Sportsfile (Web Summit)

Au fait, c’est quoi le #WebSummit ?


Si vous êtes Français, vous n’en avez probablement pas entendu parler. Hormis Alice Antheaume sur son blog et dans l’émission Media Le Mag aucun média français n’a mentionné l’évènement. Pourtant le Web Summit de Dublin se veut le rassemblement Tech et Web le plus important de l’année en Europe.


Sportsfile (Web Summit)

Plus de 20 000 personnes étaient réunies à Dublin les 4, 5 et 6 novembre dernier d’après les organisateurs. Ce qui permet une comparaison avec SXSW, le plus gros sommet du genre, qui rassemblait à Austin (Texas) au mois de mars près de 33 000 personnes, pour sa partie start-up.

Étonnant donc que personne n’en ait parlé en France. D’autant que parmi les quelques 2 160 start-ups présentes, une centaine venait de notre petit pays. Étonnant aussi car les start-ups évoluent dans l’un des rares domaines florissants de l’économie mondiale. Du pain béni pour les rédactions qui cherchent souvent de belles histoires à raconter. J’ai décidé d’y aller par curiosité, comme pour observer une fourmilière.

Tous sourire

Les jeunes entrepreneurs que j’y ai croisé ont tous le sourire. Ils consacrent quelques années à monter un projet risqué mais dans lequel ils investissent tout : leur vie professionnelle, leur vie privée, leur argent, et parfois celui de leurs parents.

Leur sourire vient bien sûr de la foi qu’ils ont en leur projet. Il y a des idées des plus farfelues, comme Brightside. Une application smartphone qui permet de savoir sur quelle terrasse de café on peut prendre le soleil à n’importe quelle heure de la journée. Mais il y a aussi des entreprises qui parient sur un créneau très compétitif. A l’instar de mmmelon par exemple, ils étaient plus d’une dizaine à proposer une plate-forme connectée pour travailler en groupe (un peu à la manière d’Evernote, ou Google Docs). Pourtant, même chez mmmelon, ils avaient le sourire.

Non sans un certain “savoir plaire”

Ils gardent la banane parce qu’ils sont en permanente représentation. Le Web Summit est une vitrine. Et dans une vitrine tout le monde veut être beau et souriant pour faire envie : impressionner les autres start-ups, séduire les investisseurs et attirer l’attention des journalistes, comme moi.

À longueur de journée, les start-ups qui possèdent un emplacement — un mètre de comptoir avec un panneau — pitchent.

Pitcher, pour les non-initiés, c’est expliquer son projet en une minute pour accrocher l’attention de son interlocuteur. Ensuite, si votre pitch est efficace, vous avez droit à quelques minutes supplémentaires pour détailler. À la fin, si vous avez été bon, vous recevez une carte de visite et le droit d’envoyer un email à un investisseur potentiel, ou à un journaliste qui écrira peut-être sur vous. Or c’est là le but du sommet : faire parler de son entreprise, et convaincre des investisseurs.

Jamie Jorge de Codacy, gagnant de la compétition pour le meilleur pitch, au Web Summit 2014.

L’exercice du pitch est tellement ancré dans la culture start-up qu’un concours était organisé pendant le sommet, et un gagnant désigné le dernier jour.


Où sont les femmes ?

Sur les six finalistes du concours de pitch : une seule femme. Un ratio assez représentatif de l’événement. 85% des intervenants des conférences étaient des hommes. Et l’absence de parité était tout aussi frappante parmi les start-ups et les visiteurs du sommet.

Rien de bien nouveau pour un rassemblement sur internet et les nouvelles technologies, un domaine où le « gender gap » est très marqué. Et les organisateurs du sommet ont largement signalé qu’il avaient fait leur maximum pour combler ce manque ; en offrant notamment l’équivalent de 250 000 $ de tickets d’entrée à des femmes (à raison de 1 000 $ environ par ticket). Mais que voulez-vous ? Il y a peu de femmes dans la Tech, et encore moins qui créent leur entreprise.

Eva Longoria sur la scène principale du Web Summit 2014 (Sportsfile)

Eva Longoria, l’intervenante la plus mentionnée sur les réseaux sociaux pendant l’événement, a évoqué ce déséquilibre.
« J’appelle toutes les femmes présentes ici aujourd’hui à devenir les mentors de jeunes filles, afin de leur ouvrir la voie, en parlant de votre expérience. Le système ne fonctionne pas sans mentors, » a déclaré l’ancienne Desperate Housewife.

Pour ceux qui ne maîtrisent pas le vocabulaire, un mentor est une personne qui a réussi et qui décide de prendre un jeune sous son aile. La star d’Hollywood, elle-même devenue chef d’entreprise, appelle ainsi les femmes à une solidarité de genre. Un discours assez répandu dans ce milieu où notre sexe nous confère une aura naturelle.

L’un des profils les plus prisés du Web Summit

Pour terminer, être une femme journaliste au Web Summit de Dublin était très valorisant.

Impossible de faire deux pas sans qu’un entrepreneur ne s’adresse à vous pour pitcher son projet, ou qu’un investisseur ne vous arrête pour entendre le pitch de la start-up que vous n’avez pas encore créée, « parce qu’il faut des femmes dans ce monde, saisissez cette opportunité. »

Je sais ce qu’il me reste à faire.