Simeon Nkola M.
Sep 6, 2018 · 4 min read

Opposition-RDC : Le Mythe de l’Unité

Simeon Nkola M.

Au moment d’écrire ces lignes, le fracas du débat public a des échos qui réverbérent dans mon esprit que j’ai réussi à éloigner d’un tumulte que j’observe à distance, loin de la masse, dans un état qui confine à l’indifférence. Cette indifférence se justifie par le fait qu’au fil de prises de parole il s’est installé un épuisement tant l’esprit s’est vidé de presque tout ce qu’il avait à émettre à propos d’un sujet brûlant, d’un thème que les adeptes de l’opposition imposent à l’approche de l’élection présidentielle de Décembre 2018. Ce thème n’est pas nouveau. Personne ne s’étonne qu’il soit irruptif et qu’il fasse parler à longueur de journées même quand c’est pour se dire les mêmes vieilles choses, car nous sommes RDC, Ressasseurs (ou Radoteurs) du Congo.

Je ne vais pas pousser le “cynisme” jusqu’a la méchanceté ni le doute jusqu’au “pessimisme”. Je dois dire que les grands prêtres de l’opposition avec derrière eux des disciples qui relayent leurs bonnes vérités ont le plus grand mal du monde à installer, dans l’âme du mécréant, une mythologie surannée, une vue qu’un esprit avisé ne se permet plus, au risque de tomber sous le coup d’une inquisition impitoyable et d’une tyrannie intellectuelle, tant les personnes les mieux placées croient qu’il faut adhérer au rêve de l’unité, être optimiste, enlever le costume du prophète de mauvaises nouvelles.

En 2011 et non en 2006 ce débat a eu lieu, le marqueur de l’année électorale 2011 étant le passage de deux à un tour pour la présidentielle, forçant les opposants à présenter une candidature unique pour battre, c’était la logique, le candidat du pouvoir. Les déclarations, les acrobaties et les réunions entre ténors de l’opposition, telles une montagne de bonnes intentions, accoucherent d’une punaise. Zéro unité. L’histoire est en phase de se répéter.

Si la politique était-même dans le rang des opposants et dans le rapport qu’ils ont entre eux-un monde qui réunit des personnes de bonne compagnie, l’unité aurait été non seulement atteignable mais aussi permanente, pour qu’en dehors d’une élection l’on fédère les forces autour des causes et des crises auxquelles l’instinct du politique n’accorde pas la même importance qu’il accorde à une élection présidentielle. Pour le politique congolais, le Graal c’est le siège, dont le plus prestigieux gît au Palais de la Nation.

Candidat à l’élection présidentielle de 2011, troisième homme, derrière le deuxième de jadis qui n’est plus de ce monde et le premier qui n’est pas candidat, volubile, charismatique, expérimenté et intelligent, au nom de quoi jeter l’ambition par la fenêtre et au passage perdre une grosse cagnotte, pour se ranger derrière un autre, moins méritant ou inexpérimenté?

Ancien chef rebelle, ancien vice président, aigri par la défaite électorale de 2006 et ancien prisonnier à la Haye pour dix longues années, quel autre palmarès serait plus attrayant tant ce mastodonte a réussi un comeback tonitruant et assuré ses adversaires de ses capacités à s’imposer dans l’espace et ce non seulement par la taille?

Héritier, digne fils de son père à qui la patrie est reconnaissante pour une lutte à corps perdu contre la dictature d’antan et pour l’instauration du multipartisme, en proie à des radicaux impitoyables qui ne jurent que par le plus excellent des patronymes, pourquoi prendre le risque de bafouer l’héritage pour s’inféoder à je ne sais qui?

Persécuté, ostracisé, condamné après des longues années au service d’une cause qui le trahit, parrain d’une grande coalition politique qui a tenu tête aux simagrées du pouvoir et sonné l’alarme dans les chancelleries occidentales pour l’instauration des sanctions, quelle folle idée que d’abandonner les prétentions de paternité de l’opposition et de facto la candidature à la fonction suprême?

Je ne dis pas que la candidature unique de l’opposition est impossible. Je ne suis pas un éteignoir qui sape les espoirs de mes compatriotes. J’essaie d’être réaliste, d’examiner les forces en présence et de prévoir une issue. Je crois beaucoup aux miracles, je crois moins aux utopies. Et si les quatre ténors de l’opposition s’unissent après l’envoi de ce texte, cette unité ne garantira pas la victoire du fait de la présence des candidatures indépendantes non contrôlées et-ou instrumentalisées. Ces dernières justifieront une répartition des voix aux candidats le long du spectre et feront échouer la grande union bénie des opposants qui aussi étendue soit-elle ne saurait être ni inclusive ni à même de contrôler le processus électoral qui échappe à tous sauf aux gagnants de toujours: les organisateurs.

L’unité devrait se conjuguer au niveau du contrôle pour solutionner la question du dispositif électronique douteux qu’on a parachuté dans le processus sans justification sérieuse, la question des enrôlés fictifs, la question de la représentation des partis politiques au sein de la commission électorale, la question sécuritaire, la question de la séparation des pouvoirs, j’allais dire, la question du décaissement des fonds pour l’organisation des élections sans l’implication de l’aide extérieure en vue de marquer notre souveraineté. Les points cités ci-haut signifient, hélas, que le grand choix devant nous doit être celui d’une élection normale dans un pays normal que le nôtre n’est pas.

À vos conclusions!

Simeon Nkola M.

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Des mots pour ceux qui les aiment, des maux pour les censeurs.

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