No body else de Dominique Serron


Une femme entre la vie et la mort. Un cœur touché par une arme muette. Elle est convaincue d’être attendue par quelqu’un. Elle entend des voix, et parfois, quelqu’un s’inquiète pour elle. Marilyn Monroe vit des drames intimes aux yeux de tous. Dehors, l’air et la lumière l’agressent. Elle est une marionnette sans fil. Sur sa peau coule son manque d’amour, ses angoisses, son histoire. Seule au cœur du brouillard, elle nous raconte son chaos intérieur comme le récit d’une femme heurtée par la vie, prise en flagrant délit de fragilité.

Photo: Lydie Nesvadba

No body else ne nous raconte pas tout à fait l’histoire de l’actrice. Nous ne sommes pas dans sa chambre ni sur un plateau de tournage. Un décor brut, des détails solides. La structure est à vif comme la femme qui se dresse devant nous. France Bastoen est une biche prise dans les phares d’une voiture. Elle nous livre un jeu intime et nous emmène sur les traces d’un joli petit animal qui n’a pas peur de traverser la route, au risque de se faire heurter. Elle apprivoise notre regard, elle attise notre désir. Elle se transforme, elle laisse fleurir les mots pour un peu mieux chanter sa souffrance. Elle se révèle une fois de plus comme une comédienne subtile et sensuelle. Elle nous assaille d’émotions et nous montre sans recours possible comment se construit l’actrice pour mieux cacher ce qu’elle éprouve.

Photo: Lydie Nesvadba

Dominique Serron nous livre un instant de poésie, elle joue avec les limites de l’acteur et nous donne le vertige. Tout le mystère de cette pièce réside dans le manque. L’amour ne se discute pas. Tout le monde sait ça. Il peut nuire et attiser le mystère, détruire et engendrer la colère. De temps en temps, il peut même rendre fou. Un texte sensible et fort, à l’image de Norma Jeane Baker, retrouvée sans vie à son domicile le 5 août 1962. Sans personne d’autre. Un simple mythe laissé derrière elle, pour célébrer la femme dans toute sa lumière.

Photo: Lydie Nesvadba

No body else de Dominique Serron. Avec France Bastoen et Vincent Huertas. Une production de L’Infini Théâtre.

Au Théâtre des Martyrs jusqu’au 29/05.

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