Pourquoi j’ai quitté un CDI à la Défense pour devenir volontaire au Cameroun

Après une expérience réussie dans un cabinet de conseil parisien, j’ai décidé de tout quitter pour partir en volontariat au Cameroun.

Simon Olivier
Sep 5, 2018 · 5 min read
Sangmélima | Paris

Dans cet article, vous découvrirez :
- La voie des non-choix de l’excellence
- La sortie de route
- Mon expérience camerounaise

Les deux premières parties ont été écrites en septembre 2017 lors de mon arrivée en terre ocre.


La voie des non-choix de l’excellence

Obtenir un CDI dans un cabinet de conseil était pourtant la dernière étape de la voie des non-choix de l’excellence. Autrement dit : la voie permettant d’accéder à une bonne position en matière de responsabilités, de salaires et d’intérêts sans avoir à poser de choix fondamentaux. En aucun cas je renie mon parcours : je suis fier de chacune de mes expériences. Mais la recherche de sens était plus forte et c’est ainsi que j’ai décidé de sortir de cette voie pourtant toute tracée :

  • A 15 ans il nous est demandé de choisir un lycée et une filière : “le bac S ouvre toutes les portes” parait-il, alors on s’engouffre dedans.
  • Au sortir du lycée, on nous demande déjà de choisir une carrière, un métier, un diplôme ! “T’es au moment de ta vie où tu peux devenir ce que tu veux / Le même moment où c’est le plus dur de savoir ce que tu veux” (Orelsan). Ne sachant pas trop ce que je voulais faire et finalement ce que je voulais être, j’ai choisi de ne pas me fermer de portes : classes préparatoires ou la voie vers les “grandes” écoles de commerce.
  • Les écoles de commerce permettent certes d’aborder de nombreux sujets, mais de manière théorique et sans pratique. Et on enchaine les stages, les certifications et les diplômes, et finalement on sort de l’école sans trop savoir ce que l’on veut.
Photo by Daisy S on Unsplash
  • Du coup, on poursuit le parcours des non-choix : cabinet de conseil pour voir des “problématiques diverses” et “de nombreux contextes chez différents clients”. La rémunération est très intéressante. Les journées sont chargées de meeting et de call. A 24 ans, j’en arrivais à penser que j’avais de l’importance au regard de mes missions. Je me sentais même puissant. Et puis je me posais la question : si demain je ne viens pas au travail, est-ce que le monde va s’arrêter ? Est-ce que ce que je fais à tant importance que cela ? Quel est le sens ? Terminus … tout le monde descend !

La sortie de route

Ce questionnement intérieur était enfoui depuis quelque temps. Une petite voix qui s’interrogeait. Est-ce seulement moi ? Pourquoi, lors d’un repas entre amis tous diplômés d’écoles de commerce, aussi brillants les uns que les autres, sommes-nous déjà en train d’envisager nos futurs métiers manuels ? Pourquoi le consultant veut devenir menuiser ? Pourquoi la responsable RH aimerait devenir fleuriste ? Pourquoi ai-je quitté le conseil pour partir en volontariat ?

Une étude menée par Victor Lipman montre qu’il y a 5 facteurs primordiaux de motivations pour un employé :

  • La motivation du groupe : avoir le sentiment d’être bien entouré, en bonne compagnie et d’être aligné sur un objectif commun.
  • Être encouragé : avoir le sentiment d’être entendu et soutenu pour avoir confiance en ses qualités et favoriser le progrès.
  • Grandir au travail : avoir le sentiment de progression et d’évoluer rapidement dans les postes à pourvoir.
  • Faire du bien : que le travail exécuté ait du sens et qu’il soit utile (bon produit/service, respect de l’environnement, éthique).
  • Faire la différence : dans ce qu’on fait pour avoir un sentiment de fierté et d’appartenance (qualité du service, réussite, résultats, culture, prestige).

Si je reprends mon expérience de consultant, je me rends compte que j’étais dans un cabinet qui avait des objectifs clairs et ambitieux ; ce qui était stimulant ; mon management me soutenait et m’encourageait dans ma progression, j’avais la possibilité d’évoluer et de me former. Mais est-ce que je faisais le bien ? Est-ce que je faisais la différence non pas pour le cabinet mais à une échelle plus grande ?

Il faut parfois sortir des sentiers battus comme le dit Antonin, parfois sortir de la voie tracée … pour parfois finir sur des pistes de brousses camerounaises et se rapprocher un peu plus de ce que nous voulons être.

Photo by Emma, Cameroun

Septembre 2018 : Il est temps pour moi de tirer un premier bilan de ces 12 mois passés ici au Cameroun. Je sais pertinemment que les fruits de ce volontariat ne se récolteront que plus tard, en vendange tardive. Je sens aussi qu’il me faudra plusieurs articles pour pouvoir raconter ce que j’y ai appris.

Factuellement, voilà ce que je faisais :

  • Gestionnaire du collège Notre Dame du Sacré Coeur : 400 élèves, 20 collaborateurs, j’étais chargé des finances du collège. Acheteur, responsable RH & administratif, comptable, autant de métiers que j’ai dû maîtriser sur place.
  • Comptable du secrétariat à l’éducation : 4000 élèves de la maternelle à la terminale, 100 collaborateurs, le “SEDUC” regroupe l’ensemble des écoles maternelles et primaires, les collèges et les lycées du diocèse. Ma principale activité, en plus de la comptabilité, était de rencontrer les salariés pour parler avances sur salaire et augmentations.
  • Auditeur du diocèse de Sangmélima : j’étais chargé d’auditer le comptable du diocèse afin de s’assurer de la cohérence des comptes du diocèse.

Simon Olivier

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Freelance | Entrepreneur @Courtechelle & @Akiba | https://www.simonolivier.fr/

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