Fausses datas, vrai format

Edit du 18 avril : l’expérience se poursuit avec DataYolo, que vous pouvez retrouver sur Tumblr, Facebook et Twitter.

On a plus de chance de les trouver sur 9gag que sur les sites d’info, et c’est peut-être un tort. J’ai nommé, les “fausses datas”, ces visualisations au doigt mouillé qui se servent des codes de représentation de la data pour exprimer des concepts totalement non scientifiques, et faire passer des messages avec un fort impact visuel. L’idée n’est plus de représenter la réalité (comme le font d’ailleurs très bien de nombreux data-journalistes) mais au contraire d’exagérer, démontrer un biais, développer une idée. Ce n’est pas scientifique, mais c’est visuel.

Un exemple avec Stephen Wildish qui s’en est fait une spécialité :

Insta-Chaz fait ça sur des post-its, et ça fonctionne très bien :

Dans un Internet plein de réseaux sociaux, cette synthèse visuelle trouve aujourd’hui une raison d’être supplémentaire: que ce soit sur Facebook, Twitter ou Instagram, les images ont un rôle capital. Ce type d’illustration a le mérite de se distinguer d’un flux photographique en offrant à l’oeil moins de couleurs, des formes simples et souvent des zones de blanc qui sont apaisantes. Une fois son regard accroché, le lecteur peut se saisir très rapidement de l’idée développée par l’illustration, et pourquoi pas, du coup, la partager. Une aubaine dans ce qu’on appelle «l’économie de l’attention». Bref, voilà qui est intéressant pour un média en ligne qui essayerait de sortir du lot (et il n’empêche pas de faire, par ailleurs, du texte et des formats longs, évidemment).

Souligner nos petits travers

Buzzfeed, qui s’est résolument ancré sur les réseaux comme principal accès à ses contenus, utilise régulièrement ce type de format. En décrivant, par exemple, ce que devraient être et ce que sont réellement nos habitudes alimentaires dans cet article titré «La vérité sur la bouffe résumée en graphiques». On remarque que le mot “moches” accolé à “graphiques” figure dans l’url et a été enlevé du titre. C’est vrai que ces ronds-patates visiblement tracés à la vas-y-comme-je-te-pousse à la souris ne sont pas très beau. Mais dans l’utilisation qu’en fait Buzzfeed, cela fait partie d’un ensemble: des fausses données sur un sujet très proche des gens, avec des graphiques pas sérieux qu’ils auraient pu tracer eux-mêmes. Bref, de quoi se rapprocher au maximum d’un internaute en train de surfer sur Facebook à sa pause déjeuner.

Souvent, les fausses données sont utilisées pour évoquer le quotidien, les habitudes de vie, souligner la différence entre ce qui devrait être et ce qui est réellement, entre ce que l’on souhaite et ce que l’on a, ou encore pointer un travers partagé par beaucoup, parfois un peu honteux. Bref, une jolie façon de dire “On se comprend”.

Sur ce mode, le projet GraphJam s’en est donné à coeur joie, cette fois avec de vrais diagrammes tout propres.

Développer une idée

Au-delà des petits travers du quotidien, ce format peut évidemment aussi permettre de développer des idées plus sérieuses, toujours en un regard. L’illustratrice Wendy MacNaughton, qui publie notamment dans le New York Times, s’est mise sur un créneau, tout en gardant le côté “casual” de l’aquarelle sans prise de tête.

Dans le journal allemand Die Zeit paraissent aussi régulièrement les graphiques de la «Torte der Wahrheit» (le gâteau de la vérité, donc) fait par @katjaberlin (repérée par Sabrina, danke). L’angle est plus politique, et les graphiques très propres, ce qui n’empêche pas l’auteur de jouer un peu avec le format.

Ce que voter exige de nous: 1.S’informer politiquement 2. Prendre une décision 3. Retourner à l’école. Un dimanche!

On remarque que le graphique en bâtons marche très bien, même si celui le plus utilisé reste certainement le diagramme de Venn, vu dans les exemples précédents, qui permet de croiser un peut tout. J’ai un petit faible pour celui-ci, le diagramme de «Vin» :

Evidemment, le camembert est aussi un must du genre(cette liste le prouve)…

sans oublier la courbe.

Elle vient de là

Quand on commence à perfectionner le format, on peut aussi jouer avec les couleurs, comme le fait brillamment xkcd ici avec une belle forme d’inception :

Ou encore Stephen Wildish, qui manie parfaitement tous ces codes:

J’aime aussi beaucoup ce camembert :

Comme je trouve ce format fascinant, j’ai décidé d’essayer de commencer à penser ma lecture de l’actu en camemberts, en diagrammes et en courbes, et à m’astreindre à une «fausse data» quotidienne. Le résultat est ici, sur un tumblr dédié (et son twitter associé). Je n’ai pas encore réussi à déterminer le degré de brouillonnitude et la palette de couleurs vraiment adaptés au propos, mais c’est vraiment très amusant à faire, et très instructif. Et je suis persuadée que ce format a un grand avenir. Comme Marshall…

Ajout du 25 mars : on me signale que Wired fait aussi ça depuis quelques années dans le magazine, dans une rubrique appelée chartgeist dont on trouve des bouts ici.

J’en profite pour ajouter une mention de mon super chouchou Tom Gauld qui érige la data rigolote au rang d’art en s’affranchissant des représentations habituelles, par exemple avec cette superbe bibliothèque :

Des exemples (pour mon tableau), des remarques supplémentaires? Allez-y!