Pourquoi ne tirons-nous pas de leçons de l’histoire ?

L’Histoire, science du malheur des Hommes comme se plaît à l’appeler Raymond Queneau, présente tout de même une vertu: c’est à partir d’elle seule, en tant que récit de l’expérience, que nous pouvons tirer des leçons du passé. Ainsi, une société se suicide lorsqu’elle oublie que dans l’histoire les querelles guerrieres ont toujours les mêmes causes: la volonté de puissance et le besoin de reconnaissance, qui se porteront ici sur les richesses, là sur le territoire… Une société se suicide lorsqu’elle se laisse dicter sa politique par l’ego de ses dirigeants qui manient volontiers l’art de maquiller leurs intérêts par des idéologies mqui se nommeront ici marxisme, communisme, impérialisme ou encore islamisme. Une société se suicide lorsqu’est créé chez l’individu un sentiment d’appartenance à une cause qui lui semble juste, alors qu’il n’est en fait que soigneusement manipulé, soldat de plomb dans une mécanique dont les fins sont intéressées et perfides. «Helas l’histoire montre peu de peuples qui ont su tirer profit des erreurs liees a leur propre histoire», s’exclamait Stéphane Hessel. Tenons enfin compte de l’Histoire, pour ne pas la répéter.

Les leçons sont multiples.

De la première guerre mondiale, retenons qu’ecraser financièrement l’ennemi allemand, le soumettre aux réparations et aller jusqu’à occuper la Rhur en 1923 n’a fait que créer les germes d’une haine viscérale qui a fini par s’exprimer dans la terreur hitlerienne de la seconde guerre mondiale.

De la crise économique des années 1930, rappelons nous que le règne d’un protectionnisme exacerbé, que les replis égoïstes qui ont poussés à la création de blocs monétaires distincts et rivaux suite à la conférence de Londres (1933), et que l’isolationnisme ont fini de fragiliser les liens économiques entre les différentes nations européennes, pour créer un terrain propice à une autre guerre.

Retenons de l’entre-deux-guerres qu’il ne faut jamais sous estimer son adversaire, la boucherie de la deuxième guerre mondiale aurait été évitée si seulement la folie d’Hitler, pourtant clairement exposée dans Main Kampf, avait été prise au sérieux. N’hésitons pas à montrer notre force à l’ennemi, car qui veut la paix prépare la guerre. Ni l’Anschluss, ni la crise des Sudettes ou l’invasion de la tchèquoslocaqiue n’auront donné aux dirigeants occidentaux le culot politique pour s’opposer à Hitler. La conférence de Munich en 1938, après laquelle Chamberlain et Dalladier pensaient avoir sauvé la guerre, n’a fait que la retarder et surtout la prolonger. L’Allemagne nazie de 1938 n’avait pas encore la puissance qu’elle avait en 1939, sa force était sur-estimee par Hitler, une réponse ferme en 1938 aurait pu déboucher sur un conflit bien plus court.

Retenons également de la seconde guerre mondiale que les impératifs de la stratégie appellent parfois à des alliances contre-nature, car les ennemis de nos ennemis sont nos amis. A Churchill alors d’affirmer à propos de Staline : «Si Hitler attaquait l’enfer, je n’ai rien contre un pacte avec le diable». Force est de constater que l’URSS d’hier n’est pas plus diabolique que la Russie d’aujourd’hui, et s’imposent aujourd’hui des alliances intelligentes nécessitant l’abandon de l’arrogance occidentale sur l’autel de la realpolitik. A contrario, continuer à ignorer le double jeu qataris et saoudien, véritable cheval de Troie dans l’économie occidentale, qui continuent de financer le terrorisme, ne peut que nous deservir. Méfie toi des tes ennemis, encore plus de tes amis.

Ces enseignement ne dressent pas une liste exhaustive des leçons que nous apporte l’histoire. Ils se contentent d’éclairer de manière nouvelle la géopolitique actuelle et de proposer une ligne de conduite. Il s’agit de trouver un compromis entre une fermeté intransigeante et lucide vis-à-vis de l’ennemi, et la sagesse de ne pas se laisser emporter par une haine susceptible de faire germer de nouveaux conflits. Qui veut la paix doit donc adopter une certaine posture, celle de l’Homme qui regarde le passé pour mieux comprendre le présent, et mieux répondre à l’avenir. Ne répondons donc pas bêtement, connaissons le terrain, connaissons l’histoire, connaissons nos armes et surtout connaissons l’adversaire. Car finalement, contre qui nous battons nous ?

Il ne s’agit pas d’une guerre contre DAECH, ni même d’une guerre contre le terrorisme. C’est une guerre contre l’ideologie islamiste radicale. Et a une guerre idéologique, à quoi bon répondre par des chars ? Il ne s’agit pas de s’interdire la violence militaire qui s’avère parfois nécessaire, mais simplement de ne pas la considérer comme une fin, toujours comme un moyen. La guerre qui s’annonce, au même titre que la guerre froide, est une guerre contre une idéologie rivale du capitalisme, l’islamisme radical. La nécessité d’une guerre idéologique apparaît d’autant plus évidente lorsque l’on songe que DAECH n’a pas d’autres objectifs que de détruire l’Occident, aucun terrain d’entente et aucune négociation ne sont possibles. Cette géopolitique du chaos appelle donc à couper le mal a la racine.

Pour cela, tirons des enseignements de nos glorieux succès. L’histoire montre que les liens qui peuvent être créés par l’économie peuvent poser les bases d’une paix durable. L’Union européenne, et plus particulièrement le couple franco-allemand en sont l’exemple le plus flagrant. En créant des dépendances économiques de fait, la France et l’Allemagne, deux des acteurs principaux des guerres mondiales qui ont déchirées l’Europe, ont créé un espace de paix et de fraternité. Alors, le développement économique ne peut-il pas être la meilleure réponse a l’idéologie islamiste radicale ? Le développement désigne un faisceau de transformation dans la société économique, qui débouche nécessairement sur une transformation des mentalités. A travers la société de consommation, le développement créé un idéal qui détourne les populations de la guerre, à la manière dont l’empire romain savait séduire les peuples conquis par du pain et des jeux. Donner à ces population un combat quotidien dont le but est de consommer toujours plus dans la lignée du divertissement pascalien. Certes, la logique capitaliste, qui semble aujourd’hui le meilleur moyen pour amorcer un développement dans ces régions, est parfois elle-même créatrice de conflits, des guerres pour les ressources aux guerres pour le contrôle des territoires, creant des inégalités, et laissant une partie de la population à l’écart de la consommation, mais c’est un moindre mal capable de poser les bases d’une société idéologiquement pacifique. Le développement est le meilleur remède contre la guerre.

Cet article n’a aucunement la prétention de proposer des solutions concrètes, celles-ci relevant du militaire et de la stratégie. On ne doit en revanche jamais perdre de vue que la guerre doit rester un moyen en vue d’une fin: le développement pour la paix. Mobilisons-nous pour ne jamais perdre de vue que l’objectif est la paix, et ne pas se laisser emporter par le déchaînement des passions que peut créer la haine. Amis, sauvons l’Homme en utilisant notre plus grande arme, la mémoire, celle qui nous permet de ne pas commettre a nouveau les erreurs du passé. Rappelons à tous ce qu’est réellement l’Homme, car plus que jamais le monde a besoin d’un témoignage métaphysique de la dignité humaine.

Mais parce que finalement, l’Histoire est écrite par les Hommes, il nous faut des grands hommes pour accomplir ce périlleux dessein. Je parle ici d’un Homme qui sait combiner la grandeur à ce que Machiavel nomme la virtu, à savoir l’intelligence rusée. Le monde a besoin d’un Winston Churchill, qui a eu la force nécessaire pour s’opposer à Chamberlain en 1940, ce dernier préconisant la négociation avec l’Allemagne nazie hitlerienne après que la France ait été écrasé, autrement dit la capitulation. Mais Churchill refuse et la Royal Air Force tient pendant de longs mois face à la puissance allemande, avant que les renforts américains n’arrivent.

Le monde a besoin d’un Roosevelt, capable de convaincre une population du bien fondé d’une quête pour la paix, la détourner d’un isolationnisme égoïste qui a montré ses limites pendant l’entre deux guerre. Le monde a besoin d’un général Marshall et un général Mac Arthur, qui organiseront une aide massive pour que le Japon et l’Allemagne puissent reconstruire leurs économies, après s’être opposé au général Morgenthau qui lui, rancunier, voulait faire de l’Allemagne et du Japon des pays agricoles après 1945. Lutter face à l’ennemi, unir la nation dans son engagement, aider à reconstruire des sociétés nouvelles avec des modèles qui leurs sont propres : voilà le tryptique gagnant qui s’offre à nous. Rappelez vous donc la formule qui trône sur la façade du Panthéon parisien : «Aux grands Hommes, la patrie reconnaissante». Redevenons les grands Hommes que nous pouvons être, mobilisons nous pour apporter une réponse juste au problème islamiste, écrivons l’Histoire a notre modeste échelle, elle nous sera reconnaissante.