La révolution entrepreneuriale

Nous sommes en plein milieu de la transition numérique et de la 3e révolution industrielle. L’informatique est devenue omniprésente. Microsoft détient Yammer et LinkedIn, signe que les réseaux sociaux commencent à s’inviter dans les entreprises pour en booster la productivité. La robotisation avance aussi avec Tesla et Amazon en pointe.

Chez Telsa et Amazon, le travail automatisable est automatisé.

Pour autant, quand on recherche les gains de productivité de ces révolutions en cours, le résultat n’est pas si probant. Cette révolution est-elle si spectaculaire qu’on espère? Est-ce que le vrai impact reste encore à venir? Pour le Time, nous n’avons pas encore développé les bons outils technologiques :

What we need are new tools and training to make the work that we do count more. That will ultimately require technologies that take us far beyond online taxi ordering, food delivery and the latest gaming app.
Rana Foroohar — Time

Mais est-ce vraiment de technologie dont nous avons besoin?

Invention technologique vs invention sociale

Une autre vision est de s’intéresser moins à l’aspect technologique de cette révolution numérique mais plus aux inventions sociales qui vont permettre de gagner en productivité. Le terme “révolution entrepreneuriale” commence à être utilisé (ici et par exemple) mais reste bien moins visible que le côté technologique, forcément plus sexy.

Si la révolution technologique est bien entamée, la révolution sociale en est encore aux balbutiements.

Surtout, la vision de cette révolution entrepreneuriale reste très axée sur l’idéal startups ou sur un palliatif à l’absence d’emploi salarié en quantité suffisante comme le met en avant le Medef :

Face aux blocages de toutes sortes, l’entrepreneuriat est un moyen de créer sa place, de faire tomber les barrières, de créer son propre emploi et de s’intégrer. Il est temps de lancer l’entrepreneuriat pour tous !
Thibault Lanxade, vice-président du Medef en charge des TPE-PME

Au-delà des startuppers et des chômeurs, l’entrepreneuriat n’est pas un sujet significatif sur la structure sociale de notre pays. On parle bien un peu d’intrapreneriat, mais cela reste très marginal. Nicolas Colin en appelle pourtant à un New Deal.

La 4e révolution économique

Dans son livre sur la 4e révolution économique, Ron Davison découpe les 700 dernières années en 4 ères, chacune étant dédié au franchissement d’une limite. La première était la terre dont le droit de propriété et l’exploration ont permis l’essor du commerce et la révolution agricole. La révolution industrielle a, elle, nécessité des évolutions financières pour concentrer le capital et permettre la construction des chemins de fers et des usines. L’ère de l’information a nécessité la mise en place d’un système éducatif ce qui a permis l’avènement des grandes entreprises.

Synthèse des 4 ères économiques par Ron Davison

Ces grandes entreprises ont permis d’accroître la productivité grâce aux économies d’échelles liées à la production et la distribution de masse. Cela a donné naissance aux managers professionnels dont le métier est de gérer et de superviser les entreprises devenues des systèmes complexes. Comme l’indique Chandler, la main invisible du marché a été remplacée par la main visible du manager.

Cette professionnalisation a aussi eu pour conséquence une séparation de plus en plus forte entre les propriétaires de l’entreprise et ceux qui les dirigent. Les cadres sont, en effet, tentés de maximiser leur intérêt aux dépends de celui de l’entreprise (Jensen et Meckling). En cherchant à aligner l’intérêt des cadres et celui de l’entreprise, on entrevoit, là, un premier réservoir de productivité.

Pour les non-managers, l’Organisation Scientifique du Travail de Taylor s’est chargée de les brider en subdivisant à un tel point le travail de chacun qu’il en résulte une perte de sens. L’employé devient un simple rouage dans un système complexe qui doit suivre les process au lieu de penser. Utiliser la créativité des employés est là un deuxième réservoir de productivité.

Metropolis de Fritz Lang

Les entreprises actuelles sont donc limitées dans l’utilisation qu’elles font de leurs employés. Bonne nouvelle, le numérique est l’outil qui va permettre de dépasser ces limites et permettre la révolution entrepreneuriale.

L’entreprise 2.0

Dans le nouveau modèle qui est en train de venir, l’objectif de l’entreprise n’est plus de coordonner une production et une distribution de masse mais de permettre à ses employés de créer de la richesse.

The purpose of an organization is to enable ordinary human beings to
do extraordinary things.
Peter Drucker

En effet, avec l’automatisation de plus en plus poussée et la numérisation de la relation, il n’y a plus besoin d’humain pour suivre les process aveuglément, la machine fait cela très bien. Il n’y a moins besoin d’ouvrier à la chaîne pour visser des boulons et de gestionnaire pour vérifier des dossiers, les saisir dans l’ERP et envoyer des courriers.

En revanche, il est nécessaire de permettre aux salariés d’améliorer continuellement les performances de l’entreprise. Cela n’a rien d’innovant, le toyotisme l’ayant déjà formalisé avec l’improvement kata, où les équipes autonomes ont la responsabilité et les moyens de pratiquer l’amélioration continue. Le succès de l’industrie automobile japonaise sur ses concurrents américains démontre l’intérêt de mettre ses salariés en situation d’entrepreneurs.

De plus, il n’a jamais été aussi simple d’envahir un pan de l’économie qui n’innove pas assez. Tesla n’existe que depuis 2008 mais représente déjà une valeur d’entreprise supérieure à Renault ou Peugeot. Une bonne part de la richesse de Tesla réside dans sa capacité à résoudre des problèmes plus vite que ses concurrents grâce à sa force de travail plus créative et entreprenante. Ce risque d’être Uberisé devrait pousser les entreprises à réagir (ou mourir).

Une entreprise de culture entrepreneuriale a aussi une capacité à créer du nouveau business plus rapidement qu’une entreprise traditionnelle où la stratégie fait l’objet de planification sur 5 ans. Gmail, Google Maps et AdSense, par exemple, ont été initiés durant les journées libres que Google offre à ses ingénieurs. Ce sont à présent des éléments essentiels du business de Google. Chez Amazon, Amazon Web Service est à présent plus rentable que l’activité commerçante.

En outre, les startups rémunèrent leurs équipes en capital ce qui induit un alignement sur la performance de l’entreprise. Cela a un impact direct sur la motivation des équipes car elles récoltent le fruit de leur travail. Comme l’indique Amazon, l’avantage concurrentiel d’une entreprise se trouve dans ses employés et leur motivation :

We will continue to focus on hiring and retaining versatile and talented employees, and continue to weight their compensation to stock options rather than cash. We know our success will be largely affected by our ability to attract and retain a motivated employee base, each of whom must think like, and therefore must actually be, an owner.
Jeff Bezos — Shareholders letter 1997

Dans cette course entrepreneuriale, certaines entreprises prennent de l’avance. Le mois prochain, Strasbourg accueille le second Hacking Industry Camp, “événement destiné à bousculer les idées et à faire émerger de nouveaux projets”. On peut se féliciter de la participation importante d’entreprises locales qui innovent dans ce domaine.

La révolution entrepreneuriale ne fait que commencer mais sera plus axée sur l’humain que sur la technologie. Il s’agit d’améliorer l’alignement entre les salariés et leur entreprise et de libérer leur créativité.

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