— GIRL POWER —

L’univers du cinéma et des séries est souvent décrié à tort ou à raison pour son manque d’enclin à laisser leur place aux femmes. Petit tour de la question après une année 2015 bien remplie.

Légère crispation lors de la découverte des nommés pour les Oscars 2015 : parmi les 127 professionnels du cinéma présents, 25 femmes représentées dans seulement 6 des 13 catégories du festival.

Pour peu que l’on considère la cérémonie des Oscars comme le temps de la consécration du cinéma accompli, quelles sont les réflexions à tirer de cette sélection manifestement très masculine ? Et au-delà, ce que cet événement dit de la question de la place des femmes dans l’univers du cinéma et des séries ?

DES FEMMES LÀ OÙ ON NE LES ATTEND PAS

Le petit écran a la réputation d’être globalement plus en avance que le cinéma en matière de diversité des personnages. Et ce pour une raison bien simple : les premières séries des grands networks américains sont massivement suivies par la ménagère de moins de 40 ans qui souhaite se reconnaître dans son programme.

Mais plus surprenant, les critères expliquant la consommation de tel ou tel programme semblent assez flous. The Walking Dead, The Strain, Hannibal sont suivies à part égale par des hommes et des femmes. Même si l’interprétation d’un Mads Mikkelsen a sans doute quelque chose à voir là-dedans, le fait est, les femmes aiment aussi le gore et la consommation de séries est de moins en moins genrée.

En termes de personnages, on voit apparaître depuis quelques années des protagonistes féminins plus approfondis. Des femmes fortes et puissantes à l’image d’Olivia Pope (Scandal) ou Claire Underwood (House of Cards), révélant toutes leurs complexités (The Good Wife), souvent imparfaites, même parfois complètement jetées (Carrie Madison dans Homeland). Au anti-héros déjà bien usité fait place l’anti-héroïne. Des personnages complexes campés par des actrices reconnues et multi-récompensées.

Les femmes s’imposent également dans le processus de création comme la papesse de la série US, Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy, Scandal).

Le cinéma non plus n’est pas en reste. Côté anglo-saxon, la réalisatrice Kathryn Bigelow (Démineurs, Zero Dark Thirty) s’est largement imposée à Hollywood à coup de films musclés et fait figure de représentante de la réalisation au féminin. Elles sont nombreuses à l’image des super-bankables Penny Marshall ou Nancy Meyers, la reine des feelgood movies, ou des cinéastes plus exigeantes comme Sophia Coppola ou la néozélandaise Jane Campion. Les rejoignent des actrices passées de l’autre côté de la caméra (Jodie Foster et Angelina Jolie).

En France, la réalisation se conjugue au féminin notamment dans le cinéma d’auteur incarné entre autre par les talentueuses Noémie Lvovsky, Maïwenn, Valérie Donzelli, Céline Sciamma, Emmanuelle Bercot…

GIRLS JUST WANNA HAVE FUN

Le Test de Bechdel, scientifiquement peu recommandable et avant tout basé sur une logique de l’absurde, a le mérite de mettre le doigt sur la question de la présence des femmes à l’écran. Ce test en 3 étapes note pour chaque film et série si des personnages féminins sont clairement identifiables (1), si elles parlent entre elles (2) et si (plus coriace) elles parlent d’autres choses que d’hommes (3). Plus que de la présence de femmes dans les films et séries, il s’agit avant tout de l’intérêt des personnages féminins.

Le Syndrome de la Schtroumpfette (The Smurfette Principle), théorisé par l’essayiste Katha Pollitt, démontre combien les protagonistes féminins à l’écran sont très peu creusés par les scénaristes. La Schtroumpfette — à l’inverse de ses camarades masculins qui ont tous au moins un caractère déterminant — n’est finalement définit dans un groupe que par son genre.

Dans un très intéressant article de Vanity Fair*, Jacky Goldberg, critique de cinéma spécialiste de l’humour à l’américaine, décrit l’arrivée des femmes dans la case comique des films hollywoodiens. Intégrées à la bande du réalisateur Apatow, Kristen Wiig et Melissa McCarthy remuent les codes du genre à la dynamite. Et elles sont nombreuses dans la liste : Leslie Mann (sacrée Queen of Comedy 2012), Anna Faris, Elizabeth Banks, Rebel Wilson ou les comparses Tina Fey et Amy Poehler passées par les rangs du mythique Saturday Night Live. La plus folle étant certainement Amy Schumer que l’on retrouve dans les pages de GQ au lit entre R2-D2 et C-3PO. Chacune dans leur genre, ces actrices bousculent l’idée qu’une femme est belle ou drôle.

Elles portent la voix d’une génération décomplexée notamment incarnée par Lena Dunham, actrice-réalisatrice-scénariste de la série GIRLS (produite par Apatow, encore lui).

En France, les supers bandes de filles squattent l’écran avec les films les Gazelles ou Sous les Jupes des Filles tous deux sortis en 2014.

ENCORE QUELQUES EFFORTS

En décembre 2014, le piratage des boîtes mail des dirigeants de Sony révélait — entre autres énormités — les cachets touchés par les acteurs du film American Bluff : 9% de la recette pour les acteurs masculins (Christian Bale et Bradley Cooper) et 7% pour leur partenaires féminins Jennifer Lawrence et Amy Adams. Restons pragmatiques, lorsque que l’on parle égalité homme-femme c’est souvent à l’égalité salariale que l’on pense. Le sujet du « wage gap » est alors rapidement emparé par les célébrités. Première concernée, Jennifer Lawrence rédige alors une tribune sur LENNY (newletter créé par Lena Dunham). Elle exprime s’en être avant tout voulu à elle, à son incapacité à se battre pour ce qu’elle souhaitait et tenir une négociation « comme un homme ».

« Et c’est maintenant le moment de réclamer le même niveau de rémunération pour les femmes aux Etats-Unis »
L’actrice Patricia Arquette lors de la cérémonie des Oscars 2015

Le sujet du wage gap est un bon exemple de la libéralisation du discours féminin dans le milieu de l’entertainment. Dernière en date, Jessica Chastain déplorait l’hypersexualisation des personnages féminins dans les films d’action. La capacité d’une femme à être attirante tient dans « ce qu’elle est capable de faire » et non dans une combinaison très moulante ajoute l’actrice de Zero Dark Thirty.

Autre point de crispation, la question du corps des femmes malmené dans une industrie notoirement superficielle. Melissa McCarthy a récemment été qualifiée de « hippo » par un critique cinématographique. Même si les remarques sur le sujet ne sont pas toujours aussi frontales, la question de la perfection des corps est omniprésente. La très talentueuse Mindy Kaling (unique femme rédactrice NBC) raconte qu’elle reçoit beaucoup de messages de fan disant combien elle est « courageuse » de laisser son corps « s’exprimer ». Interloquée, elle répond avec ironie que ça demande beaucoup d’efforts pour être une « personne normale et potelée ». La pratique, désormais baptisée « body shaming », s’est rapidement démocratisée et tout le monde en prend pour son grade. Victime de cette tendance, l’actrice Gabourey Sibide répond à ses détracteurs avec humour sur Twitter : « A ceux qui font des commentaires méchants sur mes photos, ça m’a vraiment beaucoup fait pleurer dans mon jet privé en route pour le boulot de mes rêves, hier soir ! »

Qu’il soit explicite ou non, ce phénomène donne la drôle d’impression que le physique de ces femmes tombe dans le débat public. Une pratique dénoncée dans le milieu aussi bien par les femmes que les hommes. En promo pour Avengers, l’acteur Mark Ruffalo se prête au jeu d’une journaliste en répondant aux questions habituellement posées à sa partenaire Scarlett Johansson (l’entrainement qu’elle a dû suivre pour le film, ses conseils pour le tapis rouge…)

Les enjeux de l’égalité homme-femme dans le monde de l’entertainment sont nombreux, complexes et souvent mal récupérés. La question peu également paraître futile comparée aux problèmes du même ordre rencontrés dans des domaines plus réels. En effet. Seulement, films et séries — au delà de leur capacité à nous distraire — sont également les tenants des évolutions d’une société. Certains rappelleront également l’importance d’avoir des modèles pour se construire et la place des personnages de fictions dans ce processus.

Toutes ces femmes, parce qu’elles se demandent si leur place est légitime et justifiée, parce qu’elles souhaitent être intégrées dans un projet non parce qu’elles sont des femmes mais parce qu’elles le méritent, sont des héroïnes.

*sources : Vanity Fair, numéro de juillet 2015

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