Devenir une entreprise innovante

Nous sommes au tout début d’une révolution entrepreneuriale. Dans ce nouveau monde, ce n’est plus le capital ou la connaissance qui prime mais la capacité d’entreprendre et d’innover.

De la difficulté de changer sa culture

Depuis peu, les 5 sociétés les mieux capitalisées en bourses sont toutes “technologiques”. Mais, plus que technologiques, elles sont déjà à l’ère de l’innovation, de l’entrepreneuriat et de la prise de risques.

Comme le dit Reed Hastings, CEO de Netflix, les entreprises meurent de ne pas agir assez vite, rarement d’avoir été trop rapide.

Companies rarely die from moving too fast, and they frequently die from moving too slowly.
Reed Hastings

En 2011, Netflix a changé son business model de loueur de DVD à plateforme de vidéo en ligne. Il s’en est suivis une hémorragie de clients et un cours de bourse divisé par quatre. En 2016, le cours de bourse est sur ses plus hauts, il y a quatre fois plus de clients, la société envahit 130 nouveaux pays et consomme plus d’un tiers du trafique internet d’Amérique du nord. A présent, Netflix opère un nouveau pivot vers la création de contenu. Il n’y a pas de repos.

En France, Canal+ se meurt de ne pas avoir bougé. La solution de relance de Vincent Bolloré? Réduire les coûts et de mettre le Grand Journal en crypté. Netflix envisagerait sans doutes des réactions plus significatives, la culture étant tout autre.

Faire évoluer sa culture d’entreprise

Une entreprise “classique” peut-elle devenir aussi entrepreneuriale que Netflix et consort? Netflix a présenté sa méthode dans un deck célèbre de 124 slides. Mais une recette ne suffit pas.

On ne change pas sa culture du jour au lendemain et une culture basée sur l’excellence opérationnelle aura beaucoup de mal à intégrer la destruction créatrice. Le changement passe par les éléments à la mentalité la plus entrepreneuriale dans l’entreprise : les intrapreneurs. L’entreprise devra leur donner les moyens d’influencer de plus en plus de monde dans l’entreprise afin d’atteindre une culture entrepreneuriale au niveau de l’entreprise. C’est une aventure de longue durée car la résistance au changement est forte et l’on peut revenir à tout moment à l’entreprise “classique” s’il n’y a pas eu de cristalisation.

Comme j’ai déjà parlé de l’intraprenariat dans un précédent article, concentrons-nous sur l’externalisation dans ce billet.

Externaliser l’innovation

Plutôt que de mener la révolution (ou une évolution sur 10 ans) en interne, externaliser permet de réduire le risque sur le reste de l’entreprise. C’est une solution à faible risque pour démarrer.

Yann Klis nous a fait un pitch lors de la 10e Démo Night sur Comment favoriser l’innovation en tissant des liens avec l’écosystème startup. Voici ma vision. J’y vois trois méthodes : le partenariat, le corporate venture et la spin-off.

Méthode 1 : le partenariat

La première idée est de mettre en place des partenariats avec des startups qui ont des idées proches du cœur de métier de l’entreprise ou sont utile à son exécution.

J’y vois trois modèles: la co-construction, la sous-traitance et la sur-traitance.

La co-construction consiste à créer un nouveau produit ou service dérivé de celui de la startup mais avec l’ajout d’éléments spécifiques de l’entreprise. Par exemple, Rêve aux lettres/Epopia pourrait faire un partenariat avec Walt Disney pour réutiliser Mickey dans ses histoires. De tout ce que j’ai vu et entendu sur la place, cette méthode ne fonctionne que très rarement. Le rapport au temps et l’importance du projet n’est pas la même pour les deux acteurs. Ainsi, le partenariat risque de tuer la startup avant de porter ses fruits. Une startup n’a pas les ressources pour que le partenariat soit une diversification, elle s’y met donc à fond ce qui la met à risque. On voit poindre des expertises internes dans les grand groupes pour mieux gérer ces partenariats, ce qui pourrait changer la donne.

La sous-traitance utilise la startup pour améliorer une partie de la chaîne de valeur de l’entreprise. Les startups ayant des compétences pointues dans certains domaines, cela peut-être tout à fait pertinent pour l’entreprise de devenir plus que client pour mieux intégrer les compétences de la startup dans sa chaîne métier. Dans ce cas, la startup risque se focaliser à résoudre le problème de l’entreprise et plus celui de son marché. Elle va donc réduire son risque en tissant des liens étroits avec un client profitable mais perdre l’espoir de l’hyper-croissance par perte de généricité. De startup on passe à société de conseil. Pour autant, cela peut n’être que transitoire pour apprendre sur un client et ensuite généraliser à nouveau au marché dans son ensemble.

Enfin, la sur-traitance se définit comme la mise à disposition de la startup de ressources de l’entreprise. Par exemple, une clinique peut mettre à la disposition des données médicales anonymisées pour que celle-ci développe un algorithme d’optimisation médicale. En cas de succès, la clinique touchera des royalities. Un autre exemple est la mise à disposition d’un réseau de distribution. Dans la sur-traitance, l’entreprises et la startup peuvent avoir des objectifs et des vitesses différentes sans se gêner ce qui en fait une voie pertinente mais peu utilisée à ce jour.

Pratiquement toutes les startups que je rencontre ont un ou plusieurs partenariats et le mettent en avant. Pour autant, les espoirs sont souvent déçus. Je pense que la co-construction est plus propice aux PME qu’aux ETI/GE (c’est qu’on voit plus dans les lauréats Tango & Scan). Inversement, la sur-traitance a un énorme potentiel pour débloquer les richesses dormantes dans les ETI/GE. L’investissement et le risque sont minimaux avec un retour sur investissement potentiellement très fort. Il faut effectuer un travail de mise en lumière de ces ressources cachées et trouver quelle startup locale pourra en extraire de la richesse.

Méthode 2 : le corporate venture

Le corporate venture regroupe les investissements financiers (stratégiques ou non) des entreprises dans les startups. Cela peut-être une solidification d’un partenariat ou bien une prise d’optionnalité d’une entreprise dans un domaine éloigné de son métier (voire en concurrence).

Le corporate venture est un terreau encore peu exploité en Alsace. Le seul exemple que je connaisse est l’agence Novembre qui a investi dans la startup d’e-commerce 3D HapticMedia. De tous les dossiers que j’ai pu regarder chez Alsace Business Angels, seul un nombre marginal ont trouvé des fonds chez des entreprises.

C’est une solution de financement qui reste donc à développer sur notre territoire. La problématique est de faire le lien entre les entreprises et les startups qui peuvent leur correspondre.

Méthode 3: la spin-off

Dernière méthode d’externalisation, créer une startup à partir de ressources internes. Il s’agit d’un regroupement de salariés aux compétences complémentaires qui cherchent à générer de la valeur en sur-traitance des actifs de l’entreprises. Par exemple, créer une couche applicative qui augmente la valeur d’un produit de l’entreprise.

Pour réussir, il faut sortir les fondateurs du cadre du salariat de grande entreprise pour les mettre sous pression. Un salaire réduit ou un investissement personnel en contrepartie d’une espérance de plus-values importantes s’ils arrivent à créer de la richesse. In fine, lorsque la startup a son business model et un chiffre d’affaires significatif, elle retourne dans le giron de l’entreprise qui est plus à même d’optimiser le business.

Pour les salariés-fondateurs, il s’agit de vivre l’expérience entrepreneuriale avec moins de risque mais aussi une espérance de gain plus faible (toutefois significatif).

La réussite d’une spin-off qui se veut startup c’est d’incorporer très vite le mode de fonctionnement startup, l’écosystème local et de compléter l’équipe par des compétences spécifiques startup (growth hacking par exemple).

Au travail !

On le voit, il existe au moins trois méthodes pour incorporer de l’innovation de l’écosystème startup dans son entreprise : le partenariat, le corporate venture et la spin-off. Pour chacune de ces solutions, un accompagnement peut être nécessaire. N’hésitez pas à me contacter pour discuter de ce sujet et inscrivez-vous à la newsletter sur l’innovation en entreprise.