Le culte du perdiem dans la presse africaine

Une relecture de la charte d’éthique et de déontologie du journaliste professionnel aujourd’hui m’a fait longuement repensé à une pratique presque normale dans la presse africaine (particulièrement béninoise- c’est le cas que je maîtrise le plus).

Il s’agit des perdiems . La pratique est tellement courante et admise qu’on en parle presque pas ou très peu à mon sens. Pour ceux qui ne comprennent pas ce que signifie le terme “perdiem”, c’est la gratification pécuniaire que reçoivent en fin de conférence de presse les journalistes venus recueillir des informations. Celle-ci en sus du salaire qu’ils perçoivent au sein de leurs organes respectifs. Une enveloppe est prévue à cet effet et certains journalistes refusent même de couvrir certains événements s’ils ne sont pas assurés de recevoir leurs perdiems. “Et lorsque des agents sur le terrain ne souhaitent pas participer à cette mascarade, ils sont rapidement stigmatisés par leurs collègues qui se demandent bien ce qu’ils cherchent en voulant détruire cet ordre négocié”.

Comment ça marche?

Une liste d’émargement circule au cours de l’événement et les journalistes perçoivent ce “dû” à la fin de la manifestation. Ça vous semble surréaliste? Je comprends, apprentie- journaliste, j’étais autant choquée. Alors aujourd’hui, essayons de comprendre le phénomène de près.

Pour commencer, je suis allée lire le code de déontologie de la presse béninoise qui stipule en son article 5 intitulée: L’intégrité professionnelle, les dons et les libéralités.

“En dehors de la rémunération qui lui est due par son employeur dans le cadre de ses services professionnels, le journaliste doit refuser de toucher de l’argent ou tout avantage en nature des mains des bénéficiaires ou des personnes concernées par ses services, quelle qu’en soit la valeur et pour quelque cause que ce soit. Il ne cède à aucune pression et n’accepte de directive rédactionnelle que des responsables de la rédaction.”

Je ne sais pas ce que vous pensez de ce paragraphe mais il proscrit clairement ces perdiems dont personne ne se plaint finalement au Bénin.

Par ailleurs, en tant qu’observatrice du journal de la rédaction de la télévision nationale du Bénin, j’ai du mal à croire qu’elle ne subit aucune directive rédactionnelle. Ce n’est pas moi qui le dit (même si je le pense), le coup de gueule d’Ozias Sounouvou, journaliste béninois au lendemain de la participation du chef de l’Etat à la marche de soutien pour Charlie Hebdo en est l’illustration.

Cependant, à la décharge de certains journalistes béninois qui acceptent ces perdiems, preuve de dépendance du journaliste et parfois d’altération des faits, ils ne disposent pas d’une sécurité morale et matérielle correspondant à leur rôle social comme le prévoit les droits du journaliste énumérés dans le code de déontologie de la presse béninoise. Les conditions de travail difficiles des journalistes africains sont donc l’une des causes de ce phénomène présent également au Sénégal, à Madagascar, au Burundi.

Quoi faire?

Déjà reconnaître que cette pratique est une sorte de corruption légalisée. A mon sens, le silence autour de cette pratique est néfaste et peut également s’apparenter à une sorte de déni des conséquences de telles actes. Ensuite et je remercie une collègue qui m’a inspiré cette idée: et si cet argent servait à augmenter le salaire des journalistes? Alors, je sais, ce n’est pas simple à appliquer mais ceci peut constituer une piste de réflexion très intéressante que plusieurs devraient d’ailleurs commencer à explorer.

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