Tout serait donc la faute de Facebook ?

Qu’il est aisé de pointer du doigt un géant américain pour ses erreurs et de ne surtout pas se remettre en question. Je vous épargnerai la référence biblique de la paille et de la poutre, mais j’ai comme l’impression qu’une fois de plus l’être humain est incapable de se poser les bonnes questions lorsqu’il commet des erreurs. Soyons clairs : si Facebook peut aujourd’hui revendre à des annonceurs un ciblage ultra fin, ce n’est pas uniquement la faute de Mark Zuckerberg. Nous autres utilisateurs avons notre part de responsabilité.

Des scandales qui ont le mérite de poser le débat

Loin de moi l’idée de défendre le tracking quotidien que nous imposent les GAFA. Le fait que Facebook scanne mes appels téléphoniques et SMS réalisés en dehors de son application m’énerve au plus haut point. Nous devons remettre en cause ce type de pratiques et exiger une plus grande transparence sur la collecte et l’utilisation de nos données. La mise en application du Règlement général sur la protection des données (RGPD) devrait envoyer des signaux positifs à ce sujet ces prochains mois.

Depuis quelques semaines, on relève un certain nombre de prises de parole qui revendiquent la suppression de son compte ou de son app social media favorite. #DeleteFacebook, #DeleteVero, #DeleteGrindr, qui sera le suivant ? Certains le font par opportunisme pour bénéficier d’un effet d’annonce et nous verrons d’ici quelques mois si la conséquence d’une désertion massive des réseaux sociaux est bien réelle.

Si les scandales Cambridge Analytica, Grindr ou encore Vero ne provoquent pas la mort de ces plateformes sociales, ils auront au moins pour conséquence de mettre sur la table un sujet latent, fondement même du modèle économique de ces applications.

Depuis que Facebook existe, le réseau est régulièrement qualifié par l’adage suivant : “Si c’est gratuit, vous êtes le produit”. Rien de nouveau sous le soleil, notre moindre fait et geste sur le réseau social le plus utilisé au monde est tracké puis monétisé. Cette prise de conscience est probablement l’une des causes d’une utilisation de Facebook devenue passive (tel un média traditionnel) au détriment de son ADN conversationnel. Facebook a cru qu’il suffisait de changer son algorithme pour que les utilisateurs reprennent la parole, mais le scandale Cambrige Analytica est passé par là et le malaise s’annonce bien plus profond. Nous assistons à une véritable crise de confiance qui ne sera résolue qu’en donnant une place plus importante à l’éthique et à la transparence.

Certains articles récemment parus faisant mine de découvrir la situation m’ont fait bondir. La seule conclusion à ce scandale de l’utilisation de nos données se résumerait donc de la façon suivante : Facebook = méchant / Utilisateur = victime. Vraiment ?

Nos égos sont des machines à cash

Laissez-moi apporter une légère nuance à tout ça. Si ces réseaux existent et disposent d’un modèle économique florissant, c’est aussi grâce à nos petits nombrils.

A ses débuts, le web 2.0 était rempli de belles intentions et souhaitait donner à tous le pouvoir de s’exprimer auprès du plus grand nombre. Avec les médias sociaux, nous sommes ainsi tous devenus des médias disposant d’un pouvoir de recommandation sur nos pairs. Soit. Et qu’en avons-nous fait ?

Cela a permis de faire émerger des opinions plus libres, parfois contradictoires d’une parole médiatique uniformisée. Les blogs puis les médias sociaux ont vu leur influence exploser et de belles choses sont nées grâce à cette remise à plat du pouvoir d’expression.

© John Holcroft

Mais le modèle 2.0 a aussi permis d’inventer le selfie que nos amis québécois appellent égoportrait. Nous y voilà, une belle faiblesse humaine capable de générer un max de cash, notre égo. Moi, je. Ma vie est géniale. J’ai le meilleur job du monde (mea-culpa, vous m’avez percé à jour).

Le constat est triste, mais lorsqu’on donne la parole à quelqu’un il a tendance à parler de lui. Et Facebook en tire des bénéfices. Excusez-moi chers amis Facebook, mais personne ne vous a obligé à préciser votre situation amoureuse ou votre lieu de naissance. Personne ne vous a forcé à publier “l’échographie des 3 mois” du petit dernier, pas encore né et déjà numériquement identifié. Personne ne vous force à vous exprimer sur vos opinions politiques ou religieuses.

Chers utilisateurs de Grindr, horrifiés de vous apercevoir que des données aussi sensibles que votre séropositivité avaient été vendues à des entreprises tierces, personne ne vous a forcé à donner cette information pour utiliser l’application. Clairement, la façon dont Grindr fait ici du business n’est pas éthique (pour ne pas dire dégueulasse) mais vous êtes aussi responsables d’avoir laissé un service tiers créer un modèle économique sur ce sujet.

Et maintenant, que fait-on ?

On commence par demander à Facebook de rendre des comptes et d’être plus transparent, ok.

Mais ne devrait-on pas aussi mieux sensibiliser les jeunes générations (dès l’école primaire ou le collège) à l’utilisation du web, des réseaux sociaux et de leurs conséquences ? Certains diront que ce n’est pas à l’école de gérer ça, mais malheureusement nous ne pouvons pas compter uniquement sur les parents pour remplir cette mission. Car les parents sont aujourd’hui les premiers intoxiqués (le mot est lâché) et les enfants sont des éponges qui copient leurs comportements.

Peut-être devrions-nous apprendre à hiérarchiser la sensibilité de nos informations et nous demander contre quoi nous sommes prêts à les livrer à un tiers. Personnellement, je n’ai aucun problème pour faire connaitre mes affinités sportives et de loisirs à Facebook dans le but d’être mieux ciblé. Par contre, donner mon empreinte digitale à Apple contre le simple fait de déverrouiller mon Iphone me paraît cher payé.

Il est temps qu’on prenne tous conscience que pour que notre vie privée reste privée, cela dépend aussi de nous.