Pourquoi je suis en colère avec le cinéma…

Quand j’ai découvert l’existence du film Split, j’ai passé une bonne partie de mon samedi à en pleurer. C’était il y a deux ans. Aujourd’hui, la suite, Glass, s’apprête à sortir. L’occasion de republier cet article. En le relisant, je m’attendais à devoir modifier plein de choses. Et finalement… si peu. J’ai modifié cette intro. Voilà. Pour le reste, c’est toujours la même colère, la même tristesse, le même désespoir. J’ai juste mûri certaines choses depuis… Je rappellerai juste la chose suivante avant de commencer : je ne juge pas la qualité esthétique du film. Deux ans après, je ne l’ai toujours pas vu. J’ai décidé il y a longtemps que ça ne valait plus le coup de sacrifier ma santé mentale pour éduquer les neurotypiques. C’est peut-être le meilleur film du monde. La vérité c’est que je m’en fous. Le problème c’est le propos. Le problème c’est le contexte. Le problème se résume ainsi : “encore un”. Et maintenant, c’est parti pour la redif…


Résumé : encore un film à base de tueur à personnalités multiples.
Réaction sarcastico-cynique : Génial. Vraiment. C’est exactement ce dont le monde avait besoin. C’est tellement nouveau et provocant.
Réaction colérique : putain mais y a pas un moment où ils vont en avoir marre ?

Non, ils ne vont pas en avoir marre. Désolé cher moi.

En fait il y a tellement de raisons d’être en colère que je ne sais pas comment commencer cette liste… Alors peut-être que le plus simple c’est de simplement répondre aux commentaires qui m’ont été faits. (la plupart par des gens bien intentionnés qui voulaient me consoler)(je précise parce que si jamais tu es l’un deux, je veux que tu saches que je sais que tu ne pensais pas à mal, bien au contraire. Je ne suis pas en colère contre toi, je suis en colère contre le monde qui te fait croire que ce sont de bons arguments, ou qui laisse des films comme Split exister sans contre-partie.) Histoire de ne pas changer de d’habitude, l’article s’annonce bordélique.

Ce n’est pas un film sur la schizophrénie.

Le truc c’est que ce n’est pas le problème. Plus exactement : pour UNE fois ce n’est pas le problème. Ce qui fait qu’au stade où on en est, ce n’est plus le problème. Vraiment… Ça ne m’a pas calmé d’apprendre que pour une fois le cinéma avait la différence entre schizophrénie et troubles dissociatifs de la personnalité. Raison 1 : il n’y a aucune fierté à tirer de ça, c’est du travail de recherche basique. C’est un peu comme quand j’explique à mes étudiant·es que je ne vais pas leur donner un bon point pour être arrivé à l’heure en cours. C’est la base. Même chose ici. Je ne vais pas féliciter un film sur les troubles mentaux d’avoir fait des recherches sur le sujet. C’est la base, la putain de base.

Ce qui nous amène à la raison 2 : Le cinéma ne fait quasiment jamais la différence entre schizophrénie et troubles dissociatifs de la personnalité. Combien pensent que Fight Club, Docteur Jekill et Mister Hyde, ou même Salut les Geeks sont à base de personnages schizophrènes ? Alors nous voilà, schizophrènes et personnes avec troubles dissociatifs, coincées dans le même bateau grâce à la magie du cinéma (et des médias en général), alors même que nos difficultés ne sont pas les mêmes, si ce n’est nos difficultés à être compris·es du grand public. Comme le résumait brillamment un ami schizophrène l’autre jour “Nous sommes dans le même bateau à cause de notre frustration d’être coincés sur le même bateau.” Ironique non ? Alors puisqu’il en est ainsi, je vais considérer que nous sommes dans le même bateau. Car même si CE film fait la différence, ça reste putain de chier pour les personnes à troubles dissociatifs, et qu’au final, c’est le même problème. Et de toute façon, le cinéma a tellement rarement fait la différence qu’il est déjà trop tard pour l’imaginaire collectif (vous saviez qu’une étude avait été faite et que même 97% des médecins confondaient les deux ? Pas les gens lambdas comme vous et moi, les fucking médecins !), si bien qu’au final…. et bien schizophrénie ou non dans Split je reste concerné, et je refuse de laisser les personnes à troubles dissociatifs se batailler tout seul…

Photo by Cristian Newman on Unsplash [une personne hurlant sous une bâche plastique]
Les gens sont tout à fait capable de faire la différence entre réalité et fiction !

Non, ils ne le sont pas. Et je suis bien placé pour le savoir, je suis schizophrène, du coup j’en connais un rayon niveau incapacité à faire la différence entre réalité et non-réalité. Et croyez moi, le plus gros problème des personnes neurotypiques est qu’elles sont souvent incapables (ou difficilement) d’envisager qu’il existe plus d’une réalité, ou que leur réalité est biaisée, ce qui implique qu’il s’agit de leur réalité, et non de La Réalité. Voici donc le problème : il y a beaucoup de stigmatisation autour des maladies mentales. Et c’est double dose pour la schizophrénie et les troubles dissociatifs de la personnalité. Vous savez pourquoi ? Le cinéma, la télé, les séries, les médias en général… Pouvez-vous nommer des films où le personnage schizophrène / à personnalités multiples n’est PAS un putain de tueur psychopathe ? Perso, je peux en nommer un… seulement un. Alors qu’il y a tellement de tueurs psychopathes… Où sont les films / livres / histoires où les gens comme moi sont des profs des médecins des physicien·nes des parents des travailleureuses sociaux des avocat·es des chanteureuses ou n’importe quoi en fait ? Nous avons tellement besoin de ces histoires… Autant le monde que les gens comme moi.

C’est humain, quand on nous montre la même version de la réalité encore et encore, on finit par croire qu’il n’y a pas d’autre possibilité. C’est un truc vieux comme le monde et ça marche pour tout. Vous êtes en guerre et vous avez besoin que vos soldats tuent sans hésitation ? Répétez à tout va que l’ennemi est un violeur/voleur/tueur et c’est bon ! Vous voulez que les gens acceptent de renier leurs libertés pour mieux les contrôler ? Répétez à tout va qu’ils sont en danger et que plus de sécurité est la solution ! Vous avez besoin que les gens achètent plus d’eau / de lait parce que surproduction ? Répétez leur que la science a clairement prouvé qu’il fallait boire 1,5 litres d’eau par jour !

La différence c’est juste que personne ne veut que les gens croient que les personnes schizophrènes ou à troubles dissociatifs sont des tueurs psychopathes. (enfin j’espère)(j’aurais jamais dû écrire ça ça va donner des idées à ma parano…) À part ça le principe est exactement le même : c’est la seule chose qu’on vous montre des personnes schizophrènes ou à troubles dissociatifs. Vous n’en avez peut-être pas conscience, mais votre esprit est déjà biaisé, même si vous pensez que ce n’est pas le cas parce que “vous faîtes la différence entre réalité et fiction”.

Histoire d’avoir moins l’air de faire la morale à tout le monde, je vais me la faire aussi. J’ai réalisé il y a quelques temps que j’étais plus méfiante / effrayée / mal à l’aise face à des personnes de couleur. Ce qui est totalement ridicule. Objectivement, intellectuellement, je sais qu’ils ne sont pas plus dangereux que les blancs. Je le SAIS. Je connais les chiffres et leurs explications, il n’y a absolument aucun moyen de me convaincre que les personnes de couleur sont plus dangereuses que les blancs. Mais quand même, quand je rentre seul le soir, j’étais plus inquiète face à des groupes de personnes de couleur que face à des groupes de blancs. Il y avait donc une différence entre ce que mon cerveau savait et ce que mon corps croyait. Il a donc fallu que je m’auto-dissèque pour résoudre ce problème (ce qui est bien pratique quand on est schizophrène c’est qu’on a le cerveau tellement cassé qu’il y a toujours un morceau pour disséquer et juger l’autre. Des fois c’est très utile !). La réponse était archi-évidente : la plupart du temps, les personnes de couleur sont les méchants dans les films, dans les séries, et même dans les JTs. Même si je n’accorde aucun crédit à ces conneries de thèses racistes, j’en avais bouffé tellement pendant si longtemps sans m’en rendre compte que mon esprit était biaisé. Et me voici donc à travailler sur mon propre cerveau pour le forcer à corriger ce biais. (et je suis très heureux de vous annoncer que maintenant, ma paranoïa est aussi haute devant des gens de couleurs que des blancs)(quoi ? j’ai jamais dit que les blancs me faisaient pas peur)(tous égaux devant la paranoïa !)

Vous ne vous en rendez pas compte, mais les films mettant en jeu des tueurs schizophrènes ou à personnalités multiples (qui peuvent aussi être des “tarés à interner à l’asile le plus proche”, notre seconde option, youhou) ont exactement le même impact. Même si une partie de votre cerveau sait qu’il s’agit de fiction, l’autre prend des notes. La seule façon de se débarrasser de ce biais, c’est d’accepter qu’il existe. Ce qui veut dire que vous devez être prêt à accepter qu’il puisse y avoir un biais quelconque dans votre esprit. Et croyez-moi, les personnes neurotypiques ne sont pas toujours très douées à ce jeu-là… Pas parce qu’elles sont mauvaises ou stupides ou quoi ou qu’est-ce, juste parce que la question de la réalité, de ce qu’elle est, n’a jamais été un problème pour elles… Alors s’il vous plaît, prenez conscience de ce biais dans vos esprits. On en a toustes… D’ailleurs, peut-être que vous travaillez déjà sur les vôtres (si c’est le cas, sachez qu’à votre échelle vous travaillez déjà à rendre le monde meilleur et c’est super !).

Photo by Rye Jessen on Unsplash [Une personne avec un appareil photo à la main, se tenant devant un lacet de route en montagne]

Mais beaucoup de gens ne prennent pas cette peine. Et c’est difficile pour nous. Si vous êtes impliqué·es dans des luttes contre d’autres biais comme le sexisme l’homophobie le racisme et tous leurs copains en -isme, vous voyez sans doute de quoi je veux parler. C’est le même principe. Sauf qu’avec de la bonne volonté, je peux expliquer à un mec (mon père mon frère un pote un inconnu sur le net un collègue) que ce qu’il dit est sexiste et pourquoi ça pose problème. Mais quand on touche à de la “psychophobie”…. comment vous dire…

Ça vous est déjà arrivé de vous faire traiter de tueur psychopathe sur votre lieu de travail ? Parce que moi oui. Mes collègues blaguaient à grands coups de “on devrait faire gaffe parce que les clients vont nous rendre barge et on virera complètement schizo et on va tous les buter !” C’est TELLEMENT DRÔLE non ? J’imagine que je n’ai aucun sens de l’humour. Sans doute parce qu’à ce moment précis, ma schizophrénie faisait justement de ma vie un enfer. La Folie transformait ma vie toute entière en un genre de Big Brother à taille humaine. À longueur de jours et de nuits, j’étais suivie par des hommes couverts d’yeux, qui observaient tous mes faits et gestes, et surtout qui comptaient… Ils regardaient tout et ils comptaient tout : mes respirations, mes pas, mes mots. Pire, c’était un compte à rebours. Je n’avais aucun moyen de savoir ce qu’il me restait de respiration, de pas, de mot. Tout ce que je savais, c’est que quand le compteur atteindrait 0, je disparaîtrais complètement pour ne plus rien être d’autre que de la douleur. Et il fallait quand même que je bosse. Je faisais des crises d’angoisse dans ma voiture, sur le parking, tellement je serrais les dents pour ne pas en arriver à me mutiler dans l’espoir que tout ça s’arrête. Et je ne pouvais rien faire parce qu’ils étaient toujours toujours à m’observer. Et j’étais tout seul pour gérer tout ça. Il n’y avait personne vers qui je pouvais me tourner. J’en arrivais presque à espérer que quelque chose merde au boulot, parce que comme ça, tout le monde supposerait que j’étais de mauvaise humeur à cause de ça et je n’aurais pas à mentir, pas à serrer les dents et leur faire croire que tout allait bien. Et pendant que je gérais ça tout seul, mes collègues blaguaient sur le fait de devenir des tueurs psychopathes schizophrènes. Ce qui me prouvait qu’il valait mieux que je ferme ma gueule. Ce qui venait entretenir la Folie, puisque toutes les voix répétaient en boucle “hide your scars hide yourself” (”planque tes cicatrices planque toi”)

Combien de fois j’en suis arrivée à choisir le silence plutôt que parler de mes problèmes ?

Combien de fois j’ai presque failli crever de ce choix ?

J’ai peur de dire quoi que ce soit à qui que ce soit parce que qu’est-ce qui se passera si je ne leur ai pas assez prouvé que je n’étais pas une tueuse psychopathe tarée et qu’iels pensent que c’est ce que je suis et qu’iels m’abandonnent ?

Et me voici, à essayer de lutter face au silence, jour après jour, mais finissant quand même par choisir le silence de façon quotidienne parce qu’il y a trop de films comme Split qui me prouvent que c’est ma meilleure option. Ces films entretiennent ma solitude, notre solitude. Ces films empirent nos vies. [edit de deux ans après : mon relecteur, schizophrène donc, m’a expliqué que quand un de ses amis a vu Split, il a ensuite considéré que c’était comme ça qu’était mon ami, et que mon ami se voilait juste la face. Je n’exagère pas. Ce genre de choses nous arrive TOUT LE TEMPS]

Parce qu’ils entretiennent la représentation de merde que les gens ont de nous. Mais aussi parce qu’ils viennent appuyer en plein où ça fait mal.

Ici un point peut-être plus perso, mais je pense que ça peut parler pour d’autres aussi (même si sans doute légèrement différemment). L’un des principaux arguments de la Folie c’est que je suis un monstre, plutôt un Monstre, genre la pire chose qui ne soit jamais arrivée sur Terre, quelque chose qui n’aurais jamais dû exister. Pour lui donner tort et me prouver que je vaux la peine (ce qui revient sans doute au même), j’essaie de faire autant de bien que possible. Ça va sonner gnangnan, et sans doute que ça l’est, mais on s’en fout. Je fais de mon mieux dans tous les domaines possibles. J’essaie d’être là au maximum pour les gens auxquels je tiens, que ça soit de les écouter sans les juger, les ramener chez eux quand iels sont bourré·es, garder leurs secrets ou les aider à déménager un dimanche sous la pluie. J’essaie de lire autant que faire se peut sur les questions de sexisme, racisme et autres afin de comprendre le plus de versions possibles de la réalité et ce que moi-même je rate parfois. Même dans un boulot de merde j’essaie d’être là au maximum pour mes collègues et les bénéficiaires des services proposés. J’explique des choses aux étudiant·es là où le système voudrait qu’iels se plantent. J’essaie de produire une recherche la plus complète et la plus éthique possible, de la lier au monde hors de la fac pour qu’elle serve. J’essaie d’écrire des histoires qui touchent expliquent, partagent entretiennent ou font rêver. Etc etc. D’un côté, j’espère pouvoir contrebalancer toute la pourriture que je contiens. De l’autre, comme le dit si bien la Folie, comme c’est une question de contrebalancer, ça ne compte pas vraiment. Je suis toujours une saloperie de pourriture. (Si bien que je suis à peu près sûr que je mourrai d’épuisement en essayant de contrebalancer la pourriture) Est-ce que vous pouvez imaginer les effets d’un énième film à base de tueur schizophrène ou à personnalités multiples sur ma vision de moi-même ? Ces films ne sont pas inoffensifs, ils bousillent tout le travail que j’ai fait pour être une meilleure personne, pour me prouver que je ne suis pas un monstre, que c’est juste un truc que raconte la Folie. Grâce à Split, je pourrai sagement repartir de la case départ cette semaine… le tout en me sentant complètement dépossédée de ma propre vie, de mon propre esprit.

Photo by Daniele Levis Pelusi on Unsplash [une barque au milieu de rien. La photo est noyée dans la couleur orange, on distingue difficilement l’eau des montagne en fond]

Tu ne peux pas juger de la qualité d’un film sans l’avoir vu.

Peut-être qu’il aurait fallu commencer par là, mais bon. La qualité du film n’est pas le problème. Je m’en fous. Je peux difficilement en avoir moins quelque chose à battre. D’ailleurs, ça pourrait même être Le Meilleur Film Jamais Fait que je m’en battrais toujours autant. Je ne juge pas la qualité du film. Je juge le monde qui permet ce genre de film sans offrir d’autres possibilités aux personnes schizophrènes ou à personnalités multiples. Je juge un monde qui peut me traiter de meurtrier sans que je n’aie le droit d’être en colère parce que sinon je serais récupéré pour être le prochain tueur psychopathe et je ne pense pas être capable de gérer une telle ironie. Je juge un monde où les gens peuvent juger les personnes schizophrènes ou à personnalités multiples sans les connaître, mais où les personnes schizophrènes ou à personnalités multiples ne peuvent pas juger un film sans l’avoir vu. Vous n’avez pas l’impression qu’il y a un problème dans l’ordre des priorités ? Pourquoi est-ce que mes collègues peuvent blaguer sur le fait que les gens comme moi sont des putain de tueurs psychopathes sans que ça pose soucis mais que moi je ne peux pas dire que ceci est un putain de film de merde sans que les gens ne me tombent dessus ?

Je me fiche que vous ayez aimé le film. C’est ok. Ce n’est pas le problème. D’ailleurs si vous avez payé pour le voir au cinéma j’espère que vous avez passé un bon moment (au prix des places !). Mais s’il vous plaît, rappelez vous que ces films entretiennent de fausses représentations des gens comme moi. À cause de ces fausses représentations, j’ai perdu des amis, je me suis fait largué. Des amis ont perdu leur boulot. Chose qui ne m’est pas arrivé parce que j’ai toujours réussi à le cacher à mes employeurs. Et même si en France c’est plus compliqué de virer les gens, je pense qu’il vaut mieux que les parents de mes élèves (et même mes élèves) l’ignorent. Tout ce que je vous demande si vous avez aimé le film (ou d’autres du même genre), c’est d’envisager la possibilité que votre esprit puisse être biaisé. Et quand vous aurez repéré ces biais, s’il vous plaît, faîtes passer le mot. Les gens comme moi ont besoin que les gens comme vous soient mieux informés pour se sentir en sécurité. Nous avons besoin que vous arrêtiez d’entretenir notre folie, notre paranoïa (elle y arrive très bien toute seule vous savez).

J’ai passé mon samedi à pleurer et à demander à des ami·es de me dire que je n’étais pas un monstre, qu’iels m’aimaient quand même et n’allaient pas partir. Parce que malgré tout, je fais partie des chanceuxses : j’ai des ami·es qui savent ce que je traverse et sont prêt·es à m’aider quand ce genre de merde me tombe dessus. D’autres n’ont pas cette chance.

Ce n’est pas écrit sur nos gueules. Peut-être que vous avez travaillé avec des personnes schizophrènes ou à troubles dissociatifs. Peut-être même que certain·es de vos potes le sont. Mes collègues n’ont jamais su. Certains de mes proches ne le savent pas. Soyez prudent·es. Nous avons besoin de savoir que nous pouvons vous faire confiance avant de vous le dire. Nous avons besoin de savoir que vous n’allez pas nous abandonner en nous prouvant que nous sommes bien les monstres que le monde dépeint.

Merci pour votre lecture, votre investissement, vos mots d’amour ou de consolation.


PS : un ami schizophrène américain a relu cet article pour voir s’il y avait des choses à modifier / ajouter selon lui. “Dis moi, le seul film où le schizophrène tue personne, c’est Un homme d’exception ? _Oui. _C’est le seul que j’ai vu aussi. Le seul film que toi et moi avons vu où le schizophrène n’est pas un tueur, c’est un film basé sur une histoire vraie. À quel point c’est ironique ?_Très… _Est-ce qu’on rit pour pas pleurer ?_Oui, mais je vais pleurer quand même. _Moi aussi.” Je vous laisse sur cette note d’ironie amère. (au passage, vous aurez constaté qu’il ne m’a pas demandé quel film c’était. Il savait déjà, le choix est tellement vaste faut dire.)