentaire. Oublis, maltraitance, manque de rigueur, les différentes pratiques — comme le broyage des poussins, la castration des porcs ou la présence de nitrites dans la charcuterie — nous rappellent que nous pouvons vite glisser sur des pratiques brutales ou des négligences en matière d’hygiène. Tout cela en raison d’impératifs de production liés à une demande en constante augmentation.

En définitive, le sujet ne devrait pas être l’apanage des seules associations. De même que la responsabilité ne doit pas seulement être portées par les éleveurs dont certains peinent à instaurer de bonnes pratiques d’élevage. Co-construire une filière de viande de bonne qualité n’est pas impossible. Encore faut-il que les consommateurs puissent se reconnecter au monde paysan et que la communication se fasse plus fluide sur la question du bien-être animal ; à l’instar de l’initiative de Label Rouge qui, avec une page Facebook[1] dédiée, joue le jeu de la transparence sur l’origine de ses élevages et le traitement de ses « champions » ou Fleuy Michon et son initiative récente avec le 25 Fleury qui propose de visiter les élevages d’où viennent leurs animaux.

J’aime à croire que manger de la viande est un choix personnel et qu’il appartient à quiconque d’arrêter ou non d’en manger. Depuis presque un million d’années, nous chassons les animaux pour en consommer la viande. D’ailleurs, sans elle, qui sait comment nous nous serions développés. Seulement, à présent que notre tête est bien faite (ou presque) et que sa consommation augmente de plus en plus chaque année, peut-être est-il venu le temps de savoir dans quelles conditions notre steak a été abattu et de consommer plus responsable.

Rappelons que c’est au Japon que l’on trouve la meilleure viande du monde, et qu’elle est obtenue grâce à des méthodes d’élevage qui interdisent autant le stress que l’exercice. Le bœuf de Kobe jouit d’une vie rêvée, à quand le nôtre ?

Sandrine Doppler

[1] https://www.facebook.com/LabelRougeViandes/