Digital Art History: une tentative de définition

Initialement publié dans la lettre d’info du blog joconde

Lors de la dernière journée professionnelle organisée par le Ministère le 22 septembre, la notion de Digital Art History est revenue plusieurs fois sur les lèvres des intervenants[1].

Cette notion anglo-saxone, pour laquelle la traduction littérale n’est pas sans entraîner certaines confusions, est à la fois au centre d’une actualité riche et d’un attrait croisant dans la communauté scientifique — bien qu’une histoire déjà longue puisse se dessiner, dès les années 70 — tout en s’inscrivant dans un éco-système plus vaste, celui des Digital Humanities.

Par ce terme, de Digital Art History, nous entendrons ici, non pas l’histoire de l’art numérique en tant que genre artistique utilisant les spécificités du langage numérique datant du début des années 1960, mais plutôt des pratiques numériques — nous essaierons de les définir par la suite — mises en œuvre dans la recherche en histoire de l’art. Le rapport fondateur de Diane M. Zorich[2] réalisé en 2012 pour la Fondation Kress, puis les différents articles de Johanna Drucker[3] et de Pamela Fletcher[4] ont permis d’établir des approches complémentaires en réalisant notamment une distinction entre la Digitizing Art History et la Computational Art History. La première notion semble plus facilement acquise, celle-ci désigne l’accès aux contenus numériques et leurs utilisations par les chercheurs (dépôts de texte, numérisation HD, catalogues, base de données, etc.). Cet élan est loin d’être nouveau, rappelons notamment les appels aux partages des données et des fonds iconographiques dans les préfaces de Jacques Tuilliers dès 1983[5], ou encore l’effort de mise en ligne de bases nationales (Joconde, Merimée, etc.) dans les années 90, etc. Cependant, ces accès aux ressources ne cessent de s’accroître, à la fois grâce aux technologies de numérisation mais également à une meilleure exploitation à terme des métadonnées, sans oublier la question des interfaces, sont de véritables challenges pour les institutions culturelles. Au-delà, ou plutôt grâce à cet accroissement des ressources, de nouveaux champs de recherches apparaissent, favorisant l’interdisciplinarité en engageant un dialogue étroit avec les sciences de l’informatique — que l’on peut, par commodité, dénommer Computational Art History — permettant d’analyser et d’interpréter les “matériaux historiques et artistiques” grâce à de nouvelles méthodes de traitement. On distingue ainsi généralement quatre grands piliers de ces nouvelles analyses “computationnelles”, à savoir l’analyse d’image, l’analyse textuelle, l’analyse de réseaux et enfin l’analyse spatiale. Au travers ces méthodologies — impliquant des compétences à la fois en histoire de l’art mais également en algorithmie, en visualisation et en ingénierie des connaissances — de nouvelles questions peuvent être posées. A titre d’exemple, on peut noter le travail de Matthew Lincoln consistant à la réalisation de réseaux autour de la gravure à partir des données du Rijkmuseum et du BritishMuseum [6] ou encore Digital Archive Cranach, programme de recherche collaboratif interdisciplinaire, offrant un accès à l’art, l’information technique et la conservation historique sur les peintures de Lucas Cranach (c.1472–1553), ses fils et son atelier.

Pour discuter (en partie) de ces questions, une journée d’étude a été organisée par l’INHA le 14 juin 2014, avec notamment le présence du GRI (Getty Research Institute) et une table-ronde de jeunes chercheurs en histoire de l’art, engagés dans la Digital Art History. L’ensemble de la journée a été capté et est disponible sur la chaine youtube de l’institution.[8].


[1] L’ensemble des supports de présentation sont consultable à l’adresse suivante http://www.culture.gouv.fr/documentation/joconde/fr/partenaires/AIDEMUSEES/journee_BDNC_2015/journee-pres.htm (consulté le 11 décembre 2015)

[2] Diane M. Zorich, Transitioning to a Digital Worl. Art History, its Research Centers ans Digital Scholarship, 2012, http://www.kressfoundation.org/research/transitioning_to_a_digital_world/ (consulté le 11 décembre 2015)

[3] Johanna Drucker, Is There a “Digital” Art History ? Visual Resources, Vol. 29, Iss. 1–2, 2013. http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/01973762.2013.761106 (consulté le 11 décembre 2015)

[4] Pamela Flectcher, Reflections on DIgitial Art History, Re-Views: Fields Editor’s Reflections, caa.reviews, 2015. CrossRef DOI: 10.3202/caa.reviews.2015.73 (consulté le 11 décembre 2015)

[5] Jacques Thuillier, Éditorial (sans titre), H.A.M.I, n°1, 15 novembre 1983. Archives 051, 147–151, Bibliothèque de l’INHA, http://www.purl.org/inha/agorha/005/19726

[6] Matthew Lincol, Modeling the (Inter)national Printmarking Networks of Early Modern Europe, 2015. http://goo.gl/FdwxCC (consulté le 12 décembre 2015)

[7] http://www.lucascranach.org/

[8] https://goo.gl/FhwyJQ

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.