Les liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos

Photo: Brigitte Enguerand

Cécile de Volanges quitte son couvent pour épouser le comte de Gercourt. La Marquise de Merteuil connait la force et le pouvoir des sentiments et décide d’en jouer pour se venger d’une infidélité que lui a faite autrefois Gercourt. Le Vicomte de Valmont hante les salons afin d’y séduire les femmes. Il entre dans l’arène, au service de la marquise, pour pervertir Cécile avant ses noces. La véritable conquête de Valmont, c’est la Présidente de Tourvel qui se refuse à lui. Et quand l’amour isole, seule la guerre rassemble.

Lâcher la proie pour l’ombre, c’est préférer la vengeance à la passion, c’est détruire ses propres illusions amoureuses, c’est se déchirer et faire de l’amour un champ de bataille. Dans Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, le Vicomte de Valmont et la Marquise de Merteuil se confrontent comme deux fauves au coeur d’une arène. Un jeu animal, une mise à mort cruelle, pour tout s’autoriser dans une liberté sauvage et absolue. Dominique Blanc et Vincent Pérez interprétent un couple féroce et moderne dans une société où le désir et la manipulation deviennent des armes de destruction massive.

Photo: Brigitte Enguerand

La séduction, l’approche, la consomation, la rupture, et enfin la chute. Dominique Blanc incarne une Marquise de Merteuil sombre et moderne, une femme forteresse aux fondations fragiles, aussi sensuelle que cruelle. Elle examine la situation, élabore des plans et des stratégies pour arriver à ses fins. Elle revisite le rôle de cette femme froide et diabolique, blessée par les hommes. Sa maîtrise de la langue n’a d’égal que son jeu d’actrice, sublime et juste. Vincent Pérez incarne un véritable acrobate du sexe, un écorché vif qui se met en scène et raconte ses exploits. Une gestuelle poétique, une répartie aérienne et une interprétation impitoyable comme des crocs plantés dans la croupe d’un animal sans défences. Fanny Blondeau saisi le rôle de Cécile de Volanges avec une naiveté presque indécente. Manuel Garcie-Kilian incarne un Danceny incapable de maîtriser son destin, avec des nuances remarquables dans le jeu et la voix.

Christine Letailleur signe avec élégance une pièce féminine qui prend aux tripes, un hymne à la manipulation, une histoire d’amour amère et sadique. Six femmes prennent la parole et incarnent des générations différentes. Chaque entrée en scène est une apparition, chaque scène est une façon d’aimer complexe et destructrice. Elle révèle au public l’étonnante modernité du texte, elle lui procure un rythme presque meurtrier et démontre à quel point notre société se base encore et toujours sur la manipulation de l’autre, où il faut consommer le plus possible et le plus vite possible. Elle transforme la femme en soldat amoureux victime des rivalités destructrices au coeur de la grande guerre des sexes et montre, sans jamais reculer d’un pas, que l’amour de facade est déjà une preuve d’amour. Rien n’est triste jusqu’à la fin. Et soudain, tout le devient.

Les Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos. Adaptation et mise en scène de Christine Letailleur. Avec Dominique Blanc, Vincent Perez, Fanny Blondeau, Stéphanie Cosserat, Julie Duchaussoy, Manuel Garcie-Kilian, Guy Prévost, Karen Rencurel, Richard Sammut et Véronique Willemaers.

Au Théâtre de Liège jusqu’au 27 décembre.

Au Théâtre National de Strasbourg du 6 au 16 janvier.

Au Théâtre de Sète du 20 au 22 janvier.

Les Quinconces du 27 au 29 janvier.

Au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines du 11 au 13 février.

A l’Apostrophe du 17 au 19 février.

Au Théâtre de la Ville du 2 au 18 mars.

Au Théâtre National de Nice du 23 au 25 mars.

Au Théâtre de Cornouaille du 29 au 31 mars.

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