Que faire des jeunes en Centrafrique ?

Près de la moitié de la population centrafricaine a moins de 18 ans. Après près de 2 ans sans classe et avec 37% des enfants qui ne sont pas réinscrits à l’école depuis le conflit, l’accès à une éducation de qualité est devenu une urgence, tout comme la formation des enseignants. A cela, s’ajoutent les résultats catastrophiques du baccalauréat 2014 et les grèves à l’université qui posent la question de la relance des élites en Centrafrique. Que faire d’une jeunesse désœuvrée, peu éduquée, instrumentalisée par les pouvoirs et marquée par la guerre ? Quelles résiliences et espoirs pour l’avenir des jeunes Centrafricains ?

« La Centrafrique est l’un des pays au monde où il est le plus difficile d’être un enfant. C’est l’un des pays où on trouve les mortalités infantiles et infanto-juvénile les plus élevées. C’est l’un des pays où on trouve les taux de scolarisation les plus faibles. C’est l’un des pays où les cas au quotidien de violences faites aux enfants sont les plus élevés. Si on devait résumer la crise centrafricaine, on peut dire que c’est une crise qui a un visage d’enfant. Alors que la mortalité infantile recule dans le monde, les enfants centrafricains ont une mortalité trois fois supérieure à la moyenne mondiale. Aussi, il faut parler de l’enrôlement des enfants centrafricains dans les groupes armées. Six à dix mille enfants sont enrôlés aujourd’hui » analyse Mohamed Fall, représentant de l’UNICEF à Bangui.

Zephirin Mogba, sociologue, Université de Bangui, depuis presque 10 ans, auteur de La vassalisation de l’Etat et du pouvoir à l’hégémonie militaro-politique du Tchad (Editions Universitaires Européennes) et de Difficiles transitions politiques en Centrafrique depuis la tragique disparition de Barthélémy Boganda (Editions Edilivres) déclare quant à lui « Le visage de la jeunesse centrafricaine est déchiré : c’est de la frustration, du désespoir et des humiliations. C’est une jeunesse devenue dangereuse qui côtoie une jeunesse qui se construit, victime de l’instrumentalisation politique. La crise n’a pas été que négative, elle a servi de leçon. »

Pour René Sylvestre Keteguian, proviseur du lycée des Martyrs à Bangui : « La violence à la reprise des cours est omniprésente. On a cherché à enrayer les stigmates de la violence visible à travers les bagarres entre élèves. Les élèves ont la violence dans la mémoire et sont prêts à agir. Les enseignants s’exposent donc parfois à des représailles. Nous essayons donc de sensibiliser les enfants afin de les amener à respecter le système scolaire qui a ses règles. Les résultats du baccalauréat sont liés à la crise et aux conditions dans lesquels les étudiants travaillent. Nous avons aussi un problème de mobiliers dans les écoles en Centrafrique. Nous n’avons pas suffisamment de places pour accueillir nos élèves. Il y a par exemple 230 élèves dans une classe de terminale ».

En Centrafrique, moins de 5 % d’élèves sont admis au premier tour du Baccalauréat. Moins de 10 % l’ont été au rattrapage des épreuves. L’éducation représente donc un problème important qui s’est accrue avec la crise politique.

Sinatou Saka
RFI-Emmanuelle BASTIDE L’émission « 7 milliards de voisins » (enregistrée à l’aliiance française de Bangui)

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