Ethos d’une permaculture anarchiste.

Traduction.

Les auteurs de la revue Backwoods dont le but est de montrer la convergence entre anarchie et permaculture décrivent leur projet ainsi : « l’anarchisme donne la critique, la vision, les éthiques sociales ; et la permaculture donne le dessein, les éthiques écologiques, la voie vers notre ré-harmonisation avec le monde ». Dans leur premier numéro de printemps 2018, ils font avancer radicalement l’intuition anarchiste de la permaculture contenue dans ses trois principes éthiques originels (prendre soin de la terre, prendre soin des humains, redistribuer les surplus) et donne à la permaculture anarchiste son éthos, c’est à dire ses « usages et coutumes » (ou “principes pratiques” selon Bourdieu) résumés ici en huit points, tirés du texte de Bellamy Fitzpatrick « An invitation to desertion 1».

“1- Nous accusons la Civilisation du Leviathan et sa manière de vivre insensée qui découle de la création d’États. La fonction première de l’État est l’asservissement du plus grand nombre au profit de l’accumulation démesurée de richesses et de pouvoir par la minorité parasitaire. La société qui se développe ainsi est nocive pour tous ceux qui y sont compromis, celle-ci étant basées sur la cupidité et la coercition, le fétichisme grotesque de la marchandise et la mort de la vrai communauté humaine par la domination et l’atomisation.

2 — Nous dénonçons ce mode de production alimentaire dévoreur de planète qu’est l’agriculture, avec ce qu’elle implique inexorablement, c’est à dire l’éradication des écosystèmes et leur remplacements par des environnements domestiqués au service de l’humanité. C’est une erreur incommensurable, à l’origine de la plupart des extinctions de masse actuelles, à l’origine de la disparition des sols, de la surpopulation, et de tant de guerres.

3 — Nous refusons la logique techno-industrielle qui consiste à prendre la magnifique trame du vivant pour une vulgaire matière première, pour une ressource inerte destinée au « développement » — comprendre ici destinée au pillage, au bitumage, condamnée à être extirpée du vivant pour être remplacé par une fanfare de parkings, d’élevages industriels, de décharges, de mines, ainsi que tous nos appartements et bureaux aux esthétiques de poulaillers industriels.

4 — Nous rejetons l’absurdité du monde moderne qui n’est qu’une usine à produire les personnes les plus humiliées, les plus brisées, aliénées, superficielles, solitaires, en mauvaise santé et les plus mal aimées qui aient jamais vécu.

5 — Nous prônons l’Anarchie : la liberté découlant de l’auto-détermination et des inter-relations consensuelles avec nos proches humains et non-humains, au sein de communautés de petites taille basées sur une relation avec la terre mutuellement régénératrice.

6 — Nous revendiquons la mise en œuvre de savoirs émanent des sagesses traditionnelles tout comme de la science écologique, dans la recherche de modes de vie qui soient en harmonie avec le monde qui nous nourrit : cueillette, chasse, pêche et entretien de forêts nourricières.

7 — Nous adoptons un néo-luddisme qui consiste à bannir toutes les technologies toxiques et débilitantes, et revient à s’approprier des savoir-faire utiles à vivre humblement, à explorer et faire renaître des savoirs et des pratiques traditionnels ainsi que certaines formes de médecines et pharmacopées naturelles.

8 — Nous embrassons l’exultation et la vitalité de modes de vie écologiquement harmonieux. Nous en embrassons l’enracinement et l’épanouissement qui résultent d’être nourri par, et de nourrir un monde vivant, avec sa nature consciente et ordonnée.”

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1 Bellamy Fitzpatrick — “An Invitation to Desertion”, Backwoods, no. 1, Spring 2018
https://viscerapvd.files.wordpress.com/2018/06/bellamyfitzpatrick-aninvitationtodesertion.pdf