Façonner l’Internet de demain

Internet n’est que le reflet de ce qu’on considère mériter notre attention. Il n’appartient qu’à nous, internautes, de modifier le paysage actuel, gangrené par les articles racoleurs et putassiers.

Publié le 14 janvier 2015 par Fabien Charles

Le point de départ de cet article est une intervention de Sally Kohn, une analyste des médias, dans le cadre des conférences TED.

Elle y affirme que l’acte de cliquer est un acte public. En effet, avant la démocratisation d’Internet, la diffusion de l’information se faisait de manière unilatérale. Une poignée d’émetteurs (Télévision, Presse écrite, etc…) ayant le monopole diffusaient l’information vers une infinité de récepteurs passifs, vous ou moi en l’occurrence.

Internet a changé ce système en profondeur car n’importe qui aujourd’hui peut, de chez lui, créer, partager ou diffuser de l’information.

Chacun de nous est donc devenu un éditeur d’information et chacune de nos publications ou partages de contenus sur les blogs, sur Facebook ou Twitter, est devenu un acte public de création de médias. Or, ce que nous choisissons de partager, de publier, de retweeter, dépend du contenu sur lequel on décide de cliquer en premier lieu.

Sur Internet, il existe des algorithmes utilisés par les médias, permettant de mettre en avant les contenus sur lesquels il y a le plus de clics. Pour résumer, plus un article aura de clics, plus il sera visible et fera la part belle à des contenus similaires.

Nos clics façonnent donc le Web. Partant de ce constat, retenons nous de cliquer sans arrêts sur les mêmes pièges à clics (ou clicbait) qui parsèment la toile. Vous savez de quoi on parle : prenez par exemple la version française de Yahoo. La page d’accueil est remplie d’articles people ou de faits divers aux titres plus racoleurs les un que les autres avec des effets de sensationnalisme et d’exagération censés susciter la curiosité de l’internaute… et donc son clic.

Ce sont toujours les mêmes thèmes qui reviennent : potins de star, faits divers glauques, photos chocs et j’en passe mais ces articles ont tous un point commun : de l’information de faible qualité qui fait appel à nos pulsions les plus basses et à notre curiosité malsaine pour générer du clic.

Ces pièges à clics rentrent dans le cadre de ce qu’on appelle le “journalisme jaune” (ou yellow journalism) et évidemment ça ne date pas d’Internet. Le terme vient de la guerre entre 2 journaux new-yorkais concurrents à la fin du 19ème siècle. La concurrence était tellement féroce, qu’un de ces journaux eut l’idée d’ajouter au journal des pages jaunes avec quelques planches de cartoons. Plus tard, le terme journalisme jaune va finir par désigner plus largement un type de journalisme peu regardant sur la qualité de l’information.

Ce type de journalisme est donc très répandu sur Internet aujourd’hui et Yahoo est un exemple parmi beaucoup d’autres. La concurrence est telle sur le Web qu’aujourd’hui il est difficile de se faire entendre et pour se faire une place aux premières pages de Google certains acteurs n’ont aucuns remords à utiliser des procédés plus que douteux pour générer du clic.

Outre les titres racoleurs qui ont été évoqué citons le Native Advertising qui est en plein essor ces dernières années. Il s’agit de la fusion entre contenu éditorial et message publicitaire. Il se rapproche de concepts tel que le Contenu sponsorisé ou le Publi-reportage. Le Native Advertising joue sur la confusion des lecteurs et cherche à contourner les réticences grandissantes liées à la publicité jugée invasive et inappropriée.

Les spécialistes du marketing nous vendent ce procédé comme une manière d’augmenter le confort de navigation des internautes. Reste que l’intention derrière reste avant tout de vous vendre un message publicitaire peu importe la qualité de l’article ou de la vidéo sponsorisée.

En attendant des sites font le choix de proposer des abonnements payants dans l’optique de financer des contenus plus ambitieux qualitativement. C’est le cas du site de jeux vidéo Gamekult avec son Gamekult Premium par exemple.

A notre niveau, nous avons tous une responsabilité sur le contenu de ce qui nous est proposé sur la toile. Cela commence par ignorer les pièges à clics racoleurs et penser à favoriser les contenus qualitatifs en intéragissant dans les commentaires et en les partageant.

Alors la prochaine fois que vous voyez un article à la con, respirez 20 secondes et allez vois ailleurs.

En somme : cliquez de manière responsable !

Originally published at www.socritique.fr.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Socritique’s story.