Facebook et les créateurs: paie pour exister

Stéphane Gallay
3 min readOct 19, 2018

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Il semble que pas mal de gens sont en train de se rendre compte que leurs intérêts et ceux de Facebook divergent quelque peu. Parmi ces gens, beaucoup de créateurs qui s’aperçoivent que, même s’ils ont des dizaines de milliers d’abonnés à leur page, seuls quelques milliers d’entre eux recevront une nouvelle publication sur leur fil d’info. Pour en toucher plus, il faut payer.

Le fil d’actu est régi par un algorithme (c’est-à-dire les décisions de quelqu’un d’autre) qui, en gros, ne fait apparaître qu’un nombre “raisonnable” de toutes les publications des contacts de l’utilisateur (amis, groupes, pages suivies et autres). Les critères sont bien entendu opaques, il y a parmi ces publication des pubs, etc.

En théorie, ce n’est pas idiot: dès qu’on commence à atteindre un certain nombre “d’amis” (j’en ai pas moins de mille), de pages et de groupes, la quantité de publications est hallucinante. Avoir en priorité des informations plutôt que d’autres fait sens.

Sauf qu’il y a deux problèmes: d’une part, cela signifie qu’un créateur ne peut pas partir du principe que toutes les personnes potentiellement intéressées — par exemple, abonnées à la page du créateur — seront touchées par une nouvelle publication. Ou alors, il faut payer Facebook.

D’autre part, la prioritisation est le fait de l’algorithme — donc de la décision de quelqu’un d’autre. Et, par “quelqu’un d’autre” il faut comprendre “pas soi”. Un utilisateur n’a aucun moyen d’être assuré de recevoir toutes les publications d’une page donnée. Bien sûr, il peut aller sur la page en question, mais c’est un peu tout. Bien évidemment, Facebook n’a pas de flux RSS.

Le but de ce billet — rédigé après une série d’échanges sur Twitter avec plusieurs auteurs et sous l’influence d’une crève tenace — n’a pas pour but de dire que Facebook, c’est tous des méchants-euh! Facebook est une corporation et, comme toutes les corporations, son but premier est la satisfaction de ses actionnaires; la satisfaction de l’utilisateur est, au mieux, un but secondaire (et au pire un effet secondaire heureux).

Ce que je veux dire par là, c’est qu’il vaut mieux être au courant de comment fonctionnent les outils que l’on utilise. Facebook est un outil, ce n’est pas votre ami. Et cela vaut pour les créateurs comme pour les utilisateurs.

Pour les créateurs, je dirais que la leçon, c’est de ne pas utiliser Facebook — ou les réseaux sociaux, de façon générale — comme plateforme principale pour la communication et pour la promotion. Un bon vieux blog, ça a du bon: c’est raisonnablement stable, c’est pérenne (on garde des archives), c’est potentiellement “portable” (on peut transférer le contenu d’une plateforme à l’autre) et on peut partager les articles avec les réseaux sociaux.

Je recommanderais également de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et d’avoir une activité sur plus d’une plateforme. C’est aussi le bon moment pour explorer d’autres plateformes de réseaux sociaux, potentiellement plus respectueuses des utilisateurs (Mastodon et Diaspora, par exemple). C’est plus de boulot, certes, mais c’est probablement plus sain à long terme.

Pour les utilisateurs, il faut comprendre que Facebook n’affiche pas tout. Et que, notamment, si vous voulez avoir des informations fraîches sur vos créateurs préférés, mieux vaut aller voir directement sur leur page plutôt qu’attendre passivement qu’elles apparaissent sur votre fil d’info. Et oui, là aussi, ça implique plus de boulot. On ne vous avait pas dit qu’il fallait bosser pour être un vrai fan?

Ah, et méfiez-vous quand Facebook vous dit un truc — par exemple, que la vidéo est le média qui fonctionne le mieux au niveau promo. Parce que des fois, Facebook dit juste n’importe quoi. Mais il n’est pas méchant, c’est juste sa nature.

(Image: Esther Vargas via Flickr, sous licence Creative Commons, partage dans les mêmes conditions (CC-BY-SA)

Originally published at Blog à part.

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Stéphane Gallay

Quinqua rôliste suisse (mais de peu). Je parle de prog rock, de metal, de post-rock (albums et live-reports). Je lis de la SF et j'en écris aussi.