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Cher Ali,

Je ne sais pas si tu liras cette lettre, mais peut-être qu’il me suffit de l’écrire et que son envoi importe peu… Je ne sais même pas si tu es encore capable de lire. Tout doit te paraître bizarre à présent de toute manière. C’est bizarre d’être enfermé. C’est bizarre d’être entouré de gens qu’on ne connaît pas. C’est bizarre de ne pas être chez soi. J’espère qu’ils ne t’ont pas bourré de cachetons. Je l’espère de ton mon cœur. Et j’espère surtout qu’ils ne vont pas censurer ces mots.

Je voulais m’excuser. Tu ne méritais pas ça. Personne ne mérite ça, mais surtout pas toi. Tout est de ma faute. J’ai écrit une lettre au directeur pour tout expliquer. J’ai tout raconté, tout, dans tous les détails. J’espère qu’ils te libéreront grâce elle, qu’ils te laisseront tranquille. Je leur ai même demandé de me prendre à ta place. C’est moi qui mérite d’être là-bas et toi qui dois revenir ici. C’est moi qui t’ai mis tout ça dans la tête. Je ne sais pas pourquoi. Je te jure que je ne le sais pas. J’y pense chaque seconde de ma vie qui n’a plus de vie que le nom : c’est l’inlassable répétition de secondes accusatrices. Je suis condamnée à me flageller chaque seconde de ma vie. Chaque seconde, je te le jure. Je me rends compte que la prison est une bien pauvre punition comparée au châtiment de la conscience.

Je m’en veux, tu ne peux pas savoir à quel point je m’en veux. J’espère que tu pourras lire ces quelques mots. Et que malgré leur terrible banalité, tu sauras y déceler une profonde sincérité. Car ils sont sincères, je te le jure, si ma parole a encore un sens pour toi.

Avec cette lettre, sans doute que j’allège davantage mon âme que la tienne. Et je ne le mérite pas. Mais il n’y a que toi pour décider ce que je mérite. S’ils te laissent écrire, réponds-moi s’il te plaît, je t’en supplie, même pour m’insulter. Au moins pour que je sache que je ne crie pas dans le désert. Et je te le redis : je ne sais pas ce qui s’est passé. J’ai fait n’importe quoi pour me rendre « importante ». Pour faire quelque chose, pour dire quelque chose, pour qu’il se passe quelque chose. Et ce quelque chose m’a dépassée.

Je ne sais pas si tu pourras comprendre, je ne sais pas si tu voudras comprendre… Mais j’espère que tu sauras me pardonner. Peut-être que tu sauras oublier et j’y penserai ainsi pour deux, c’est mon sort.

Prends soin de toi autant que possible, ne les laisse pas te vider,

Je n’ose pas dire que je t’embrasse…

Alison

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