Maya, artiste et fille de voyageurs

Potrait n°2 : Paroles d’une circassienne

Le jour décline sur l’école de la “Lumière des arts”: Maya sort du chapiteau où elle a passé tout l’après-midi. Battambang, Cambodge

On a rencontré Maya à l’école de la Phare Ponleu Selpak (« lumière des arts » en khmer), lieu artistique cambodgien célèbre pour son cirque. Maya y enseigne les bases de cirque à des enfants de 7 à 13 ans : jonglage, tissus, trapèze, rola bola… Et elle s’entraîne tous les jours pour garder son niveau. Petite-fille et fille de voyageurs, elle appartient à un peuple migrateur. Il est difficile de comprendre d’où vient cette jeune femme de 19 ans à la chevelure blonde, qui parle six langues et a l’air d’être chez elle où que ses pas la portent. Elle a dessiné son arbre généalogique pour nous éclairer.

L’arbre généalogique de Maya, méli-mélo de racines culturelles

Est-ce que tu peux nous raconter ton enfance ?

— J’ai vécu dans cinq pays : Etats-Unis, Angleterre, France, Suisse et Japon. Petite, j’ai passé toute ma primaire dans une école Steiner. On faisait toujours plein d’excursions dans la forêt, on faisait du dessin, on chantait beaucoup. On racontait toujours des histoires qu’on écrivait nous-mêmes, et ça m’est resté : aujourd’hui j’adore écrire et raconter mes propres histoires. Ensuite j’ai basculé dans le système des écoles internationales. J’ai apprécié la diversité des cours multidisciplinaires : j’étais impressionnée par la polyvalence qu’on attendait de nous. Il m’a quand même manqué cet espace de créativité que j’avais l’habitude d’explorer. Ce qui semblait le plus important, c’était les résultats en maths et en sciences. Alors même si j’ai su tirer le meilleur parti des différentes écoles où j’ai étudié, je pense que c’est l’école Steiner qui m’a fondée comme personne, qui a fait de moi l’artiste que je suis.

Comment c’était, de changer tout le temps de pays et d’école en grandissant ?

— C’était difficile, il y avait la barrière de la langue et puis aussi le niveau académique à rattraper, j’étais souvent en retard. Se faire des nouveaux amis à chaque fois, en laisser derrière soi, c’était dur. Mais j’ai très vite appris à m’adapter, à nouer des liens facilement.

Tu te sentais plus mature que les autres jeunes ?

— Oui, ça c’est sûr. Le fait d’avoir vécu dans beaucoup de pays différents me donnait une maturité, et puis j’étais toujours la plus vieille de la classe, plus âgée que mes camarades.

Tu as envie de voyager autant que tes parents ?

— Oui. D’abord parce que c’est comme ça que je me sens appartenir au monde, de cette manière globale. Et puis aussi parce que je n’ai pas de racines profondes qui me retiennent dans un pays en particulier. Je suis faite d’une mosaïque de cultures, ça fait qui je suis et j’adore, mais je n’ai jamais pu expérimenter le mode de vie sédentaire, où on installe sa maison pour longtemps quelque part… On idéalise toujours le voyage, on me dit « c’est génial, que tu explores autant le monde ! ». C’est vrai, mais l’autre facette du voyage c’est que je ne peux pas nouer de relations vraiment profondes, parce qu’une relation exige la présence, à un moment ou un autre.

Si tu as des enfants, tu aimerais les inscrire dans quelle école ?

— Ca c’est une bonne question… Je pense que je veux absolument leur donner des bases de Steiner pendant leur primaire. Ensuite, on verra… La plupart des enfants quittent les bancs de Steiner pour rentrer au collège, mais il existe aussi des établissements Steiner dans le secondaire, mais leurs programmes scolaires sont souvent jugés un peu légers par les parents, pas assez sérieux sur le plan académique.

Comment on peut s’inspirer d’une école de cirque pour changer notre manière d’enseigner en France ?

— On pourrait simplement introduire des cours de cirque en EPS, à la place d’activités purement sportives qui sont compétitives. Le cirque, c’est le jeu. C’est un espace artistique et physique, où tout le monde peut exprimer quelque chose.

Qu’est-ce que tu as envie d’accomplir, plus tard ?

— Avoir ma propre compagnie de théâtre ou de cirque, ça me plairait beaucoup. Mon rêve, ce serait de travailler avec des enfants réfugiés à travers le cirque et le théâtre. Je sais que lorsqu’on a vécu un traumatisme lié à un conflit par exemple, et qu’on ne peut pas raconter son histoire, le chemin des arts est la voie la plus facile, en tout cas celle que je connais, qui permet d’exprimer ce qu’on ne peut pas dire.