Pourquoi les langues africaines peuvent changer la présence du continent sur Internet ?

Le nombre de langues africaines est estimé à environ 2000, qui représente un tiers des langues du monde. Seulement 400 environ d’entre elles ont été décrites. Il en reste 1600 qui n’ont pas bénéficié d’études sérieuses. Aucune de ces langues aujourd’hui n’a d’audience sur le Web pas plus les 400 qui ont connu une description mais qui souffrent d’enrichissement en vue de devenir de véritables langues vivantes sur la Toile mondiale. C’est un patrimoine incroyable complètement négligé malgré les immenses opportunités que nous offre les nouvelles technologies.

Où en est-on aujourd’hui ?

Marcel Diki-Kidiri et Edema Atibakwa, dans « Les langues africaines sur la Toile », explorent plus de 3 000 sites pour ne retenir que ceux qui traitent des langues africaines. De leur analyse, on retient qu’il existe bien une abondante documentation sur les langues africaines sur la Toile, mais très peu de sites utilisent une langue africaine comme langue de communication. Bien que de nombreux facteurs puissent être pris en compte pour expliquer cet état des faits, deux facteurs dominants seraient l’inexistence de cybercommunautés linguistiques capables d’intensifier leurs échanges dans leurs langues via la Toile et l’absence d’un traitement informatique concluant des langues africaines. Les langues africaines apparaissent sur la Toile beaucoup plus comme des objets d’étude (mention, documentation, description, échantillons, textes, cours) que comme des véhicules de communication. La langue de communication utilisée pour parler des langues africaines est très largement l’anglais. Les produits logiciels ou les solutions informatiques intégrant en standard des polices de caractères pour toutes les langues africaines sont rarement proposés sur les sites.

Quoi faire ?

Le projet que nous proposons est de constituer une communauté d’intérêt autour des langues africaines pour:

  • créer une émulation autour des langues africaines afin de les rendre un tant soi peu langues de communication;
  • produire de gros volumes de données dans les 50 langues africaines les plus répandues et de les distribuer sous forme d’Open Data, pour en faire bénéficier au plus grand nombre. (C’est fou mais c’est possible si on s’y met tous!). Le but: intéresser, les jeunes entrepreneurs africains à s’intéresser aux technologies de la langue appliquées aux langues africaines. Certains les utiliseront pour créer des applications et des services répondant aux besoins les plus variés dans tous les domaines sociaux et économiques : éducation, santé, agriculture, administration, environnement, développement durable…
  • La collecte de données: Il existe de très nombreuses sources de données en langues africaines qui peuvent être exploitées par le projet, des sources de textes, des sources d’enregistrements oraux. (les médias en langues africaines comme RFI, BBC ou les radios locales ; les sites Internet et Blog en langues africaines ; les éditions en langues africaines ; les institutions…)
  • Produire des données textuelles à partir d’enregistrement sonore,
  • La distribution des données produites qui doit être la plus large possible.
  • Promouvoir la multiplication des sites multilingues comportant le français ou l’anglais et au moins une langue africaine comme langues de communication ;
Les langues africaines ont été des langues porteuses de réflexion, de création et il n’est tout simplement pas acceptable qu’elles cessent de l’être. S. Bachir Diagne (philosophe)

La connectivité est une réalité pour une grande part de la population d’Afrique subsaharienne, mais l’accès à l’information et aux services demeure difficile, voire impossible, pour 40% de la population africaine illettrée selon UNESCO, et jusqu’à 70% pour certains pays du Sahel. Ces personnes parlent des langues africaines et ne parlent pas les langues majoritairement utilisées dans les technologies de l’information comme l’anglais ou le français. Près d’un africain sur deux, soit 650 millions de personnes, locuteurs de langues africaines, sont exclus des technologies de l’information et de la communication.

Lorsque les TIC ne sont pas disponibles dans une langue locale donnée, cela réduit les possibilités de produire et de diffuser sur Internet des contenus locaux (pédagogiques, administratifs ou touristiques). Les chances de partager la culture représentée par cette langue et de la rendre accessible en sont également diminuées. Alors que l’argent est utilisé pour acquérir des biens matériels, la langue sert à obtenir des connaissances et des biens immatériels. Don Osborn

Microsoft a annoncé que Windows et Office seront prochainement traduits en langage Swahili. Avant de passer à la traduction proprement dite, les linguistes de Microsoft devront établir un glossaire commun aux différents dialectes issus du Kiswahili (ce que nous aurons à faire pour la production de données textuelles). Microsoft prévoit aussi de traduire ses logiciels dans d’autres langues africaines, notamment les langues Hausa et Yoruba.

Si les intentions de Microsoft semblent bonnes, il est tout de même inquiétant de constater que les logiciels de Microsoft seront la seule alternative des Swahili qui ne parlent pas d’autres langues. Les logiciels libres traduits en Kiswahili ne sont pas légions.

Les efforts de Microsoft pour la standardisation des langues africaines profiteront — il aussi à Linux et aux logiciels libres ?

Faut-il une fois encore attendre des solutions qui viennent d’ailleurs ?

Si vous lisez cet article, c’est que, comme moi, vous avez accès aux nouvelles technologies et que vous avez certainement des compétences différentes et indispensables pour la vulgarisation des langues africaines sur internet. Si nous voulons que l’Afrique soit plus représenté sur le web, ce travail doit être indispensable car personne ne doit être laissé à la marge du progrès.

Nous avons le pouvoir grâce à notre diversité d’exister, de jouer notre partition et de peser dans cette révolution mais à qui profitera t-elle ? à nous ? ou aux autres ?

Quelque soit votre réponse à cette question, partager cet article peut déjà faire avancer les choses, nous rejoindre pour en parler peut changer les choses. Contactez moi ici. Si nous sommes nombreux à la fin de la semaine, j’aurai la joie de créer un groupe Facebook secret pour travailler sur le projet ;)

Sinatou Saka avec la collaboration précieuse de Philippe Bretier.