Avasara Academy : l’école indienne des leaders au féminin

Graine n°1 : nourrir la solidarité entre femmes, la sororité, pour qu’ensemble elles s’élèvent.

L’Avasara Academy la veille du “Parents Day”, grande réunion bi-annuelle qui accueille tous les parents d’élèves, en présence de toutes les parties prenantes de l’école (500 personnes). Pune, Inde du Sud

A l’école de l’Avasara, on prépare les jeunes Indiennes à devenir des leaders intègres pour leur pays.

L’excellence à tous prix

Le collège privé non mixte Avasara Academy a une population particulière : des jeunes filles dont les familles ont des revenus très modestes (70% des élèves, qui ne paient pas de frais de scolarité) côtoient des écolières aux parents fortunés. Leur point commun? Ce sont toutes des élèves très douées à l’école, repérées par leurs professeurs pour leur rigueur et leur motivation. Le pari de la fondatrice, Roopa Purushothaman, est de “mélanger des jeunes filles exceptionnelles de tous les milieux sociaux” pour créer une communauté de femmes solidaires, qui osent s’imaginer leaders de demain.

L’excellence académique est aussi exigée du corps professoral, qui rassemble des enseignants diplômés des universités les plus prestigieuses du monde (Yale, London School of Economics,…). Le curriculum de l’établissement est officiellement reconnu et validé par Cambridge.


Le leadership, ça s’apprend?

Pour transmettre le “leadership”, la capacité à guider des femmes et des hommes vers un objectif, les élèves ont chaque semaine un cours de leadership : une matière aussi importante que les mathématiques ou l’histoire ici, où l’on apprend à parler devant un auditoire, à convaincre. On s’interroge aussi sur les 7 valeurs choisies par l’école : intégrité, excellence, interdisciplinarité, réflexion, empathie, interdépendance, optimisme & force. Au-delà de cette matière spécifique, chaque professeur de l’école encourage les jeunes filles à s’affirmer: dans un travail de groupe en chimie, dans un débat en cours d’anglais.

Ici, on ne lève pas la main, pour éviter les phénomènes de favoritisme envers les bons élèves et de passivité du reste du groupe. A la place, les professeurs ont plusieurs méthodes pour impliquer toute la classe (parmi d’autres, le tirage au sort de bâtonnets de glace dans un pot qui contient autant de bâtonnets que d’élèves, avec le nom de chacune inscrit dessus!)

La sororité, pilier de la pédagogie

Les élèves déclarent apprendre énormément dans leurs groupes de pairs, petites équipes de la même promo ou multi-âges (de la sixième à la seconde) qui se regroupent de 1 à 3 fois par semaine pour échanger sur les problèmes du quotidien, intimes ou ouverts sur le monde.

Tout est fait pour que les jeunes filles nouent des liens de solidarité puissants et qu’elles soient capables de recréer cette communauté de sœurs en dehors des murs de l’école. Cet ingrédient est indispensable dans une population aussi disparate. Il permet une réelle responsabilisation des jeunes femmes : elles comprennent rapidement que leur force réside dans leur solidarité, et que c’est ainsi qu’elles peuvent vivre et évoluer ensemble malgré les inégalités qui les séparent.

“La sororité, c’est garder toujours en tête la conviction que la fille assise à côté de moi est la personne la plus importante au monde” Maycra, élève de quatrième
Maycra rêve de devenir une avocate pour défendre le droit des femmes en Inde

En somme, c’est être capable d’être solidaire avec une inconnue, quelle que soit son histoire personnelle, et de se sentir responsable du bien-être de celle-ci.

“Les profs changeront : un jour, moi aussi je m’en irai, et il y a une vie après l’école! Nous voulons que nos élèves soient capables de s’entraider, d’appliquer cette solidarité dans leur carrière et leur quotidien.” Joseph Cubas, Directeur de l’Avasara
Joseph Cubas, Directeur et co-fondateur de l’Avasara

Ce pilier de la pédagogie de l’Avasara qu’est la communauté s’inspire lointainement de l’organisation traditionnelle de la société indienne (solidarités familiales très fortes), mais aussi et surtout des modèles d’inclusion des minorités ethniques dans les universités américaines.


Un projet ambitieux et féministe

Le mot “leadership” renvoie à des notions très individualistes : ambition personnelle, compétition, domination, pouvoir d’écraser l’autre. Ici cette ambition va de pair avec l’humilité, le courage et la sororité.

Ce que ça nous inspire

Quelles idées, pratiques peut-on rapporter en France? Que pourrait-on répliquer dans les lieux d’enseignement et de formation français?

Un des trois bâtiments de l’Avasara, dessinés par le cabinet d’architectes Case Design

Le contexte

Pour répondre à cette question, la compréhension globale du contexte est incontournable. L’ Avasara Academy a ouvert ses portes en août 2015 au large de Pune, grande ville industrielle à l’est de Mumbai (Inde du Sud) aussi réputée pour héberger l’Université de Savitribai Phule Pune (plus d’un demi million d’étudiants). Il est important de souligner que l’Inde du Sud est un paysage éclaté : on y parle des langues différentes, on y trouve les villes les plus modernes du pays (Bangalore, Mumbai, Pune), mais aussi le deuxième bidonville le plus grand d’Asie (Dharavi, Mumbai). Côté éducation, certaines régions sont bien plus avancées que le reste du pays : l’Etat du Kérala, sur la côte sud-ouest de l’Inde, affiche un taux d’alphabétisation de plus de 99%)…Pour en savoir plus sur le contexte, lisez notre article sur l’éducation en Inde du sud! Ceci étant, les inégalités hommes-femmes représentent un enjeu énorme, et les jeunes élèves de l’Avasara le savent.

Le modèle économique

Comment le collège privé se finance-t-il? En grande partie grâce à des sponsors, les 30% de jeunes filles issues de classes aisées ne pouvant pas payer les frais de scolarité des 70% restant, sans parler des infrastructures (magnifiques). Ceci étant, Joseph Cubas nous a assuré de l’entière indépendance de l’Avasara vis-à-vis de ses partenaires.

La sororité, communauté universelle!

L’état de développement de l’Inde du Sud justifie un engagement pour améliorer la condition des femmes et leur apprendre à être ambitieuses : il y a du chemin.

Dans les couloirs de l’Avasara, les portraits de grandes femmes de l’histoire sont fièrement accrochés

Pour autant, la France n’a pas fini de combattre les inégalités hommes-femmes, et les mentalités ne cessent d’être bouleversées par les dénonciations d’ harcèlement sexuel (#metoo, #balancetonporc…). Transmettre la sororité auprès des petites filles et des femmes est une démarche pédagogique qui fait sens à tous les âges de la vie. Cela ne veut pas dire que l’on abandonne la mixité! Simplement, certaines questions sont abordées avec plus de simplicité entre femmes. Nouer des liens de solidarité permet de s’ouvrir à l’autre, d’apprendre à l’aimer, et d’accepter de recevoir et de prodiguer des conseils. Comment on fait ça? En commençant par créer des petits groupes de pairs, des systèmes de parrainage entre aînées et cadettes. Après tout, la sororité n’a pas de patrie.