Cold Blood de Jaco Van Dormael et Michèle Anne De Mey

L’inquiétude nait dans le noir, dans l’absence de geste, comme la peur d’un enfant qui n’a aucune main à saisir. Comprendre la peau, murmurer ses peurs et ses angoisses, attendre que la lumière se taise. Respirer, fermer les yeux, et les ouvrir à nouveau. Un silence avant les mots qui rassurent au cœur du brouillard, à travers les forêts et les villes. Cold Blood nous apprend à reconnaitre et à apprivoiser les signes et nous montre qu’il n’y a plus aucune mort solitaire. Un jeu de mains qui comble les trous de tristesse, une paisible promenade , entre sensations et émotions, comme un faisceau de lumière dans la nuit qui s’allume par hasard avant de nous bouleverser.

Jaco Van Dormael s’installe sur scène et réalise un film devant nos yeux. Il réveille les caméras et laisse s’envoler le spectateur au-dessus de son siège, au-dessus de son propre corps. Il repousse à nouveau les limites du théâtre pour créer une nouvelle forme d’émotion simple, sincère et authentique. Michèle Anne De Mey s’impose à nouveau comme une magicienne de la danse. Ses doigts deviennent les personnages d’un rêve éveillé pour évoquer des sentiments que nous connaissons à peine. Thomas Gunzig accompagne les caresses et les gestes avec ses mots, il nous parle de la mort pour un peu mieux parler de la vie. Là où nous espérons des ailes, ils nous offrent des mains. Là où nous espérons des larmes, ils nous offrent des rires. Là où nous espérons la mélancolie, ils nous offrent en plus le sublime.

Au bord de la scène, une vieille dame. Son regard se perd dans le ciel. Elle pense peut-être à la petite fille qui sommeille, à l’amour passé, à la guerre atroce, au temps qui passe. Et au bout du chemin, la mort, légère et muette. Ses yeux brillent, elle n’éprouve plus la même sensation quand elle touche sa main. Elle ferme les yeux, elle écoute, elle esquisse un sourire, son cœur d’enfant se réveille, se remplis de couleurs, et s’apaise. Comme elle, nous ne sortons pas indemne de cette expérience à vivre debout. Comme elle, une fois que la nuit du monde réel se couche sur nous, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. Et si nous restons perchés la haut, dans les astres, en orbite autour de notre vie, c’est pour un peu mieux admirer avec légèreté la beauté de tout le temps qui reste.

Cold Blood de Jaco Van Dormael et Michèle Anne De Mey. Texte de Thomas Gunzig. Avec Jaco Van Dormael, Michèle Anne De Mey, Grégory Grosjean, Gabriella Iacono, Julien Lambert, Pierre de Wurstemberger, Ivan Fox, Stefano Serra, Nicolas Olivier, Bruno Olivier et Giacinto Caponio.

Au Théâtre de Liège du 17/11 au 19/11.

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