Face à “Marine”, la Mer vote Macron !

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Malgré tous les efforts des forces vives du maritime, bien trop peu a été dit sur la mer durant cette campagne.

En tant que Présidente du bureau du Conseil National de la Mer et des Littoraux, j’ai publié fin mars pas moins de 61 propositions pour l’économie bleue. De nombreux autres organismes et personnalités se sont mobilisés, dont Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster Maritime Français et vice-président du bureau du CNML, ou encore Armateurs de France.

Le 30 mars, l’association Océanides a même présenté la première étude scientifique internationale jamais réalisée sur la façon dont la mer a façonné l‘Humanité depuis l’Antiquité. Un résultat de 5 ans de travail qui aura mobilisé près de 300 chercheurs. En vain.

Pourtant, la mer en France c’est 11,6 millions de km2 d’espaces répartis aux quatre coins de la planète. C’est une présence dans tous les océans du monde, de par nos outremers et notre Marine Nationale.

La mer fait vivre des millions de français ! 300 000 emplois directs, près de 500 000 emplois indirects, des leaders mondiaux dans le transport, la construction navale, le nautisme, l’énergie, les biotechnologies, le renouvelable, le tourisme, la sûreté, les câbles sous-marins ou encore l’algoculture… La mer c’est un apport à la richesse nationale de plus de 72 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel.

Collectivement, la France maritime n’est pas parvenue à attirer l’attention des médias généralistes, ni celle du grand public, ni même celle de la plupart des candidats. On n’a jamais si peu parlé de la mer qu’en 2017.


LE PEN POUR LA FORME

Et finalement, alors que la France maritime n’y croyait plus, la Mer aura été enfin abordée en cet entre-deux-tours !

Faisant suite au happening de Whirlpool, la sortie en mer de la candidate du Front National jeudi dernier a surpris les commentateurs au point de les inciter à porter une courte attention aux questions maritimes.

Toutefois, ceux-ci ont raté l’essentiel : l’épisode du Grau-Du-Roi fut grandement révélateur de la place que Mme. Le Pen donne à la Mer. Vite fait, mal fait. Peu de fond, que de la forme !

On a vu la beauté de la grande bleue, le côté politiquement insolite de l’exercice et le ciré des protagonistes. Mais on n’a parlé ni des « engagements », ni des chiffres, ni des enjeux.

C’est sans doute ce que la candidate du FN souhaitait : peu d’idées, que de l’image. Peut-être pour cacher une non-politique maritime aux effets dévastateurs ?


RETOUR AU PRINCIPE DE RÉALITÉ

Au Grau-Du-Roi, Mme Le Pen n’a fait que survoler un problème du secteur de la pêche, à la va-vite sur un quai.

Mais, quid de la protection sociale des marins ? Quid des enjeux de la surpêche ? Quid de la protection des océans face aux continents de plastique ? Quid des conséquences stratégiques et environnementales de la fonte de l’Arctique ? Et surtout, que deviendra notre pêche si nous sortons de l’Union Européenne ? Il faut ramener la candidate FN au principe de réalité !

Oui, qu’adviendra-t-il de nos pêcheurs et de leurs familles lorsque l’accès aux eaux historiques de pêche dans les autres pays européens leur sera fermé ?

Qu’adviendra-t-il de nos savoir-faire maritimes lorsque les investisseurs se détourneront d’une France devenue instable, imprévisible et ingouvernable ?

Qu’adviendra-t-il de nos entreprises lorsque nos meilleurs ingénieurs maritimes iront se réfugier chez nos concurrents étrangers ?

Qu’adviendra-t-il de nos chercheurs, biologistes marins et océanographes, lorsqu’ils seront exclus des programmes de recherche européens ?

Qu’adviendra-t-il de nos fleurons maritimes et de nos chantiers navals lorsque nous aurons perdu notre leadership dans la politique maritime de l’Union Européenne ?

La mer est l’un des secteurs économiques les plus dépendants du commerce international. Alors, qu’adviendra-t-il de nos jeunes de métropole et surtout de nos outremers lorsque l’immense potentiel du secteur maritime français aura été liquidé par une politique protectionniste qui va à l’encontre des pratiques du secteur ?

Qu’adviendra-t-il de ma terre, Saint-Pierre et Miquelon, si dépendante aux aides de l’Union, lorsque nous serons contraints de dire adieu au projet européen ?

Tout cela, Mme Le Pen ne l’évoque jamais.


VOTER MACRON POUR SAUVER LA MER

Bretonne, la candidate du FN se veut « marine ». Elle pose à la barre dans ses documents de propagande. Pourtant, lorsqu’on gratte le vernis, on voit qu’elle propose une politique qui va exactement à l’encontre des intérêts et des pratiques de notre économie de la mer.

Dernière preuve que toute cette imagerie « marine » n’est qu’une posture : Mme Le Pen a complètement oublié la mer et les outre-mer durant le débat télévisé d’entre-deux-tours. Elle se sert de la mer mais ne compte pas la servir.

Paradoxalement, c’est bien le candidat des terres, le candidat d’En Marche, un amiénois, qui a le mieux compris ce que la France maritime valait, et ce qu’elle voulait.

Les français attendent un nouveau récit national conquérant et, surtout, positif. Emmanuel Macron a bien compris que la Mer pouvait y jouer un rôle. La France est le seul continuum terres-mers-outremers d’échelle mondiale, avec ses littoraux comme interfaces entre tous ces espaces interconnectés.

L’enjeu maritime du prochain quinquennat est de penser la mer de manière systémique : une vision large et inclusive des enjeux en mer, en outre-mer et sur les littoraux, un Archipel France. Abandonner la pensée en silos, M. Macron en a fait le cœur de son projet pour la France maritime et je lui donne plus que raison.

Pour faire exprimer tout le potentiel maritime de notre pays, il nous faudra être précis, convaincants, innovants, mais surtout soudés. Etat, diplomatie, collectivités, associations, entreprises, travailleurs, syndicats, capitaux-risqueurs : tous mobilisés, tous solidaires !

Le Cardinal de Richelieu, si cher à Mme Le Pen, disait il y a 5 siècles : « les larmes des souverains ont le goût salé de la mer qu’ils ont ignorée ».

Nul doute que le 7 Mai, le Cardinal choisira, comme la France maritime, comme moi, de voter Emmanuel Macron !