Oh my Buddha

Le départ de Bangkok pour la province de Chiang Mai est prévu depuis la gare ferroviaire de Hua Lamphong à 19h35. Le trajet dure environ 14h. Un wagon couchette nous attend. Nous avons nos billets et après un rapide passage au 7/11 pour quelques chips, boissons et papier toilette, nous nous installons. Deux anglaises sont assises à côté de nous et rapidement, plusieurs autres backpackers mais aussi des locaux remplissent les sièges vacants. Le wagon est propre et on se réjouit de découvrir la suite!

Le train démarre à 19h42. En bons Suisses, nous ne nous attendions pas à une telle ponctualité. Le personnel du train nous propose très rapidement le menu du dîner ainsi que du petit-déjeuner. Nous optons pour le même menu qui comprend une soupe épicée. Jessica préfère ne pas la boire car le “super spicy” n’est pas encore son truc. Après avoir mangé et quelques parties de backgammon plus tard, le personnel du train vient pour transformer les deux sièges en couchettes, upper et lower. Le train vibre beaucoup. Nous ne dormons pas beaucoup mais avons la chance d’être réveillés par un magnifique lever de soleil aux alentours de 5h30. Nous entrons dans les montagnes du nord de la Thaïlande.

Considérant que le train s’est arrêté une bonne dizaine de fois durant la nuit et que notre vitesse maximale ne devait pas dépasser les 50 km/h, nous sommes stupéfaits d’arriver à Chiang Mai à 9h50. Une vingtaine de minutes de retard uniquement sur le planning. Nous prenons un taxi rouge — sorte de tuk tuk — pour notre hostel et décidons de faire une sieste puisque la nuit n’était pas très reposante.

Nous passons les deux premières nuits au Mojito Garden, un jardin composé de quelques cabanes et dortoirs. Une ambiance très hippie qui nous change de l’ambiance vécue à Bangkok. Nous profitons de l’après-midi pour se balader dans la vieille ville et aller manger au Tikky Café. La nourriture y est délicieuse et le thé froid maison, avec cette chaleur, stratosphérique.

Le lendemain, nous décidons de louer un scooter afin de découvrir le parc national de Doi Suthep. Jessica s’occupe non sans appréhension de sortir de la ville, car elle a déjà conduit un deux roues. Le traffic ainsi que le rush hour du milieu de matinée ne facilite pas cette tâche. Nous avons été prévenus que des barrages de polices s’installent afin de contrôler les permis de conduire. Nous ne manquons pas de nous faire arrêter. Après une brève tentative de négociation, nous payons une amende de 400 bahts, soit environ CHF12.-, et sommes alors en possession d’un permis de conduire international temporaire de 2 jours. Début d’entourloupe qui termine pas trop mal.

Nous croisons beaucoup de gens comme nous qui ont décidé, par ce beau temps, de prendre la route, être libre de bouger à sa guise, ne pas dépendre d’un taxi ou tour organisé. Nous sommes chanceux, car la qualité de l’asphalte est excellente. Let’s ride!

Arrivé en haut de la montagne, nous visitons le temple Wat Phrathat. Les escaliers qui mènent au lieu sacré nous rappellent que nous ne sommes toujours pas habitués à cette chaleur et humidité. Nous n’avions pas prévu de visiter un temple, et Jessica n’est que très légèrement habillée. Il est alors obligatoire pour elle de porter un tissu spécialement prévu à cet effet afin de cacher ses épaules ainsi que ses jambes. Une esplanade nous offre une vue plongeante sur la ville. Nous sommes en basse saison qui signifie la fin de la sécheresse qui dure depuis Noël. Les agriculteurs brûlent depuis des mois les champs en montagne. Cela rend l’air opaque. Nous avons de la chance, car plusieurs semaines auparavant, l’air était à peine respirable.

Sur le chemin du retour, nous reprenons le scooter et Jessica sent une goutte d’eau. Impossible de dire à ce stade si c’est de la pluie. Le ciel s’assombrit. Nous sommes mis en garde. Nous décidons de prendre le scooter avec, dans l’idée, d’aller voir les chutes d’eau situées sur le chemin du retour. En route, nos doutes se confirment et la pluie s’intensifie. L’entrée en ville se fait sous des trombes d’eau. Le casque sans visière n’aide pas. Les lunettes de soleil sont nécessaires afin de rouler les yeux ouverts. Nous vivons une scène cocasse, mais challenge accepted!

Mercredi 26 avril, un van vient nous chercher à 9h30 au Mojito Garden et nous partons pour un trek de 2 jours découvrir la vie des villages de montagne du nord de la Thaïlande. Nous sommes 7 personnes à participer à cette aventure. Laury : une Française de Perpignan qui n’a jamais été aussi loin de chez elle. Michelle — une Allemande de Hamburg dont les origines philippines l’ont poussé à voyager pour avancer sur l’ouverture d’une auberge qu’elle planifie d’ouvrir à Coron. Boris et sa femme Anja de Slovénie voyagent avec leur fille de 8 ans, Ruby. Cela rassure Laury et Jessica — la marche ne devrait pas être trop compliquée. Nous quittons Chiang Mai direction nord et une vallée à environ 25 kilomètres à l’est de Paï. Nous arrivons dans un petit village au bord d’une rivière. C’est magnifique. Après s’être restauré, nous engageons les premiers pas. 2 chiens du village décident de nous suivre. A peine 5 minutes de marche plus tard, le guide nous montre un trou d’araignée de la taille d’une balle de tennis. Il nous demande de pas y mettre la main. Nous ne la mettons pas. 30 minutes de marche et le constat est édifiant : la chaleur avoisine les 40 degrés à l’ombre. Les minutes sont des heures. Les raccourcis dans la jungle sont raides, nous montons rapidement. En comparaison à une marche en Suisse, à laquelle nous sommes habitués, nous avons l’impression d’avoir marché une journée entière.

Bien qu’elle ne porte pas de sac, la petite Ruby est impressionnante de persévérance, elle ne lâche rien. 2 heures et 45 minutes plus tard, nous arrivons à 1600 mètres d’altitude dans un village typique. Nous sommes rapidement installés dans une maison qui fait face à l’est. Le lever de soleil sera épique. Nous posons notre sac et l’hôte, une jeune fille, nous propose des bracelets qu’elle confectionne. On en prend un chacun. Stéphane a reçu de ses collègues de travail une imprimante portable qui permet d’imprimer des photos depuis un smartphone. C’est l’occasion de sortir ce petit bijou de technologie et donner une photo à la jeune fille. Ces villageois n’ont pas de miroir. Cette photo d’elle semble lui faire très plaisir.

Nous décidons, après s’être reposés, de faire un tour du village et d’aller voir le coucher de soleil. Nous recroisons les 2 chiens qui ont effectué l’ascension avec nous. Ils sont, selon le guide, chassés par les chiens locaux. Ils restent donc avec nous et profitent des dernières lumières. Au calme.

La nuit tombe et de retour au gîte, le repas est sur le feu et un fond de whisky est versé dedans. Nous avons tous très faim, la première bouchée est waow! La soirée sera courte, car ici, pas d’éléctricité. Nous nous mettons au lit et sommes rassurés par une grande moustiquaire qui fait barrage aux bestioles de la jungle.

Dès 5h20, la luminosité donne des couleurs au village. Les coqs sont debout depuis une bonne heure et nous entendons également les villageois qui se réveillent peu à peu. Le lever de soleil au-dessus des montagnes est majestueux.

Nous prenons le petit-déjeuner et nous préparons à descendre à l’ouest. Une chute d’eau dans laquelle nous pourrons nous baigner nous attend. Nous sommes impatients. 1 heure de marche en descente est nécessaire pour y arriver. La petite baignade est très agréable. Nous reprenons la route et arrivons dans un sanctuaire d’éléphants avec lesquels nous nous baignons à nouveau. C’est très impressionnant d’être à quelques centimètres d’un pachyderme qui décide de s’asseoir dans la rivière. Après cette expérience nouvelle, nous sautons dans un bateau et descendons la rivière en rafting. Nous croisons d’autres éléphants et pouvons également nager hors du bateau lorsque le courant le permet.

Il est 15.00 et nous reprenons la route pour Chiang Mai. Arrivés en ville, nous nous rendons dans une guesthouse que nous avions repéré quelques jours auparavant. Sur le chemin, nous remarquons une pizzeria. Cela fait 10 jours que l’on mange asiatique et nous revenons d’un trek relativement fatiguant. Une rapide recherche en ligne nous apprend que les meilleures pizzas de la ville sont à 200 mètres d’où nous nous trouvons, et que la spécificité est un réel four à pizza, rare en Thaïlande. L’appel est trop fort. Nous craquons. La pizza est détonante.

Vendredi 28 avril, Jessica a 27 ans. Nous fêtons cela avec un cake trouvé dans un commerce du coin. Elle souffle une bougie. Aujourd’hui, c’est journée détente. Nous nous rendons dans un café pour le brunch. Un énorme club sandwich continue notre frénésie pour la Western Food. Il est, lui aussi, absolument délectable.

S’en suit une marche dans le centre qui nous amène au temple de Wat Chedi Luang Worawihan. L’une des universités de Chiang Mai est située dans l’enceinte du lieu et nous tombons sur une séance ouverte à tous qui permet aux voyageurs de s’asseoir avec des moines afin de discuter, d’en apprendre plus sur leur religion ainsi que leur permettre d’améliorer leur anglais. Un jeune nous fait signe et nous nous asseyons à ses côtés. Il s’appelle Mac, ou Mak, ou Mack, ou encore Makc. Lui-même ne sait pas, il n’a jamais vu son prénom écrit. C’est touchant. Il a plusieurs rêves, dont celui de voyager, prendre l’avion et découvrir d’autres régions. L’Inde serait bien évidemment sa destination de prédilection. Ses temples et son histoire l’attirent. Nous lui demandons s’il souhaite rester moine toute sa vie, ce qu’il ne sait pas. Son frère et son père sont agriculteurs car il faut bien faire de l’argent, dit-il avec une facilité déconcertante. Il tient un carnet à jour dans lequel le nouveau vocabulaire appris ainsi que le nom et coordonnées de ses invités sont notés. Nous y inscrivons un nouveau mot — neighbor — en lui expliquant que la France est voisine de la Suisse. En détaillant que cela peut également être le cas de personnes vivant l’une à côté de l’autre, sa remarque est pertinente : “Aren’t we all neighbors?”, dit-il avec semblant de bouddhisme dans ses mots. Oui, très certainement.

Cette discussion relaxante nous donne envie d’aller se faire masser. Les massages locaux sont incroyables, dit-on. On s’empresse de demander à la guesthouse de nous indiquer leur recommandation. L’une des employés nous dirige sur un salon à quelques minutes à pied, où elle va se faire masser une fois par semaine. On est parti. Arrivés sur les lieux, nous sommes pris en charge par deux dames. Elles commencent par laver et masser nos pieds dans un bac rempli d’eau et de citron. Nous entamons ensuite le massage du corps : nous sommes étirés, nos muscles sont relaxés et nous nous sentons hyper bien. A refaire! Nous finissons la soirée, à l’abri d’une pluie torrentielle, dans un petit restaurant qui se trouve sur le chemin du retour. Au menu, awesome asian food!

Le lendemain matin, nous refermons notre sac et partons en taxi rouge jusqu’au terminal de bus de Chiang Mai. Un trajet en car de 3 heures nous attend pour arriver jusqu’à notre prochaine destination : Chiang Rai. Nous arrivons en début d’après-midi et marchons jusqu’à notre guesthouse. Chiang Rai est une ville plus petite que Chiang Mai. Nous repérons rapidement la rue principale. Notre guesthouse Baan Rub Aroon où nous allons uniquement séjourner une nuit est une magnifique maison coloniale. La propriétaire est très aimable.

Arrivés à 14h30, nous repartons rapidement avec un bus local qui nous amène au temple de Ron Khun. Situé à 13 km au sud de Chiang Rai, il est caractérisé des milliers de morceaux de miroir incrustés qui souligne son extraordinaire blancheur.

Une fois à l’intérieur, nous sommes surpris car plusieurs dessins tels que des mignions, pokémons ou encore spider man sont visibles sur les murs. Nous nous attendions pas à celà, #random.

Dans le tuk tuk qui nous ramėne au centre, nous faisons connaissance avec Ruben qui vient des Pays-Bas. Comme nous, il a prévu de partir pour le Laos le lendemain. Nous passons notre soirée dans le night market avant de s’assoir dans une cantine pour manger. Le vent se lève et rapidement c’est la tempête. Nous rentrons alors à notre guesthouse où nous allons super bien dormir : il y a la clim’!

Nous nous réveillons à 5h00, sachant qu’une nouvelle aventure nous attend. Ce matin, nous devons réussir à passer la frontière du Laos afin d’arriver avant 11h00 au slowboat qui va nous emmener pendant 14 heures, avec un arrêt à Pakbeng, jusqu’à Luang Prabang. Ruben nous a informé qu’il serait possible qu’il prenne le bus avec nous. Il est là. Non sans peine car il n’a pas dormi, et il sent vraiment fort l’alcool. Mais c’est super, il va pouvoir se reposer dans le bus. Sauf que, partant un peu en panique, il a oublier d’ouvrir son casier dans l’auberge où il séjournait.

-“No Worries, as long as you have your passport, everything should be fine.”, dit Jessica, essayant de le rassurer.

-“Yeah, I guess you’re right”, réplique-t-il, partageant allègrement son haleine de whiskey local.

Quelque minutes se passent. Nous quittons gentiment la ville.

-“Shit! My passport is in my locker, actually.”

Ruben n’est pas dans son assiette. Mais il nous fait rire. Ne réagissant pas, Stéphane demande au bus de s’arrêter et fait comprendre à Ruben qu’il ne passera jamais la frontière s’il n’a pas son passeport. Il réalise alors la situation et sort du bus, un peu déboussolé. On se recroisera certainement au Laos.

La route est belle, mais plus longue que prévue. Malgré tout, nous arrivons à la frontière de Chiang Khong, où nous apprenons avec étonnement qu’un séjour de moins de 14 jours pour les citoyens suisses ne requiert aucun visa. Super, ça facilite le passage! Arrivés à Huay Xay au Laos, nous sautons dans le slowboat pour un trajet de 7 heures direction Pakbeng, un petit village d’une rue qui sert d’escale à cet itinéraire fluvial qui relie le nord de la Thaïlande à Luang Prabang.

8 minutes avant de larguer les amarres qui ne sont guère que des troncs séparant les embarcations, Ruben fait son apparition. Nous apprenons qu’il a réussi à sauter à l’arrière d’une moto en sortant du bus ce matin, se faire amener à son auberge et ramener au terminal du bus. C’était moins une! Nous avons de la chance car notre bateau comprend plus de 100 places, toutes équipées avec des banquettes de mini-vans même pas fixé au sol. Un bateau standard a une capacité d’environ 70 places mais aujourd’hui est un grand jour, apparemment. Le trajet se fait au rythme du Mekong et des petits villages qui se trouve sur ses rives, où les locaux entrent et sortent du bateau. Constances : les enfants qui se baignent dans l’eau, les buffles qui se reposent sur les berges du fleuve.

Nous arrivons aux alentours de 17h30 et sommes accueillis par la famille de la guesthouse venue nous chercher au ponton. Nous faisons un tour de la ville, en profitons pour retirer de la monnaie locale dans le seul ATM existant et remarquons que nous le vidons. Oops! Attirés par une musique reggae, nous nous asseyons dans un restaurant où nous croisons plusieurs autres passagers du bateau. Rapidement, l’un des propriétaires nous aborde avec une bouteille de whisky local. Premier shot, deuxième shot, troisième shot. Nous refusons le 4ème car nous n’avons toujours rien commandé et le remercions. Son demi-frère, la tête sur les épaules cette fois-ci, vient prendre la commande. Après avoir mangé, nous ne manquons pas l’opportunité d’un digestif et acceptons à nouveau de boire quelques shots avec en fond un son marleysque et des premières histoires du Laos racontées par un local de 31 ans quelque peu alcoolique.

Le lendemain, nous reprenons le bateau pour 8 heures de croisière. Notre objectif de la journée est d’arrivée à Luang Prabang avant le coucher du soleil!

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