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Arrivée en Bolivie il y a une dizaine de jours, j’observe au son des pétards et des rassemblements, ce moment historique. Pourquoi ne pas profiter de ce temps ralenti (et des transports bloqués) pour tenter de vous expliquer les événements ? Synthèse d’un conflit politique et social dans un pays divisé.

La Bolivie est en effervescence depuis le 20 octobre 2019, date de la réélection du président socialiste Evo Morales. Si les manifestations et le désordre paralysent la Bolivie depuis vingt jours, il faut remonter à 2016 pour comprendre le déclenchement de la crise.

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Le 21 février 2016, Evo Morales président de la Bolivie depuis 2006, interroge le peuple via un référendum. Il souhaite modifier la constitution pour avoir le droit de se représenter en 2019. Avec trois mandats consécutifs il est en effet parvenu à la limite autorisée.

Le 24 février la réponse serrée est “NON” avec 51, 3% des voix. L’histoire aurait dû s’arrêter là. Mais Morales n’a pas dit son dernier mot. Deux ans plus tard le référendum est mis au tapis : il souhaite toujours briguer un quatrième mandat.

Evo Morales, élu en 2006 a fait figure d’exception. C’était le premier président amérindien ET issu du monde rural (il a d’abord été berger de lamas puis cultivateur de coca). Originaire des terres de l’Altiplano, il reçoit à l’époque le soutien fort de toute la communauté paysanne. Dans les villes également l’enthousiasme est présent, dans un premier temps seulement.

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Dix ans plus tard le désenchantement a remplacé l’enthousiasme. Si le monde agricole continue à le soutenir, beaucoup sont déçus ; particulièrement les classes aisées et urbaines. Le taux de pauvreté extrême a chuté de 34 à 18% entre 2005 et 2018 et la Bolivie a connu une croissance stable de 5% par an ces cinq dernières années. De bonnes nouvelles pour le pays. Oui mais cette stabilité économique récente n’a pas été accompagnée par des investissements suffisants en matière de santé et d’éducation. Pas non plus de réforme environnementale : l’Amazonie est mise en danger au profit des secteurs miniers et pétroliers.

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Les partisans d’Evo Morales retiennent à l’inverse ce qui déplait en ville : modernisation des campagnes (construction de routes goudronnées, installation de centaines de terrains de football synthétiques pour ce passionné de football, construction de salles de spectacle…). Pour eux la nationalisation des entreprises minières et pétrolières a aidé à dynamiser la croissance du pays. Le monde rural a vu sa qualité de vie augmenter en parallèle grâce à l’explosion du prix du quinoa .

Retour au présent. Le 20 octobre 2019, les résultats des élections donnent la victoire d’Evo Morales au premier tour avec 47% des voix. Les partis d’opposition dénoncent rapidement le dépouillement douteux des résultats et considère l’élection comme une fraude. Le lendemain le peuple bolivien sort dans la rue et demande l’annulation des élections. Depuis les manifestations redoublent d’intensité à Sucre la capitale, La Paz, Santa Cruz, Potosi… Partout les pros et contres Morales s’affrontent. A Uyuni où nous sommes, les manifestations sont quotidiennes même si leur intensité est moindre.

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Vendredi 8 novembre 2019 : coup de théâtre. La police rejoint les opposants. Nous regardons à la télévision Morales dénoncer un coup d’état suite aux mutineries policières. Il appelle au calme et à la discussion entre partis politiques. Le même jour tous les transports pour rejoindre les grandes villes sont bloqués jusqu’à nouvel ordre. Notre bus pour La Paz n’a pas le droit de circuler. Les vols sont supprimés. Tant pis, nous resterons à Uyuni.

Hier matin (10 novembre 2019) le secrétariat général de l’Organisation des Etats américains (OEA) annonce qu’il ne juge pas les résultats des élections valides. Des manipulations informatiques sont pointées du doigt. Evo Morales annonce alors en conférence de presse sous nos yeux écarquillées la convocation d’un nouveau scrutin.

Hier soir, nouveau coup de théâtre, Evo Morales annonce en direct sa démission ! Hier soir la Bolivie a fêté une première victoire mais reste prudente tant que la date des nouvelles élections n’a pas été communiquée.

A suivre !

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