Une année en 2 chevaux…
Chapitre 9
“Le cheval-vapeur est le meilleur ami de l’homme.”
Vahé Godel
La panne, ou l’amer goût de l’incompétence mécanique
Tout propriétaire de voiture ancienne ayant déjà eu affaire à une panne mécanique (donc tous..?) sait à quel point il peut parfois être fichtrement frustrant de tourner en rond, se triturer continuellement les méninges, le matin en se levant, au travail, en se couchant… Sans pour autant parvenir à déceler une once de début d’explication des maux dont cette fichue mécanique semble souffrir.

C’est un sujet que j’ai d’ailleurs souvent eu l’occasion d’évoquer avec d’autres propriétaires d’anciennes et quoi que l’on veuille bien en dire, il s’agit bien là d’un sentiment qui n’a pour barrière fixe ni l’âge, ni l’expérience, ni les compétences-mêmes du collectionneur.
Naturellement, les connaissances s’étoffent, réduisant le temps nécessaire à la compréhension de multiples pannes et la peau se durcit au fur et à mesure des soucis rencontrés, mais à un moment ou à un autre c’en est presque fatal : une nouvelle panne inconnue arrive…
L’incompréhension totale face à un problème mécanique est un sentiment auquel on ne peut réchapper et qu’il faut bien savoir accepter. Cette expérience fait d’ailleurs, à mon sens, partie intégrante de la vie en voiture ancienne : on sait qu’à tout moment, un problème peut survenir (l’avantage étant qu’en ancienne, on puisse souvent l’entendre et le sentir venir : au sens propre du terme…) et que l’on ne sera pas forcément toujours en mesure de le résoudre illico-presto. Dès lors, mieux vaut s’armer de patience, et faire preuve de beaucoup, beaucoup de résilience…

Quelques jours après être parvenu in extremis à ramener mon Acadiane, dégoulinante d’essence, jusqu’à mon domicile et une fois la clé spécifique livrée, sésame indispensable pour accéder au vicieux boulon du carburateur, je me décidais sans plus attendre à tomber le double-corps pour essayer, sans grand espoir, de comprendre ce qui avait pu causer ces inondations intempestives d’essence et l’arrêt complet du moteur.
Pour être certain de bien pouvoir remonter le tout, une fois la panne identifiée, je ne lésine sur aucun détail, prenant un maximum de photos et documentant chaque étape de démontage et annotant chacun des sachets transparents dans lesquels je place alors les vis. Car croyez-le ou non : pas une n’a la même taille sur le carburateur Solex 26/18 !

Très rapidement, je comprends le problème… Il n’y a tout simplement PAS de joint entre le couvercle de carburateur et les deux corps inférieurs de mon carburateur ! Pas plus que sur l’entretoise séparant le carburateur de la fameuse tubulure en « araignée » qui conduit l’essence jusqu’aux deux cylindres.
Non, à la place se trouve une sorte de pâte bleue, plus ou moins étalée sur les parois, avec quelques vides, çà et là : l’ancien propriétaire en avait fait une belle en effet… Plutôt que d’acheter un kit de joints vendu sur internet pour un peu moins de 10€, ce dernier avait préféré étaler ce que j’identifierai bien assez tôt comme… de la pâte à joint de plombier.

Problème essentiel, cette pâte permettant d’étanchéifier en toute simplicité des canalisations d’eau, a également pour intéressante caractéristique de se diluer au contact d’hydrocarbures… Vous en versez souvent, vous, de l’essence dans votre lavabo ou dans votre baignoire..?Embêtant pour assurer l’étanchéité d’une pièce continuellement baignée dans de… l’essence.
Non-seulement cette pâte n’assurait naturellement plus l’étanchéité du couvercle du carburateur, mais c’est en continuant mon exploration que je découvris pire encore : cette pâte avait, dans son extrême générosité, également bouché la plupart des gicleurs (petites buses permettant d’envoyer l’essence au débit attendu pour une bonne combustion dans les cylindres) des deux corps du carburateur.
Il ne fallait pas aller chercher plus loin…
Profitant de cette gabegie pour nettoyer entièrement mon carburateur, lui faisant passer quelques minutes sous le feu, dans une casserole (merci maman pour ta compréhension et ton sens du sacrifice…) remplie d’un mélange d’eau, d’un peu de vinaigre blanc et de quelques gouttes de citron… Je retrouvais un carburateur comme neuf !

Ayant profité du temps de livraison de l’outil pour m’être renseigné sur la littérature d’époque au sujet des carburateurs Solex, je m’attache à le réfectionner de manière à ne plus vivre ce genre de mésaventures, puis donne le premier coup de clé une fois remonté.
Autant dire que sans réglage aucun, à ce moment-là, le ralenti n’était pas très orthodoxe. Cela étant, quelques tours de tournevis sur la vis richesse et de ralenti et mon Acadiane tournait à nouveau rond, montant dans les tours sans aucun problème… et surtout sans aucune fuite.
Si frustrante que fut cette étape, elle me permit en tout cas d’apprendre beaucoup sur l’alimentation du moteur, la richesse de la carburation et les parfois complexes réglages du carburateur double-corps (les propriétaires de 2CV de premières générations apprécieront, eux, la simplicité du carburateur simple corps…).
Quel bonheur de revoir vaillamment tourner mon moteur et de rouler à nouveau ! L’effort en valait la peine et je m’endormirai moins idiot ce soir-là.
->Voilà, si vous êtes arrivés ici, c’est qu’il y a peut-être une chance que ces 9 premiers chapitres vous ont plu… N’hésitez pas à partager le tout avec vos amis, mais aussi à me donner votre avis !
Sébastien
