52/44

A minuit et dix-sept minutes, elle laissa parler son ventre. Il gargouilla. Elle le fit taire. Il n’obéit pas et en rajouta.

A minuit et dix-huit minutes, elle se souvint qu’elle n’avait pas mangé de la journée. Elle sentit que ses jambes sonnaient mollassonnes. En mettant des mots sur son mal, son ventre était rassuré et se calma.

A minuit et dix-neuf minutes, elle se demanda depuis combien de temps elle attendait, comme ça, tapie dans le noir de cette maison abandonnée et mise en vente. Mais elle s’en moqua immédiatement. Ce qu’elle cherchait le méritait.

A minuit et vingt minutes, elle distingua un bruit. Le premier depuis qu’elle était arrivée. Enfin, le premier, non, pas exactement puisqu’il y avait eu le gargouillis trois minutes plus tôt. Et puis une heure (deux ? trois ?) auparavant, il y avait eu le voisin qui avait engueulé son fils. Comme si on lui avait amputé le nez ou violé le tympan. Plus fort, c’était l’ablation des cordes vocales. En réalité, on lui avait simplement sali la voiture. De vomi. Un enfant, ça vomit, s’il ne le savait pas, il fallait se retenir s’était dit Alison.

A minuit et vingt-et-une minutes, elle était pétrifiée. Impossible de bouger un doigt ou un cil. Elle se surprenait à garder les yeux grand ouverts. Le bruit s’approchait. Ses membres se raidirent. Le bruit s’approchait. Son souffle se faisait plus rapide mais toujours moins sonore. Le bruit s’approchait. Elle pria pour que son ventre n’en rajoute pas. Le bruit s’approchait. Elle s’imagina très clairement voir le Ali des miroirs. Elle avait inventé toute cette histoire pour rigoler, pour l’emmerder et sans doute aussi pour l’impressionner. Et elle s’était retournée contre elle. Ce putain de peuple des miroirs existait véritablement et il allait se retourner contre elle. Parce qu’elle s’était foutu de sa gueule.

Les histoires se retournent toujours contre vous se disait-elle. Et en plus elles sont rancunières les salopes. Elle ferma les yeux de toutes ses forces.

- Alison ?

- Ali ? Mais…