Occidental, quand le cinéma s’inspire du théâtre

Présenté à l’édition 2017 de la Berlinale, le film Occidental de Neil Beloufa est un singulier objet de cinéma qui par sa mise en scène s’inspire largement du théâtre. Déjà, dès la lecture du synopsis ne peut s’empêcher de penser au Balcon de Jean Genet : la scène se déroule dans un hôtel, la nuit dans un temps ni tout à faire proche ni tout à fait lointain, pendant que dehors la révolte gronde. La filiation se poursuit, à mesure que l’on s’introduit dans le film : un huis clos, avec un décors de carton pâte, des éclairages néons tranchants, et des acteurs qui se déplacent sur une scène en décriant leurs vers.

Pour autant on n’en oublie pas la visée cinématographique du long métrage. Occidental ce n’est pas une pièce, c’est avant tout un film qui mixe les genres avec une brillante habilitée. A la fois thriller des années 80 à la photographie colorée et à la bande son pop, film noir esprit Cluedo avec une enquête menée par des policiers en imper beige et drame amoureux sur fond de révolution sociale. C’est un film qui invente sa propre forme : alors que le suspense est savamment construit tout au long de l’intrigue, et l’on s’attend à un final explosif, une révélation qui éclate aux yeux du spectateur, la fin est d’un calme déconcertant. Le récit se coule dans les évènements de la rue qui se révolte, que l’on a entr’aperçoit tout au long du film. “La rue” se concrétise, et se réapproprie l’histoire de l’hôtel, la fait vivre à sa manière et crée la légende. En somme, c’est un thriller incroyablement calme, pour autant cette absence de résolution tragique n’en fait pas un film plat. C’est plus une porte ouverte et une réflexion sur la destinée des récits personnels en rapport avec l’Histoire.

Occidental est également un film politique car il fait la part belle aux images. Images des employés, images de la police, images de la rue. Encore une fois on pense au théâtre de Genet, car Neil Beloufa joue sur nos représentations avec des personnages caricaturaux : la jeune standardiste blonde est naïve et dragueuse, les arabes sont des voleurs, les anglais sont toujours saouls. Le jeu des acteurs est donc très net et exagère ces traits, la langue est soignée et la corporalité est celle de l’espace d’une scène. Ces clins d’oeil théâtraux appliqués au cinéma permettent de développer une ambiance étrange et grotesque du film de série B, avec un côté surréaliste. Même quand l’hôtel part en feu, les acteurs prennent le temps de poser leurs mots, d’effectuer leurs actions, agissant dans une réalité où la vitesse est réduite, un sorte de distorsion de l’instant qui existe dans une durée relative. En pleine panique, le discours s’élabore et prend la première place dans le plan. C’est ce travail sur la narration qui est le plus remarquable dans Occidental : emballée dans cette atmosphère feutrée, intime pourtant peu confortable, l’histoire passe d’un personnage à l’autre sans jamais s’identifier à un seul récit, sans qu’on ne sache finalement le fin mot de l’histoire qui se dissout dans la foule et invite constamment notre interprétation.

Occidental|Neil Beloufa|73 mins|Sortie à venir