La stratégie du « ni-ni » d’Emmanuel Macron, ou le meilleur exemple de disruption politique.

En créant son mouvement « En Marche », en avril 2016, basé sur un modèle start-up, Emmanuel Macron a gagné son pari : « Ubériser » la politique Française. Mais cela ne s’arrête pas là…

En nommant Edouard Philippe, homme de droite, Premier Ministre, le Président de la République, Emmanuel Macron, homme de gauche (en tous cas, élu avec une majorité de voix et venant d’un Gouvernement de gauche), a adopté la stratégie du « ni-ni », dans la poursuite de son opération de recomposition du paysage politique. Jacques Chirac, comme d’autres avant lui, avait connu « la cohabitation » (il l’avait un peu cherché aussi), alors que Nicolas Sarkozy, quant à lui, avait prôné « l’ouverture » lors de la composition de son Gouvernement.

Pour Emmanuel Macron, ce n’est ni l’un ni l’autre ! Ni cohabitation, ni ouverture. Il a clairement affiché la couleur en nommant quelqu’un d’une autre sensibilité politique et en confirmant ce qu’il avait martelé durant toute sa campagne et notamment lors de son meeting à Albi le 7 mai 20017 : « Nous devons refonder jusqu’au bout notre vie politique (qui) est en train de se recomposer ».

Emmanuel Macron « disrupte » littéralement la politique. Il rompt avec les codes habituels de la politique.

Jean-Marie Dru, l’inventeur du concept de « disruption », terme, accolé à l’innovation et dont nous entendons plus souvent parler en entreprise, évoque ces codes : ouverture, business model, changement structurel, donnéesEmmanuel Macron a managé son mouvement, sa campagne, ses adhérents, ses collaborateurs, son financement, sa communication comme un véritable Chef d’entreprise, en innovant et en bouleversant l’ordre établi. Il fonctionne de la même manière aujourd’hui. Le Président (de la République) a nommé son Directeur Général (son Premier Ministre) et vont composer ensemble leur équipe (leur Gouvernement) en rassemblant les meilleurs, quelle que soit leur appartenance (politique).

De quoi tout de même déstabiliser tous les « vieux » partis politiques historiques, déjà bien malades depuis leur élimination au premier tour de l’élection présidentielle. D’un côté le « PS » qui voit en cela une confirmation qu’Emmanuel Macron est bien de droite et qui estime qu’il faudrait, à l’image de Jean-Christophe Cambadélis, des hommes de gauche au Parlement. D’un autre côté, « Les Républicains » qui se décomposent, au sens propre comme au sens figuré, entre ceux qui y voient une opportunité (personnelle certes mais politique également) de rassemblement, ceux qui n’y voient pas de réel problème et qui resteront fidèles à LR, à l’image d’Alain Juppé, et enfin ceux qui s’estiment trahis mais qui minimisent, comme François Barroin (qui regrette d’ailleurs peut-être d’avoir accepté de mener la bataille des législatives, certainement encore plus d’avoir soutenu François Fillon et son programme, largement adouci depuis). La droite avait rêvé, pendant 5 ans, d’avoir un Premier Ministre de droite, c’est chose faite mais pas comme elle l’imaginait !

La composition du gouvernement est attendue pour aujourd’hui, mercredi à 15 heures. La nomination d’Edouard Philippe devrait très vraisemblablement s’accompagner d’autres personnalités de droite. Certains comme Bruno Le Maire ou Benoist Apparu n’ont pas caché leurs intentions.

Manuel Valls qui a tenté de se suicider politiquement a quant à lui finalement eu de la chance en voyant « La République En Marche » et plus récemment le « PS » ne présenter aucun candidat face à lui dans sa circonscription, ce qui ne l’a pas empêché de railler le « méchant » Emmanuel. Mis à part le chanteur Francis Lalanne (comme suppléant de Jacques Borie) en face de lui, il a la voie libre mais il ne s’attendait certainement pas à devoir se présenter sans étiquette politique.

Edouard Philippe va devoir mener la bataille des législatives sous la bannière « La République En Marche » après s’être affranchit (le terme « exclu » est plus adapté pour certains de « LR ») de son parti. Sa mission n’est pas simple car il va devoir rallier un électorat de droite déboussolé, rester en ligne avec la politique souhaitée par Emmanuel Macron, notamment sur la Loi Travail et manager un gouvernement inédit.

Marine Le Pen ne sait plus trop où elle habite depuis la fin de l’élection présidentielle et hésite même, à priori, à se présenter aux législatives. Sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, quant à elle, se retire de la vie politique (avant très probablement de revenir dans 5 ans).

« L’insoumis », Jean-Luc Mélenchon, qui a également cassé les codes lors de la campagne présidentielle en démontrant qu’il était, lui-aussi, disruptif (utilisation intensive des réseaux sociaux et des nouvelles technologies à l’image de son célèbre hologramme) rompt avec les communistes, se la joue cavalier seul et débarque dans une circonscription où on ne l’y attendait absolument pas. Après avoir lui aussi beaucoup rassemblé durant la campagne présidentielle, il souhaite se poser comme leader de l’opposition et placer « La France insoumise » comme seule force politique face à Emmanuel Macron, à l’instar du « FN », déstructuré où l’on voit notamment Florian Philippot créer une association (« Les Patriotes ») au sein même du « FN » pour refonder le parti.

L’élection d’Emmanuel Macron mais encore plus précisément la réussite de son mouvement devenu depuis un Parti, a déclenché des vocations. Certains se voient comme de nouveaux « entrepreneurs », « managers » ou « intrapreneurs » !

Anne Hidalgo accompagnée de Martine Aubry, Christiane Taubira, Yann Arthus-Bertrand et Jacques Higelin lancent le mouvement “Dès demain”. Benoît Hamon annonce la création d’un mouvement “tranpartisan”.

Tout cela démontre que mêmes les plus grands partis politiques, à l’image de grandes entreprises ou grands groupes, peuvent se faire disrupter par de récents et plus petits acteurs.

Et nous le voyons en ce moment, ces grands partis politiques justement ont au final très peu de choix : soit ils font de la résistance, au risque de mourir, soit ils s’adaptent et ils rejoignent le mouvement pour survivre, soit ils se transforment, en plaçant enfin le concitoyen (l’utilisateur) au centre des préoccupations. Ce qui, vous en conviendrez certainement, sont là, d’autres sujets…