Une mode éthique est-elle possible ?

C’est la question que pose Majdouline Sbai, dans son excellent ouvrage paru aux éditions Rue de l’échiquier. Le constat est sans appel et les chiffres font froid dans le dos: l’industrie de la mode est à ce jour la deuxième plus polluante du monde après l’extraction pétrolière. Elle contribue grandement au dérèglement climatique avec pas moins de « 1,8 milliards de tonnes de gaz à effet de serre émis, soit d’avantage que le transport maritime et aérien international ». Sans parler du gaspillage (30% des vêtements achetés ne seront jamais portés), des déchets générés (700 000 tonnes par an en France) et de l’exploitation humaine (des conditions de travail déplorables, des salaires dérisoires, des enfants esclavagés).

Face à une situation écologique et humaine aussi dramatique, peut-on continuer à consommer aussi déraisonnablement ? Quand on sait qu’il faut 2700 litres d’eau pour fabriquer un tee-shirt en coton, il y’a de quoi réfléchir à deux fois avant de céder à la tentation d’achats compulsifs (que les enseignes de fast-fashion s’acharnent continuellement à déclencher chez les consommateurs). D’autant plus que, comme le constate très justement Majdouline Sbai « Plus on achète, plus on désire, moins on est satisfait de ce que l’on a et de son style ». C’est le cercle vicieux qui s’installe.

L’auteure ne s’arrête heureusement pas à ce tableau sombre et nous décrit les initiatives et solutions allant dans le sens d’une mode plus équitable et durable. C’est la responsabilité du consommateur et de l’entreprise (politique RSE) qui sont engagés dans ce combat-là: « il s’agit de réduire les impacts sur l’environnement dans toutes les phases de production, de commercialisation et de vie du produit ».

Parmi les actions évoquées, s’approprier un mode de vie dans lequel on consomme moins mais mieux, sortir de la « course à la possession ». Dans cet élan, le tri et le rangement peuvent également jouer un rôle essentiel pour rester dans cet état d’esprit minimaliste : garder ce que l’on aime, recycler le reste. Pour recycler, il y’a plusieurs moyens: faire réparer, réparer soi-même, transformer ou customiser…l’idée étant d’offrir une seconde vie à votre garde-robe. Il est bien sûr possible de donner à des associations ou de vendre (sur des sites comme Vinted) les pièces qu’on ne porte plus. La tendance chez les marques est aussi à l’upcycling, terme désignant l’idée de recycler un objet en le modifiant pour lui apporter de la valeur. Pour finir, Majdouline Sbai préconise le choix de « créateurs de mode éthique et de filières locales qui préservent les savoir-faire ».

Sonia Ait Ouakli